PREMIERE PARTIE
lendemain, se confiant leurs rêves et chantant leurs désirs dans la langue familière et puissante de leur Languedoc, si cher.
Ils étaient tous fils du soleil et de la vigne, et Jeur àme latine, toute fleurie de poésie, gardait sous le ciel monotone de Paris, la touchante évocation des garrigues ensoleillées et pierreuses, oii les troupeaux s'en vont tintillants de clochettes, parmi les cytises, les lavandes et les thyms qui odorent fort.
Rêveurs comme des pâtres, ils avaient gardé dans leurs yeux, la vision persistante de la grande mer, qu'on aperçoit là-bas, au travers des arbres, scintillante de rares émaux et perdue dans un ciel pareil.
Mais, seul, Gabriel en avait la nostalgie, très grande. S'il était, peut-être, plus artiste que les autres, il avait des sensations plus vives mais aussi des douleurs plus aiguës, dans les raffinements recherchés par ses nerfs, plus vibrants que ceux d'une femme.
Après la nuit oii Mourrette l'avait presque pris malgré lui, il s'était laissé conduire sur
30 NOTRK-DAME-DES-VOLUPTÉS-SANS-NOMBRK
cette route qu'il ne connaissait pas et qui paraissait si belle à sa jeunesse inaccoutumée.
Et son cœur s'ouvrait, par pétales, comme une fleur qui a trop sommeillé ; et dans son calice il portait des communions, dont Mourrette, peu habituée, avait deiongs étonnements.
De ses doigts d'initiatrice, elle se plaisait à déflorer cette virginité nouvelle et, pour lui, elle avait des baisers qui sonnaient clairs, joyeux carillons qui fêtaient le Noël d'amour, oîi venaient éclore, dans la crèche de leur cœur, les roses des voluptés épanouies.
Avec une douce indifl'érence il laissait aller son Ame neuve aux caresses de Mourrette, bonne fille, dans les fantaisies de son féminin caprice.
Il s'était laissé prendre par ses yeux où il retrouvait des profondeurs de vagues.
Il lui donnait des trésors de poésies, que la chère enfant ne comprenait pas toujours :
— J'aime mieux des baisers, disait-elle.
Alors ils avaient des jeux de petits chats qui