‹ Notre droit national et la révolutionChapitre 38 sur 57 · IQI · texte numérisé non relu

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situation sociale subit une véritable révolution, presque sans qu'on s'en aperçoive, et sans qu'il y ait personne pour régler ou diriger le courant nouveau.

Les grands industriels traitent le travail de l'ouvrier à peu près uniquement d'après la loi d'offre et de demande. C'est l'esprit libéral qui se met à la tête de la direction. Il combat l'influence religieuse, et provoque l'ouvrier à s'accorder une vraie licence, décorée du nom de liberté. L'ouvrier ne se rattache plus à rien. Atome dans le monde humain, employé comme instrument utile, affaibli dans ses sentiments religieux s'il n'en est privé tout à fait, il se voit' par la nécessité des circonstances condamné pour ainsi dire à la vie nomade, et tombe sous l'esprit libéral du temps, dans un servage plus déplorable que celui du moyen-âge pour lequel cependant on ne trouve pas assez de mépris et d'injures.

Que devait-il résulter de là ?

On vit se masser autour des machines des populations nombreuses, séparées de leurs parents et alliés, inconnues à leurs nouveaux maîtres, sans demeures convenables, sans écoles ni églises suffisantes ; en un mot, privées de ces conditions de vie matérielle et morale que jusque là on avait toujours jugées indispensables. Il faut concéder que l'ouvrier fut richement payé. Les salaires furent démesurés en comparaison des salaires d'autrefois. Ce fut une aisance trop subite. Beaucoup de familles, jusque-là vertueuses et prévoyantes, alléchées par les grands salaires, émigrèrent dans les villes industrielles, et y perdirent leur honorabilité.

Cette situation fut aggravée par le manque de travail et les crises commerciales, fléau qui semble ravager périodiquement le système de l'industrie moderne. Chaque

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atelier fournissait autrefois le voisinage ; de sorte que l'équilibre entre la production et la consommation s'établissait facilement. Le travail restait ainsi à peu près stable, et pouvait du reste être complété par la petite culture comme chez nos petits tenanciers. Au contraire les nouvelles fabriques peuvent s'étendre pour ainsi dire indéfiniment et tendent toujours à augmenter leur production. Mais aussi, alors que le trafic tombe subitement, la production à son tour doit diminuer subitement : l'ouvrier est renvoyé ou voit réduire son salaire ; et ce manque de ressources pour se frayer un chemin à travers la vie est d'autant plus dur à porter, qu'il succède à des habitudes d'aisance et de confort.

Les femmes et les enfants, admis comme ouvriers dans le nouveau système industriel, perdent dans ce mélange de sexes différents et dans cette vie ouvrière, en dehors de la maison paternelle, la fraicheur d'âme et de corps ainsique la modestie naturelle, et souvent, après avoir perdu leur réputation, déposent même tout point d'honneur. Les mariages se préparent à la rue entre les heures de travail, quand deux à deux, on prend le chemin de la fabrique. Le dimanche on les débat au cabaret et à la cantine, et souvent ils se célèbrent sur les ruines de la vertu de l'un et de l'autre fiancé. Le ménage commence sans avoir même le strict nécessaire. Nous en avons connu plus d'un, où les époux dès la première nuit devaient coucher sur la dure. Aussi, à la vue de pareils mariages, on dit dans certaines villes « qu'ainsi la misère ne quittera point le pays. »

Les femmes savent à peine faire le service domestique de la famille. Pendant leur jeunesse, elles ont contracté, dans cette funeste coutume de courir les cabarets,

des habitudes de dissipation et même d'intempérance qu'elles ne savent plus quitter.

Pour achever le tableau, nous ne pouvons oublier, que beaucoup de chefs d'industrie, se préoccupant uniquement du lucre, ne se soucient guère de la situation morale de leurs ouvriers, sinon pour combattre toute influence religieuse, donner l'exemple d'une corruption éhontée, et corrompre parfois, même souvent, les femmes qu'ils ont admises à leur service.

