‹ Notre-Dame des Victoires pendant la Commune, ou, Lettres justificatives & documents conservésChapitre 30 sur 58 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

L'Abbé François AMODRl

Cfiupelain de Notre-Dame des Victoires

L'abbé François Amodru naquit le 13 février 184;^, à Saint-Vallier, petite ville d'environ 4,000 habitants, entre \'ienne et Valence, sur les bords du Rhône et à l'embouchure de la Galaurc.

11 reçut au baptême les noms de Claude-Joseph-François. On le désignait ordinairement par ce dernier nom.

Ses parents étaient de fervents chrétiens, qui considéraient [sa naissance comme un effet plus qu'ordinaire de la bénéidiction de Dieu.

Après avoir eu la douleur de perdre son vénéré père, que lous avons connu, et avec lequel nous avons souvent con- 'versé, il écrivit à M. le curé de N.-D. des Victoires une lettie

— l'iO —

pleine des sentiments de la plus tendre piété filiale, reproduite dans les Atinales de mars 1876.

Ce bon vieillard avait tracé à ses enfants ses dernières recommandations. Les voici transcrites de la main de Tabbc François et gardées religieusement par lui dans son bréviaire ; nous avons tenu dans nos mains ce touchant souvenir :

« Pendant toute ma vie, j'ai pratiqué mes devoirs « religieux et j'espère que mes descendants ne s'en « écarteront jamais. L'expérience m'a démontré que « les principes religieux produisent la prospérité < durable des familles.

« Je souhaite à mes enfants la bénédiction de Dieu, « et je désire qu'ils aient toujours une grande con- « fiance en la Ste-Vierge et en St-Joseph... » (**)

** Voir Annales de N.-D. des Vktoir'es, mars 1S7G.

L'aïeule de notre cher et regi'etté ami, l'abbé François, était profondément religieuse. Son mari, qui ne l'était pas moins, fut pris et emprisonné par un émissaire de la Terreur, à cause de ses sentiments cbrétiens. — Alors cette femme, très jeune encore, se présente fièrement au tribunal révolutionnaire de Grenoble et reconnaissant celui qui avait fait saisir son mari, elle lui dit avec indignation : « C'est toi qui as fait prendre mon mari, tu vas le mettre en « liberté sans retard et si, séance tenante, tu ne me le rends pas, souviens-toi « que j'ai des frères, tous bons chasseurs, ils ne seront pas seuls à viser siu' «.toi. »

Séance tenaute, sou mari lui fut renilu et elle l'emmena à son bras, sans remercier personne. Environ deux ans après, le 10 du mois d'août, elle mettait au monde unfils, que nous avons connu et Jui donnait le nom de Laurent, nom resté en vénération dans la famille. Les deux frères survivants de l'abbé François le portent tous deux. C'est vraiment une consolation punr nous que de citer (;e fait, m\ présence des attaques dont a étél'oljjet un nom qui nous est cher. Qu'on veuille bien nous pardonner cette digression. Nous y Ifimns à cause de ce que nous avons entendu. Il y a des honunes graves qui» a[Mès avoir fait à ce nom des emprunts liistoriqiu's d'une réelle importance, osaient à peine le prononcer. Désormais, ils auront moins de scrupules.

Si ce fait s'était passé dans notre [tays natal, nous n'aurions pas manqué de le raconter dans l'ouvrage que nous avons rècenuneut publié sur VHistoiie (te l'eijlise et du clergé d'Auriot de 1789 a ISO-J.

J.-J.-L. B.\RUt!s.

Par cet écrit que nous avons lu attentivement, on peut juger de réducation que le jeune François reçut dans sa famille dès l'âge le plus tendre.

Il fit ses premières études, y compris la rhétorique, dans le collège ecclésiastique de Crest, fondé et dirigé par son frère aîné, qu'il regardait comme un second père, et il resta auprès de lui de 1849 ^ 1858.

Il vint à Paris en 1858 et redoubla son cours de rhétorique, après quoi, il entra à l'école des hautes études des Carmes, dirigée alors par Monseigneur Cruice, qui voulut en faire son secrétaire particulier, quand il devint évêque de Marseille, honneur que le jeune François déclina, parce qu'il sentait que Dieu l'appelait à un autre genre de vica

Pour compléter sa première éducation, il fit, à l'âge de dix-huit ans, sous la direction de son frère aîné, un voyage lointain, entrepris aussi dans l'intérêt de la santé fort ébranlée de ce même frère, qui, pendant quinze ans consécutifs, avait travaillé à là fondation du collège ecclésiastique de Crest, spécialement consacré à N.-D. des Victoires. 11 visita alors une partie de l'Amérique centrale et des Etats-Unis. Ce voyage dura six mois.

