‹ Notre-Dame-des-Voluptés-sans-nombreChapitre 83 sur 136 · QUATRIÈME PARTIE 17o · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE 17o

de grêles arbustes, rangés un à un le long des avenues, étirent leurs frêles branchages pour se donner le baiser de leur première feuille; puisque les blés orgueilleux et les avoines folles, et les seigles et les froments, inclinent leurs nuques souples, frôlées par l'haleine du Vent qui passe au travers des épis, puisque l'amour est dans les nids sous l'aile des mésanges, dans les champs avec les grillons cachés, dans les bois avec^ les chevreuils accouplés ; puisque l'heure est sonnée où la nature est en gésine :

Pourquoi les hommes, ah ! laissons de côté les vieillesses chenues et les eunuques misérables à leur stérilité, l'amour n'est point pour eux, ils ne comprendraient pas, la face amollie et blême, dans la stupidité équivoque de leur sexe châtré;

l^ourquoi les jeunes, les forts, les seuls vraiment hommes — je ne parle qu'à eux — pourquoi n'iraient-ils pas se joindre, cohorte valeureuse aux forces productrices, pour apporter à Dieu leur obole d'amour?

Quelle soit féconde ou pas, leur caresse, qu'importe? Aimez, c'est l'essentiel. Il donnera

à tous Tabisolution finale : il vous sera pardonné si vous avez beaucoup aimé.

Et c'était pour Maud qu'il disait :

— Oui, le Christ l'a promis à celle de Béthanie qui répandait des pleurs et des parfums sur ses pieds de dieu, fatigués par les marches humaines, alors qu'il était au logis de Simon.'

Il avait maintenant des gestes d'apôtre :

— N'a t-il pas dit : « Croissez et multipliez! » C'est pourquoi à chaque renouveau il passe

sur la terre les promesses attendues dans l'incontinence des frimas de décembre, promesses qui donnent un nouvel élan aux floraisons avant-coureuses des splendides étés.

Les brins d'herbes et les hautes futaies subiront la joie des avrils, la brise, l'abeille ou le papillon apporteront le pollen aux calices des fleurs. La brebis connaîtra le bélier vigoureux. Le loup aussi ira trouver la louve en sa tanière, alors pourquoi pas les amants?

Et Gabriel dit à mi-voix à Maud qui souriait:

— Pecato dl car no, non é unpecato!

Et il ajouta :

— Pas vrai, chère?

Page 1