Voyons maintenant, pour conclure, ce que devient dans ces conditions la position de l'ouvrier. La vie de famille éteinte : les caisses toujours vides ; les dimanches, c'est-à-dire les jours de repos, passés dans l'orgie et la licence; l'honneur des femmes, le respect des enfants, le bon sens et l'esprit d'économie des hommes, disparus ; le besoin venant frapper à la porte à chaque hiver et à chaque crise industrielle ; l'abandon universel, à moins que des chrétiens compatissants ou des institutions charitables ne viennent mitiger la misère par des secours insuffisants ; la misère domiciliée au foyer, et décidée non seulement à y prolonger son séjour, mais à devenir l'héritage de nombreuses générations. Nous avons décrit le paupérisme, la plaie de l'Angleterre, de la France, et hélas ! de jour en jour davantage la plaie de certaines parties industrielles de la Belgique. Tel est le dernier résultat de l'influence des idées libérales contemporaines sur la classe ouvrière. Il en est, qui ont le courage d'appeler cela du progrès. Mais qui porte la resposabilité d'une ^pareille situation ?

La Franc-ljlaçonnerie.

I. DROIT d'association. ~ II. FRANC-MAGONNERIE. — III. LA PAPAUTÉ CONTRE LA FRANC-MACONNERIE.

I. Avant d'aborder la question ouvrière, il nous reste à parler de la Franc-maçonnerie.

L'Association décuple les forces. Elle est un levier qui peut produire des merveilles. Elle relie, organise, dirige les forces humaines et leur procure ainsi mille facilités que ne comporterait point la vie solitaire. La nature porte l'homme à l'association. Qu'il s'agisse du bien-être spirituel, on de la prospérité temporelle, partout et toujours la nature invite à l'association : Vis unita fortior : L'union fait la force. Néanmoins l'association n'est en elle-même qu'une force brutale. Elle peut devenir l'instrument du bien, elle peut le devenir du mal. Cette force, comme toute force du reste, doit être placée sous l'empire de la loi morale. On a si bien compris l'importance de cette force à notre époque, qu'on lui a accordé la liberté la plus entière. L'école révolutionnaire a même fait de cette liberté un droit prétendument naturel ; droit naturel, que d'ailleurs elle respecte avec la

même sincérité que toutes les autres libertés appelées modernes, c'est-à-dire pour elle-même et non pour les autres. Une liberté d'association sans limites est-elle un véritable droit naturel ? En aucune façon ! pas davantage qu'une liberté sans limite en matière de religion, d'enseignement, ou de presse. Personne n'est en droit de se réclamer d'un droit naturel contre la loi morale.

Il serait donc contraire au bon sens et à l'ordre public, d'exiger une liberté d'association entière et sans limite au service d'intentions pernicieuses aussi bien que d'intententions bonnes. Lorsque la situation est telle, qu'il faut choisir entre la liberté universelle d'association, et l'oppression du bien simultanée avec l'émancipation complète du mal, alors la liberté universelle, ou plutôt l'absence de frein peut être considérée comme un moindre mal. Toutefois, gardons-nous d'oublier, que l'Etat prépare ainsi lui-même les armes dont on se servira peut-être pour l'égorger ; l'Etat charge les fusils, la démagogie prend sur elle le soin de faire partir les coups. U Internationale, qui a inspiré une horreur universelle par les crimes qu'elle a commis dans les quinze dernières années, n'est pas autre chose que l'application de l'association à la propagande et à la réalisation d'idées socialistes et communistes. Peut-on espérer que l'Etat Ubéral se tienne debout sous les violences de l'internationale, ou bien le libéralisme succombera-t-il sous les conséquences logiques de ses propres erreurs? Le temps prononcera.

IL La riche bourgeoisie libérale a eu recours à l'association pour la défense des « immortels principes de 1789. » Il existait depuis longtemps une association de gens turbulents, qui, issus peut-être du compagnonnage

