DEUXIÈME PARTIE
Dès l'aube, il courut aux croisées cl, comme elles étaient veuves de souvenir, il en éprouva des tristesses.
Longtemps il resta, le front sur la vitre, l'âme lointaine, interrogateur.
Instinctivement, il voyait devant lui, mais les Persiennes closes, là-bas, gardaient leur secret, dans une sauvegarde jalouse; et la cour, étroite, paraissait avoir des mystères.
Ses doigts nerveux tambourinaient des marches, sur le verre, et le parfum des roses mourantes odorait encore, qui lui donnait des désirs non formulés et des tendresses qu'il devinait prochaines.
Ce ne pouvait être, se disait-il, qu'une femme, et, par déduction il la voyait divine et virginale. Il se faisait une conception particulière de sa beauté, qui était radieuse.
Elle était là, vivante et mouvante, parmi les objets familiers. Elle était Princesse de légende et déjà châtelaine de son cœur, car il le lui donnait, ce cœur meurtri de trahison.
Ne venait-elle pas, du reste, à propos et tout
exprès, avec des caresses consolatrices, pour l'oubli de ses blessures récentes ?
Et telle était l'évocation de celte heure de poésie qu'il ne se fut point étonné de la trouver cachée comme la Belle au bois, et, Prince charmant, il se fût agenouillé près d'elle, en lui baisant ses mains pâlies, pour le réveil de son âme dormeuse...
Il tressaillit : une forme se dessinait, là-bas, indécise, très floue, mais lorsqu'elle se retourna il vit une vieille qui promenait sa face de guenon souffreteuse dans une chambre banale.
Alors, comme si la pauvre femme eût été cause de ses imaj^ina lions déçues, il se recula, furieux, afin de ne pas lui crier des choses méchantes.
Mille pensées se pressèrent dans son àme désorientée et pleine d'une terreur confuse; alors, prenant dans ses mains d'une aristocratique blancheur sa tête blonde comme celle d'un chérubin de Botticelli, jusqu'au soir il s'abîma dans une lourde songerie...
Maintenant, dans la mélancolie du soir qui tombait, il égrenait sur le clavier d'ivoire le