CHAPITRE II
Éducation de femme.
Née d'un Nord-Américain, dont l'unique souci était les affaires, et d'une aventurière espagnole, qui avait su se faire épouser après maintes galanteries, Maud Lirson avait gardé de son père l'énergie froide et raisonnée, mêlée à l'astucieuse dépravation de sa mère.
Elle avait poussé, herbe folle, enfant gâtée. A l'Age que l'on est convenu d'appeler : âge ingrat oîi, chez nous, les fillettes à jupes courtes, n'osent encore relever les yeux sans pudibonderie, Maud courait déjà les salons cotés de Washington.
Coqueluche des jeunes ladies initiatrices qui l'adoraient et Tacceptaient (comme un hixe
avec les bonbons, les miroirs et les houppes) à leurs pieds, sur la soierie des coussins, avec les Loulous de Poméranie, gros comme le poinjç.
Mais la fusée de son rire moqueur irritait les vieilles madams, rigides et sèches comme des versets de Bible, et qui s'effarouchaient de la liberté scandaleuse de sa morale, cependant que les gentlemen, âpres au gain, bâtissaient des projets de trust dans la vapeur du stout et du whisky.
A quinze ans, elle savait le nom de tous les amants de ses grandes amies, avec la particularité « de leur manière » ou de leurs vices. Et c'était délice que de l'entendre conter.
Après s'être frôlée, comme une chatte à l'avril, contre l'homme, son petit nez rose fouineur, reniflant le mâle, elle .allait se mêler aux groupes des jeunes hommes, aux appétits robustes, solides comme des dieux antiques et qui causaient d'amour dans la puissance avide de leurs vingt ans.
Et Maud traînait après elle un bataillon de flirts.
Elle avait pressenti, toute jeune, par l'ata-