mécontent et vicieux des anciennes corporations ouvrières, et portant une forte empreinte de Juiverie, avaient placé l'esprit de mécontentement, de critique, de turbulence, de nouveauté et de soi-disant progrès, sous l'égide de la force d'association. On les appelait Francs-maçons. A la tête de toutes les tendances anarchiques soit dans le monde spirituel, soit dans le monde temporel, ils devinrent légion au dix-huitième siècle. Les philosophes Français consolidèrent, propagèrent, élevèrent aux nues une institution qui paraissait si bien faite pour miner tout esprit chrétien et toute autorité. Les Francs- maçons eurent recours à deux moyens pour sauvegarder leur existence : Le secret, le vsecret absolu sur tous leurs agissements, qui se passaient dans les ténèbres, était la condition sine qua non de l'existence ; la philanthropie, était le manteau plus ou moins fripé dont il fallait tout couvrir pour attirer les imprudents et les séduire : 1789 fut l'année maîtresse de la Franc-maçonnerie. La Révolution Française, préparéj de longue main par la Maçonnerie, fut dirigée totalement par elle. La doctrine de la première Révolution Française n'est pas autre chose que la doctrine de la Maçonnerie. Il serait superflu de le démontrer ; tout le monde le sait : les Francs-maçons le reconnaissent eux-mêmes à tous moments et en toutes circonstances. Qu'il suffise de citer ici un discours qui n'est inconnu à aucun Belge : « Durant « tout le cours de ces travaux, je songeais à des mots « échappés à un grand poëte, dans un de ces jours de « désespoir où l'exil en avait fait un illustre pamphlé- « taire. Il disait :

(( On a reproché à la révolution de creuser un « gouffre. Ce n'est pas vrai : la Révolution n'a pas creusé « de gouffre : elle a creuse une fosse ; elle l'a creusée

« pour y descendre le cadavre du passé.

« Ce qui est vrai de la Révolution est vrai de la « Maçonnerie, dont la Révolution n'a été que la formule « profane.

« Oui, un cadavre est sur le monde ; il barre la « route du progrès ; ce cadavre du passé, pour l'appeler « par son nom carrément, sans périphrases, c'est le Ga- « tholicismc. » (i)

La maçonnerie n'est que l'organisation de la Révolution, qui est la doctrine du parti libéral Belge. « La « maçonnerie, ce corps robuste, ce colosse à mille têtes, « à cent mille bras, n'est- il pas un laboratoire d'idées « nouvelles, ne donne- t-il pas la vie aux idées libérales, « par l'émission d'idées libérales'?... La Maçonnerie est « florissante... et bientôt nous pourrons étreindre tout « le pays dans un embrassement fraternel.,.. La Maçon- « nerie est colossale et ses effets peuvent et doivent être « immenses... Unis par toutes les forces du cœur, de « l'intelligence et de la volonté, nous serons à la tête « du parti libéral, vaste corps, se soutenant tout en suc- « combant souvent, parce que lui aussi manque d'unité. « Je n'entends point remorquer le parti libéral ; mais le « libéralisme sera nous, nous serons sa pensée, son àme, « sa vie, nous serons lui enfin. » (2)

Pour finir ajoutons le document suivant : « 11 est « non seulement du droit, mais du devoir de la maçon- « nerie, de s'occuper de matières politiques et religieuses, « parce que c'est là que nous retrouverons la réalisation « de toutes lés théories dont nous nous occupons.

(1) Van Humbeeck, 36 Décembre 1864 à Anvers. M. Van Humbeeck est devenu ministre de l'instruction publique en 1878.

(2) F. .-. Grisar, à Anvers, 15 Févr. 1845.

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« Toutes les grandes questions de principes politi- « ques, tout ce qui a trait à l'organisation, à l'existence, « à la vie d'un Etat, oh! cela.... Oui cela nous appar- « tient en première ligne, tout cela est de notre domaine....

« Ainsi, quand des ministres viendront ' annoncer au « pays comment ils entendent organiser l'enseignement « du peuple : je m'écrierai : à moi, maçon, à moi la « question d'enseignement ! à moi l'examen ! à moi la « solution [nouveaux applaudissements.)

« Comment devons-nous vouloir ce que nous savons? « Nous devons le vouloir d'abord par un travail con- « sciencieux dans l'inte'rieur de l'al.elier..., puis par l'ap- « plication des moyens légaux à notre disposition pour « la réalisation des principes arrêtés de commun accord... « Nous devons à côté de nos temples, avoir cette force « puissante, légale, constitutionnelle, la presse.... Il faut « que dans toutes les administrations publiques, dans toutes « les administrations de charité et de bienfaisance, il « faut que la Maçonnerie soit là qui veille et qui com- M batte.... J'appartiens à la Maçonnerie, je ne suis plus « libre.

