PREMIERE PARTIE
Népomucène Perdigal, juge au tribunal de Montpellier, et subi les bons conseils de sa vieille tante Anaïs Camboulive, il était venu se placer sous l'aile protectrice et quasi fraternelle de son cousin, de cinq ans plus âgé que lui, alors élève de Cormon, à Técole des Beaux- Arts.
Arrivé de la veille, Perdigal l'avait pris en remorque, « se chargeant, avait-il ajouté, de lui « dépuceler » Paris en huit jours ».
Et l'initiation avait, aussitôt, commencé, par d'interminables pérégrinations, qui avaient toujours pour but une brasserie « célèbre » ou quelques tavernes à filles oîi son cousin était avantageusement connu.
La tête virant de tant de choses vues, Gabriel marchait étourdi, enivré de bruit et de mouvement.
Ce jour, très las, il s'était refusé à suivre Perdigal, qui était sorti déclarant qu'il allait chercher des copains afin de rigoler davantage, en vertu du vieux proverbe qui dit : plus on est de fous, plus on rit.
Seul, dans sa chambre d'hôtel, relevant un rideau de guipure, il regardait le mur lépreux
de la cour, oîi se taillaient géométriquement des fenêtres régulières.
Et le coin du ciel, d'un azur anémié, qu'il apercevait à travers les hautes cheminées de tôle, lui faisait regretter le beau ciel du Midi, éternellement bleu.
Des rires interrompirent sa rêverie et, en trombe, entrèrent Oustalet et sa maîtresse, précédés de Perdigal, et suivis de deux ou trois autres couples, cueillis en chemin.
D'une voix de Barnum qui exhibe des phénomènes, Perdigal fit les présentations :
— A tout « saigneur o tout honneur : Henri du Cau de la Salle, vieille noblesse cévenole, le record des étudiants en médecine, passera « incessamment » son premier troisième, en un mot, affable, bon, aimable, se laisse taper de cent sous du i"*^ au 5.
Henri du Cau de la Salle, ainsi nommé, salua gravement. Déjà Perdigal reprenait :
— Pierre Oustalet, sculpteur émérite, refusé au Salon, du talent plein les poches, le plus grand avenir et Madame, dite Mourrelte, pose le nu... et les lapins. En ménage.