CINQUIEME PARTIE
Je fais des fleurs et des images de première communion, et je m'estime encore plus heureux dans cet état que lorsque je faisais l'àne dans une brasserie de Montmartre.
Si je suis un locataire assagi, si je bois encore quelques bocks, en revanche, je fume toujours comme un haut-fourneau, ma sacro-sainte pipe.
Mes délices sont complètes lorsque je vais la fumer, sous les Arceaux, « au cagnard », en regardant jouer aux boules.
Et quelquefois aussi, à la vesprée, avec ma femme...
Vlan, j'ai làclié le morceau, je m'étais pourtant bien juré de ne point te le dire, mais ça y est, que veux-tu?... Oui, mon bon, le comble des combles ! Je suis marié.
Mais je ne te dirai pas avec qui, cela te ferait certainement trop rire. Il y a treize ou quatorze ans, cela t'aurait peut-être fait de la peine, mais aujourd'hui... C'est si loin tout cela que Mourrette même... Nom de Dieu ! voilà que j'ai lâché son nom ! Tant pis, je fais amende honorable, c'est Mourrette, ta Mourrette, notre Mourrette, que j'ai épousée. Mourrette qui est
ma vraie femme « pour de bon » ! Sainte Vierge, il y avait bien son passé, mais bah ! que celui qui n'a point aimé me jette la première pierre.
Car je raime, sais-tu, ma petite femme, elle est si gosse, si bath, comme nous disions !
Puis, elle est changée aussi, elle est engraissée comme une caillette, au point que tu ne la reconnaîtrais pas. C'est elle qui conduit maman Perdigal à la messe, chaque matin à Saint-Mathieu.
J'y vais quelquefois aussi le dimanche.
Ah ! c'est encore un « mea culpa » à faire, mon vieux, je suis devenu d'un réactionnaire !
Il faut te dire que la tante Camboulive, en mourant, m'a légué nombreuses actions du journal bien pensant de la région, et pour cela ces messieurs de V Eclair m'ont en grande estime et Considération.
Monseigneur m'a même commandé, quelques bondieuseries. Qui sait? Je mourrai peut-être marguillier I
Té, de notre bande, ce ne sera pas la plus vilaine mort.
Pauvre chère bande à Perdigal, qu'est-elle devenue ?