CHAPITRE V
Musiques sacrées.
Tous les jours n'étaient pas ripaille et folle orgie. Gomme, après les plus beaux festins, une lassitude vous prend, il y avait dans « le cénacle » des instants de relâchements.
Heures de silences ! Apaisements complices où des chimères galopaient en croupe de leur imagination méridionale, prompte à tous les découragements, comme à tous les enthousiasmes. Effet de l'exagération de leur tempérament.
Un ciel gris, plus monotone, une souffrance entrevue, un doute d'eux-mêmes, et tous étaient plongés « dans le royaume des saintes mélasses », suivant l'expression de Perdigal dont la verve alors restait tarie.
Mais il suffisait d'un rayon de soleil pour leur mettre de la joie au cœur, ranimer les espoirs éteints et illuminer leur jeunesse d'espérance et d'amour.
L'exubérant Perdigal, avec des contorsions d'acrobate, s'enivrait de son rire et de sa parole et disait alors que : c'était 14 Juillet.
Et Dieu sait s'il y avait des 14 Juillet dans le calendrier de Perdigal !
Par contre, ils avaient quelquefois des conversations et des théories auprès desquelles celles des jardins d'Académos — ancêtres des p«^les académies — n'étaient que libertinage et doux parler.
Et Ton eut eu peine à croire, tant était grande l'élévation de leur pensée, que ce fussent les mêmes qui se livraient parfois à de puériles plaisanteries, avec des débordements de galopins.
L'atmosphère do vie spéciale que s'était créée Gabriel Lauriol les excitait à ces rêveries, et, lorsqu'il les réunissait chez lui, ils n'y parlaient qu'avec des chuchottements, comme s'il y eût un mort dans