« L'Europe n'a encore qu'une demi-civilisation. Nous « sommes bien loin d'avoir accompli la moitié de notre « tâche; elle est à peine commencée.... » (i)

La maçonnerie est donc en Belgique, de son propre aveu, la révolution organisée. Elle tient toutes les ficelles, qui font mouvoir tout le clan libéral comme un polichinelle. Elle soutient la presse, entraîne dans ses réunions fanatiques les classes dirigeantes, et enlace le pays entier

(i) F .-. Bourlard, grand orateur du Grand Orient de Belgique, à la réunion plénière des loges de Belgique à Bruxelles, le 24 Juin 1854.

dans les réseaux de son action antipatriotique, au moyen de toute espèce d'associations libérales, où se laissent enrégimenter une foule de dupes. La Maçonnerie est donc une institution qui s'inspire d'une doctrine exotique, antinationale, l'erreur révolutionnaire Française. Son but est d'établir partout les suçoires de cette pieuvre qu'on appelle r « Etat moderne, » de lui asservir tout, de ramener l'humanité au pied des autels de la Déesse Raison, et de la forcer à s'y prosterner. La fraternité reste le manteau sous lequel se cache l'esprit du mal. Liberté, égalité fraternité, cette formule reste la devise de la Maçonnerie, comme elle l'est de la Révolution Française. C'est ainsi que l'esprit de mensonge est menteur toujours. « Par la « promesse de remplir ses obligations, le maçon laisse « échapper une partie de sa liberté d'action... Le but « de la Maçonnerie, est de remplacer l'erreuis (le Ghris- « tianisme) que l'ignorance entretient dans la société, « par la vérité démontrée par la raison.... En s'affiliant « à la Maçonnerie, le maçon accepte le devoir de com- « battre l'ignorance (lisez la Religion, le Christianisme, « l'Eglise). C'est la société entière que vise la Maçonne- « rie. Les loges sont des écoles, où il faut former les (( hommes, qui travailleront ensuite avec force au grand « jour, et particulièrement sur le terrain politique.

« La Maçonnerie doit tenir l'œil ouvert sur ses

({ soldats... sans cette influence, exercée par la Maçon- « nerie sur ses membres qui prennent part à la vie « publique, l'activité de la Maçonnerie serait inutile ; le « dévouement de nos frères serait une duperie et notre « espoir dans l'avenir, une illusioi^....

« C'est par ces considérations principales, que le Grand « Orient résout sans hésiter la question, qui lui fut

« posée. Il conclut que les loges n'ont pas seulement « le droit, mais encore le devoir de surveiller les actes « de la vie publique des membres qu'elles ont fait entrer « dans les fonctions publiques ; le devoir de demander « des explications, lorsqu'il semble qu'un ou plusieurs « de ces actes n'aident pas à éclairer la société du flam- « beau de la vérité.... Le Grand-Orient est d'avis, qu'on « doit être sévère et inexorable envers ceux qui, résis- « tant aux avertissements, poussent si loin la trahison, « que dans la vie politique, ils appuient des agissements « que la Maçonnerie combat de toutes ses forces, comme « contraires à ses principes, sur lesquels aucune transac- « tion n'est tolérable. n (i)

Libres les maçons ! Perinde ac cadaver.

Concluons : quiconque aime la religion, la patrie et la liberté, doit combattre la Maçonnerie dans sa tête et dans sa queue. La tête, c'est la Loge ; la queue., c'est l'Association Libérale, qui, au témoignage des chefs eux-mêmes, ne doit servir à autre chose, qu'à traduire dans la vie pratique, et dans l'arène" politique, les résolutions des loges.

III. La papauté a vu clair là dedans dès le principe. Clément XII condamme déjà les sociétés secrètes dès 1738. (2) « Nous avons appris qu'il se répand au « loin, chaque jour avec de nouveaux progrès, certaines « sociétés, assemblées, réunions, aggrégations ou conven- « ticules, nommés vulgairement de Franc-maçons, ou « sous quelque autre dénomination, selon la variété des

(1) I Mars 1836, signé Th. Verhaegen.

(2) Encyclique In Eminenti 26 Avril 1738, c'est à dire 19 ans après l'organisation de cette secte ténébreuse sur le pied où elle est maintenant.

