DEUXIÈME PARTIE
Ensuite elle voulut voir.
Elle allait, emplissant la chambre de son mouvement et de sa vie.
Elle avait des demandes ingénues". Ses doigts capricieux touchaient à tout.
Elle admira les Vierges primitives, une, surtout, Vierge à l'Enfant, toute petite, minuscule.
Heureux, Gabriel lui expliquait :
— C'était, disait-il, la copie d'un tableau grec qui se trouvait dans l'église Santa Maria Maggiore, à Rome.
Il jetait un nom, une date :
— Salvi Giovanni — 1625.
Elle aima un petit Saint Jean « parce qu'il vous ressemble », lui dit-elle.
C'était un Florentin du x\\
Très femme, elle eut des cris de joie admira tive devant un petit cadre, incrusté de nacre, oii brillaient des camées.
— On dirait des regards, disait-elle, petite fille.
Elle allait de l'un à l'autre, caquetant. Elle faisait des découvertes.
— Et celui-ci couleur de ciel... et celui-là couleur de \a,^ue...
— El encore celui-ci, le plus beau, ajouta Gabriel.
— Lequel ? dit Maud.
— Là, celui-ci, entre les gris perlés et les roses de marbre... c'est le plus beau.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il est beau comme vos yeux. Satisfaite, elle lui donna un baiser, or
l'étreinte fut plus lonp^ue.
Et lorsqu'elle se retourna, elle aperçut le lit, qui semblait plus grand dans la pénombre.
Les draps s'étalaient eucharistiques.
Ils comprirent alors leur même pensée... et Kale, cette nuit-là, attendit vainement sa jeune maîtresse, qui ne rentrait pas.