CHAPITRE PREMIER
Les conceptions de Pierre.
L'idée de faire une œuvre magistrale avait été grandissante dans l'esprit d'Oustalet.
La torture d'une conception nouvelle l'avait tenaillé. Il ne voulait pas de ces Yénus quelconques — nymphes, baigneuses ou Lédas — sortant froides et inexpressives d'un marbre, exécuté selon les règles prescrites par une Ecole.
Ce qu'il voulait, c'était une divinité moderne, uniquement d'Art et de Volupté, surgissant, avec la force d'un symbole, de son cerveau, comme Pallas-Athènè du cerveau de Zeus.
— Si je savais qu'elle en jaillit, disait-il à
1)8 NOTIlE-DAME-DES-VOLUPTES-SANS-NOMnilE
Perdigal, en se frappant le front, je te dirais de me fendre le crâne.
Et tel était le souci de son arl qu'il aurait enduré des supplices, pour le seul triomphe de la Beauté.
A l'image de Mourrette, il avait ébauché des nudités nombreuses, avec des variétés de poses, mais chaque fois, ne les trouvant pas suffisantes, il les avait détruites.
Ensuite ^lourrette s'en était allée, et, malgré son scepticisme, il avait éprouvé des douleurs intérieures plus grandes que les souffrances bruyamment manifestées.
Il ne voulut plus, alors, de modèle et se renferma, seul, avec sa pensée.
A la poursuite de son insaisissable chimère, il ne prit même pas le repos annuel, qu'il goûtait de juillet à octobre, chez lui, dans la campagne saine, paisiblement ensoleillée.
Trois mois, d'un travail continu, il s'acharna, en oubliant le boire et le dormir.
11 vivait une vie d'ascète et, l'ébauchoir en ses mains salies de terre, il mangeait, sans savoir, du fromage et du pain, toute sa pensée