CHAPITRE III
Du spasme.
Si d'un premier mouvement l'amour se cache, il finit par s'afficher comme un spectacle.
Il se montre, il parade, il paone, il a un air d'orgueil qui semble dire :
— Regardez-moi bien, je suis le bonheur qui passe.
Ce sentiment est si naturel qu'on y obéit sans y prendre garde.
Gabriel se laissait guider par lui lorsqu'il consentit à venir chez Oustalet, avec sa maîtresse.
De plus, IMaud — Américaine et femme — était heureuse de connaître cette vie d'ar-
liste, un tantinet bohème, débridée et folle, par réaction des conventions et des tenues officielles.
Perdigal avait averti que son cousin amenait « une femme du monde » et il avait prié sa bande d' « être un peu convenable ».
Sauf Mourrette, toujours fugitive, ils étaient tous fidèles au rendez-vous.
Le ménage Kahut-Louchon toujours « lune de miel », Henri Du Gau de la Salle, qui venait enfin de passer son premier troisième, et Jeune- Plèbe, plus pûle que jamais, de plus en plus abruti et vidé par son vice persistant.
Lorsque Maud et son amant arrivèrent — en retard comme les gens cliic — il \ eut une gène passagère.
Perdigal, qui trouvait à présent que Ton écoutait trop bien sa parole, faisait des entrechats pour se mettre en train.
INIais la bonne grAce et le sans-façon de Maud conquirent bientôt l'assemblée.
Seule Louchon était encore intimidée comprenant toute sa bêtise, devant l'intelligence « de la dame ».