La vue des profondes misères morales de l'humanité le détermina dès lors à embrasser l'état ecclésiastique. De retour en France, il entra, en 1 861, au séminaire St-Sulpice d'Issy, où il resta deux ans, sous la sage direction du vénérable abbé Maréchal, qui conserva toujours pour lui la plus tendre affection.

Reçu après ces deux années dans le séminaire St-Sulpice à Paris, il y passa quatre ans et se fit remarquer par son travail, sa piété, sa charité, son esprit d'ordre et d'organisation.

.■\u commencement de cette année (1889), nous avons en-

tendu des ecclésiastiques, ses amis et condisciples, disant de lui : « Celui-là était un vrai saint, pratiquant les vertus sacerdotales à un degré extraordinaire et avec une mortification rare ».

Quant à son esprit d'ordre et d'organisation, je puis affirmer que, pendant ma longue carrière, je n'ai connu personne qui, sur ces deux points, l'ait dépassé ou même égalé (*).

Ses vénérables maîtres et ses condisciples le considéraient comme un des élèves les plus édifiants.

Ordonné prêtre en 1867, il fut nommé vicaire à iNotre- Dame des Victoires, où se trouvait déjà son frère aine, qui devint, trois ans plus tard, otage de la Commune et prisonnier à la Roquette avec Monseigneur l'Archevêque de Paris et beaucoup d'autres prêtres.

L'abbé François aimait beaucoup les voyages ; il visita, pendant ses vacances, les principales contrées de l'Europe et les lieux de pèlerinages les plus célèbres. En tout et partout, il cherchait la gloire de Dieu et la sanctification de son âme.

Il eut le bonheur d'être béni à Rome par Pie IX et Léon XIII.

Sur les conseils et avec l'autorisation de Monseigneur le

(*) Cet esprit d'ordre et d'organisation fut reconnu par le vénérable M. (]aval, suporieiir-^'éiiéral de St-Siil|iiie. On remarqua qu'il avait apporté an règlement de l'Inlirmerie des moditications notables que les supérieurs approuvèrent. Dans l'arrangement de la Hililiolhèque, M. l'abbé Lassaigne lit la même observation et le dit à M. Caval. Tout jeune encore dans le collège ecclésiastique de Crest, l'abbé François s'était fait remarquer par ces mêmes qualités.

Que n'eut-il pas fait de bien et d'utile s'il avait continué à aider son frère ilans l'Arcliiconfrérie I En moins de trois mois, les abonnements aux Annules lurent plus que doublés et le nombre allait toujours croissant.

Tous deux ^'inspi^èrent de l'épigraphe qu'ils avaient fait inscrire sur chaque numéro des Annales : (Test i.'raîi vue dk Piei».. . étabi.issez-la l'ARroir. (l'arnlesde Pie IX.)

Cardinal Guibert, archevêque de Paris, il fit le pèlerinage de la Terre-Sainte et suivit, pour ainsi dire, pas à pas, le Sauveur du monde ; il voulait renouveler ce Pèlerinage.

Heureux d'avoir pu visiter les Saints Lieux, il conçut l'idée de faire partager son bonheur aux âmes chrétiennes, qui ne pourront jamais le faire et commença dès lors l'ouvrage qui a pour titre Visites aux Lieux Scii7its et qui obtint un succès mérité.

Doué d'une mémoire locale à un degré assez rare, il voulut mettre, sous les yeux du lecteur, des dessins représentant les lieux les plus fréquentés par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Son ouvrage, qu'il composait principalement pendant la nuit, à cause de ses nombreuses occupations de la journée, restera comme un livre plein de science et de piété.

Il est impossible de le lire attentivement sans y retrouver cette foi, ces sentiments pieux qui dominèrent toute sa vie.

Pendant le mois de janvier 1886, il fit une retraite au séminaire St-Sulpice à Paris, auprès de ses anciens maîtres qu'il affectionnait tendrement.

Ce fut la dernière.

Quatre jours après, il tomba malade auprès de son frère aine, à Aubervilliers, il se confessa à lui et rentra à Paris. Le docteur, son plus jeune frère, accourut immédiatement, avec le célèbre docteur Moissenet.

Comme nous l'avons dit précédemment, tous les soins, hélas ! devaient être impuissants. Dieu appelait à lui son fidèle serviteur.

Sa maladie ne dura que quatre jours. Entouré de ses deux frères et de su belle-sœur, dont il était tendrement aimé, il expira le i''' février i88t), à Paris, après avoir reçu les sacrementb et tous les secours religieux de son frère

aine, qui, lui ayant fait l'aire sa première communion, eut encore la douloureuse consolation de lui donner la dernière.

L'abbé ["'rançois Amodru, chapelain de Notre-Dame des Victoires, auteur des Visites aux Lieux Saints, n'avait pas encore atteint ses quarante-trois ans.

