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CHAPITRE PREMIER

Perdigal bourgeois à Gabriel artiste.

Montpellier, 20 mars.

Mon cher Gabriel,

Pauvres de nous ! Ce que c'est que d'être célèbre ! J'apprends aujourd'hui par les journaux ton retour d'Amérique et tous les détails de ta triomphale tournée.

Tout fier d'être cousin d'un virtuose tel que toi, et, que diable! pour avoir aussi de tes nouvelles, j'ai une grande démangeaison d'écrire et... je t'écris.

Gomme le temps passe, tout de même! Voilà près de douze ans que nous ne nous sommes vus, partis chacun sur notre route.

Ah ! la tienne fut brillante ! Quant à moi, pécaïre, voile-toi la face, à la manière antique, ô Gabriel: ton cousin, ton fameux Perdigal, la ter-

•Jot» XOTRK-DAMK-DKS-VOI.ÎITKS-SANS-NOMBIIE

rcur des pipelettes, le buveur ell'royable de bocks et le fumeur de pipes. Ion Perdigul finit dans la peau d'un bourgeois — d'un bourgeois, grassouillet et dodu, comme un carme, qui a des manies, des convictions et qui lient aux convenances.

Tu as certainement du recevoir, dans tes pérégrinations aussi loiri tailles qiie nolnbreuses, les dépêches successives l'annonçant la mort de mon brave homme de père et de la vieille tante Camboulive. i;Dieu ait leurs Ames !)

El je suis resté seul avec la maman Perdigal.

J'ai lAché la capitale.

Fichus les rêves de gloire et l'art et le saintfrusquin et leur tonnerre de Dieu.

Je suis popote et pantoufles.

Ce (pic je suis devenu pompier, jnon pauvre vieux! L'ancien Perdigal en rougit au fond de lui-même, mais le Perdigal actuel est si béatement heureux, que veux-tu? Les circonstances, l'occasion... l'herbe tendre... mais en fait de tendre, je me trouve bougrement rassis.

Je donne des leçons à une collection de gentilles petites oies tbiites blahches, auxquelles j'inculque les principes de l'aquarelle.

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