« langues, dans lesquels des hommes de toute religion « et de toute secte, affectant une certaine apparence « d'honnêteté' naturelle, se lient entre eux par un pacte « aussi étroit qu'impe'ne'trable, d'après des lois et des « statuts qu'ils se sont faits, el s'engagent par un ser- « ment sévère, prêté sur la Bible et sous des peines « graves et nombreuses, à couvrir d'un inviolable silence

« tout ce qu'ils font dans l'obsourité du secret (Dé-

« fense de s'y affilier) sous peine d'excommunication à en- « courir par le fait même, sans aucune déclaration, et sans « qu'on puisse recevoir le bienfait de l'absolution par un « autre que par nous, ou le pontife Romain alors existant, « sauf à l'article de la mort. »

Benoit XIV donne les motifs de la condamnation de la Maçonnerie.

« La première raison, dit-il, c'est que dans ces sortes « de sociétés ou conventicules, il se réunit des hommes « de toute religion et de toute secte ; par où l'on voit « assez quel mal peut résulter de ces sociétés pour la « pureté de la religion catholique. La seconde est le pacte « étroit et impénétrable du secret, qui fait cacher ce qui « se passe dans ces conventicules, auxquels on peut appli- « quer avec raison cette sentence de Cœcilius Natalis, comme « le rapporte Minutius Félix , dans une cause bien « différente : « Les bonnes choses aiment toujours la pute blicité ; les crimes se couvrent dii secret. » La troisième « est le serment qu'ils font de garder inviolablement ce « secret, comme s'il était permis à quelqu'un de s'appuyer « sur le prétexte d'une promesse ou d'un serment, pour « n'être pas tenu, s'il est interrogé par la puissance lé- (( gitime, d'avouer tout ce qu'on lui demande, afin de

H connaître s'il ne se fait dans ces conventicules, rien qui soit « contre la religion et l'Etat et contre leurs lois. » (i^ Pie VII condamne le Carbonarisme Italien: Léon XII fait de même : « Depuis longtemps déjà le flambeau de « la Révolte a été allumé pour la première fois en Europe « par les sociétés secrètes et porté au loin par leurs agents. « Les plus éclatantes victoires ont été remportées par les plus « puissants princes, et ont fait espérer que ces sociétés « seraient réprimées ; cependant leurs coupables efforts (( n'ont pas encore cessé.... Combien de luttes, et souvent « quelles luttes terribles, les dépositaire de l'autorité ne « sont- ils pas forcés de soutenir, malgré eux, pour main- « tenir la tranquillité publique. De là encore ces cala- « mités si cruelles qui presque partout désolent l'Eglise, « et que nous ne pouvons mentionner sans répandre des « larmes amères. On attaque avec la dernière impudence « ses dogmes et ses préceptes les plus sacrés ; on cherche « à avilir sa dignité et le bonheur de la paix, dont elle « devrait jouir comme d'un droit, non seulement on se (( permet de le troubler, mais on le détruit d'une manière « complète.

« Et ne pensez pas que ces maux, et d'autres encore, « que nous passons sous silence, soient imputés aux « sociétés secrètes faussement et par calomnie. Les livres « que leurs adeptes ont osé publier sur la religion et « l'Etat, et dans lesquels ils méprisent l'autorité, insul- « tent la puissance suprême, répètent que Jésus-Christ « est un scandale ou une folie, et vont jusqu'à enseig- « ner souvent qu'il n'y a point de Dieu, et que l'âme « humaine périt avec le corps ; leurs codes et leurs

(i) Encycl. Providas Roman. 16 mars 1751.

« statuts, qui montrent leurs desseins et leurs plans ; « tout prouve clairement, que c'est dans les sociéte's « secrètes que se trouve l'origine de tous les attentats « que nous avons rappelés, et qui ont pour but de faire « tomber les souverainetés légitimes et d'anéantir l'Eglise « jusque dans ses fondements. »

Pie IX continue la guerre à la Maçonnerie, commencée par ses prédécesseurs : « Parmi les nombreuses « machinations et les moyens par lesquels les ennemis « du nom chrétien ont osé s'attaquer à l'Eglise de Dieu, « et ont essayé, quoiqu'en vain, de l'abattre et de la « détruire, il faut sans nul doute, compter cette société « perverse d'hommes, vulgairement appelée maçonnique, « qui, contenue d'abord dans les ténèbres et l'obscurité, tt a fini par se faire jour ensuite, pour la ruine commune « de la Religion et de la société humaine.... » Pie IX répète ensuite les condamnations prononcées par ses prédécesseurs, et continue en ces termes : « Plût au ciel « que ces monarques eussent prêté l'oreille aux paroles « de notre prédécesseur ! Plût au ciel que, dans une « affaire aussi grave, ils eussent agi avec moins de mol- « lesse. Certes nous n'aurions jamais eu, ni nos pères non « plus, à déplorer tant de mouvements séditieux, tant « de guerres incendiaires qui mirent l'Europe entière en « feu, ni tant de maux amers qui ont affligé et qui affli- « gent encore aujourd'hui l'Eglise. » (i)

Léon XIII dans son Encyclique « Humanum genus » du 20 Avril 1884, définit encore une fois le caractère criminel de cette secte cosmopolite, et indique à tous les chrétiens dignes de ce nom, en même temps que l'obligation de s'en obstenir, les moyens de la combattre.