Sa mort produisit un effet douloureux chez un j^rand nombre de personnes à Paris, dans toute la France et même à l'étranger ; car il était très connu et surtout très estimé des âmes nombreuses qui l'avaient choisi pour directeur. Cette douleur persiste encore après quatre ans chez un grand nombre de personnes. Son frère en reçoit chaque jour de. nouvelles preuves.

Des prêtres, qui le connaissaient bien, disaient, le jour de sa mort, qu'ils se sentaient bien plus portés à l'invoquer qu'à prier pour lui. Un grand nombre de pieux fidèles exprimaient le même sentiment et l'expriment encore. Parmi eux nous remarquons un vicaire-général de Paris (***).

Sa modestie était trop grande pour penser de la sorte : aussi avait-il instamment recommandé qu'on priât pour lui après sa mort.

(***) M. l'abhé Petit, page 41, 1" Lettre et Appendice à La Roquette, p. .%.

Nous avons trouvé dans les papiers de rabbé Fram.ois les deu\ distiques suivants composés pi\v Léon XIll et conservés soigneusement. H les tenait du vénérable abbé Bacuez, son Directeur :

« Jiistitiam colm, certamina longa, laborcSj « Lvdibria, insidias, aspera quœqtic tiili. " At FidcA vindcûo no7i fiectar ; pro grcije Ciiristi « Didcc pati, ipsaqitc ht c(i)'cerc did/w Dtori. »

Il sera facile au lecteur inlelligenl de deviner à qui l'abbé François voulait faire l'application de ces deux disli(pies. Aujourd'hui (|u'il n'est plus de ce monde,

Son corps fut transporté dans le cimetière de St-Vallier et déposé dans le tombeau de sa famille (i*j.

Nous avons l'espoir que sa biographie sera un jour publiée pour l'édification de tous ceux qui l'ont connu ou qui liront son livre (i).

Par un tendre sentiment de piété envers la très sainte Vierge, l'abbé François Amodru avait fait beaucoup de recherches sur Notre-Dame des Vertus ; à la suite de ces recherches, des inscriptions historiques gravées sur marbre furent placées dans l'église.

Les plus importantes sont relatées dans le Manuel de Notre-Dame des Vertus, publié en 1875, ou dans l'Appendice, qui sera bientôt imprimé.

(Extrait de l'ouvrage : Visites aux Lieux Saints.)

c'est à lui-même que nous vouIods les appliquer, car ils résument assez bien toute sa vie sacerdotale.

L'ecclésiastique tlistingué qui fit son oraison funèbre (1**), a dit avec vérité que « le confessionnal fut son cliamp d'honneur et qu'il y trouva la mort. »

Nous disons, à notre toiu', de ce très ctier et regretté ami. que le confessionnal fut aussi la prison dans laquelle il s'enferma volontairement jusqu'à la mort, pour sauver des âmes et les conduii-e dans la voie du ciel.

J.-J.-L. Barges.

(1*) En cette même ville naquit, le 10 janvier 1709, Paul-Antoine Dauphin, S. J. qui fut, plus tard, surnommé le Parfait disciple de S. Jean-François-Régis. H mourut le 17 avril 1744. Sa vie, très édifiante, a été écrite par un RelifrieuK de la Coriipagnie de Jésus et imprimée cliee Périsse, à Lyon, en 1850.

(1) -Voir Annal, de Notre-Dame des Victoires, mars 1886, et Semaine Religieuse, de Paris, 20 février 188t).

il") M. l'ablji- Fayoll<'. auniôiiier du Lvcée de Valence.

OBSERVATIONS DE L'ÉDITEUR

Il existe sur la vie de l'abbé François de précieux documents qui seront connus plus tard. On pourrait dire de ce jeune prêtre qu'il fut, par sa piété, son zèle et son dévouement, le parfait imitateur ou disciple du vénérable Des Genettes, fondateur de l'Archiconfrérie.

A l'époque où paraissait la première édition de cet ouvrage, nous n'avions pas encore publié le Message de Monsieur l'abbé Lagarde à 1 ersailles, auprès de Monsieur Thiers. Ce Message a été répandu en i88g et 1890. dans toute la France et dans toutes les contrées du monde. C'est un document historique de grande valeur, confié heureusement par M. Lagarde lui-même à M. l'abbé Laurent Amodru, qui a bien voulu, sur nos instances, nous autoriser à l'éditer, après l'avoir gardé en silence pendant plus de dixhuit ans.

Pour bien se rendre compte des pages suivantes, il faudrait avoir lu : i* La Roquette, 2" l Appendice à La Roquette, 3° Le Message dont nous venons de parler, et 4° La Vie de l'abbé François qui n'est pas encore éditée. C'est pr(>bablcment dans ce dernier ouvrage que paraîtront les Journées des 14, 15, i6, 17, 18, 19, 20 Mai, à Notre-Dame des Victoires, pendant la Commune (1S71).

ADiEU SUPRÊME

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