‹ Notre-Dame-des-Voluptés-sans-nombreChapitre 71 sur 136 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Et comme elle était « petite main » rue Saint- Lazare, je lui mis la mienne... mettons sur le cœur, afin de ressusciter des amours défuntes.

Mais ladite « petite main » m'envoya un soufflet (oh! presque une caresse, tu sais), simple échange de sympathie. Ce bienheureux soufflet fut notre bonheur — à quoi tient-il décidément, hein? — 11 y avait eu insulte publique, nous nous sommes donc rencontrés sur un terrain neutre : voyez matelas, et nos deux bras ont été échangés avec résultat. Inutile de te dire qu'il y a eu réconciliation, les adversaires se sont serrés... les mains sur le même terrain d'entente.

Je me çésuine : je suis amoureux depuis huit jours, déjà, et comme je connais les agréments de ce vice, je te pardonne de ne pas avoir donné de tes nouvelles depuis des temps immémoriaux.

Mais ceci n'est qu'une parenthèse, le temps de bourrer une bonne pipe, je suis à toi, je reprends ma lettre et mon histoire.

Depuis huit jours, oui, mon cher, mais voici [u'hier, l'ère dite des complications arriva.

Ma nouvelle conqucHe s est «.iiiuiiaiiiei Moiirrette.

Après s'être traitées, réciproquement, d'oiseaux migrateurs et autres épithètes emprimtées à l'ornithologie galante, les deux femmes en vinrent aux arguments frappeurs.

Mon cher, tu aurais payé les placer, r tUiil délicieux. Elles se sont griffées, mordues, dcchignonnées, pendant dix-sept minutes (j'ai chronométré), c'était un rêve — jusqu'à ce que Oustalct, mettant en principe les préceptes du Coran : « Ne touchez jamais une femme, pas mOmc avec une Heur... prenez une trique, » — les ait séparées avec une coquette cravache de cuir souple.

Ouvrons une nouvelle parenthèse, pour la gouverne :

Notre-Dame-des-Voluptés-sans-nomhrc t été refusée par le jury ! Si ce n'est pas dégoûtant ! Ils n'y ont rien compris, les cochons!

Depuis, Oustalet est devenu morose, sombre, irritable, furieux à tout bout de champ.

C'est uu véritable hérisson, on ne sait plus par quel bout le prendre. La pauvre Mourrctle

Page 1