(1) Encyclique Multipliées inter, 25 septembre 1865.

L'histoire, une fois devenue autre chose qu'une « vaste « conspiration contre la vérité » ainsi que l'appelait Joseph De Maistre, reconnaîtra, à la gloire des papes qu'ils furent les premiers à élever la voix contre une association, qui ne peut manquer de saper les fondements de l'Etat, si on la laisse agir. Les princes ont refusé d'écouter la voix des pontifes Romains. Ils ont préféré se servir de la Maçonnerie pour contrecarrer la Religion et l'extirper ; ils ont trouvé ou cru trouver en elle un moyen de parvenir à l'omnipotence. C'est pourquoi ils ont flatté, appuyé, protégé la maçonnerie et illustré de leur acceptation

gracieuse la présidence de ces associations ; et ils

s'étonnent que leurs trônes vacillent sous leurs pieds.

Les princes n'ignorent point cependant les dangers que leur crée l'existence de ces sociétés secrètes, qui constituent un véritable Etat dans l'Etat. En 1822 au congrès des souverains à Vérone, le comte Gratiën Henri Charles von Haugwitz soumit aux princes réunis un mémoire où il exposait les plans subversifs de la Maçonnerie. Ce mémoire produisit un effet considérable sur les empereurs d'Autriche et de Russie. En effet, von Haugwitz avait été l'un des suppôts les plus en vue de la Maçonnerie, et était bien placé pour porter un jugement exact. (1) La Russie et l'Autriche firent des lois, (lois qui existent encore aujourd'hui) pour proscrire la Maçonnerie. La Prusse elle même, sans l'intervention de von Gloden, eut légiféré contre cette association dont elle s'était cependant servie toujours pour exécuter ses projets ambitieux.

(1) Voir le texte Allemand dans Dorow's Denkschriften und Briefe, rùr caracteristik der Welt und Litteratur. IV B. S. 211-221. — La traduction Française se trouve dans: La Francmaçonnerie soumise au grand jour de la publicité, 3 17 T. 1. Gand et Bruxelles, 1866.

A une époque tout-à-fait récente, nous avons entendu pour la première fois une puissance protestante répéter le cri d'alarme des papes. Dans la dernière guerre Turco- Russe, Lord Beaconsfield, premier ministre d'Angleterre, a dénoncé publiquement à l'Europe les embûches et les manèges des sociétés secrètes. Lorsque Léon XIII a publié son encyclique, « Humanum genus », il a rendu un service signalé non seulement à la Religion, mais à plusieurs Etats plus ou moins hostiles au Catholicisme. L'Angleterre, la Prusse, la Russie, se sont félicitées de cet acte de sainte hardiesse du pape régnant. On dit que la diplomatie Russe a été chargée d'exprimer des remerciments au souverain pontife ; et la Gennania de Berlin a pu écrire, sans être démentie, que l'empereur de Russie avait donné ordre de lire l'encyclique du pape du prône de toutes les églises schismatiques de son empire.

La conviction des princes est venue lentement, puisque dès 1738 Clément XII avait découvert et démasqué la secte. Si les gouvernements voulaient énergiquement, la Franc-maçonnerie n'occuperait point la place qu'elle occupe maintenant dans la direction des choses humaines. Si elle est un colosse, comme aiment à le dire ses adeptes, elle n'est qu'un colosse aux pieds d'argile, et hormis les sicaires, dont elle a si souvent armé les bras, elle n'a rien qui doive la faire craindre. Si au contraire, on la laisse continuer sa funeste propagande, tôt ou tard les trônes s'écrouleront, et sous le nom de République, le dieu-'Etat se fera adorer de l'Europe entière.

La question ouvrière, quelques antécédents historiques.

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