IV. Telle est l'idée générique de la société
Toutes les sociétés ont-elles le même caractère ? Pour diviser les sociétés en espèces, il faut prendre comme point de départ le but ou la fin qu'elles se proposent, et en vue duquel les sociétés elles-mêmes ne sont que des moyens. C'est du bien, qu'une société se propose comme but, que découle l'unité des intelligences et des volontés, ainsi que l'unité de l'action. Ce bien donne la clef de tous les éléments constitutifs d'une société. Là se trouve sa caractéristique ; et, par conséquent, c'est de là que doit lui venir son nom. Si une société cherche à réaliser des bénéfices pécuniaires, elle s'appellera société financière. A-t-elle en vue l'amusement ? elle s'appellera société d'agrément. En général, faites-moi connaitre le but qu'une association se propose, et je vous définirai le caractère de votre société, au moins quant à ses éléments essentiels.
Pour éviter tout excès dans les divisions (ce qui émiette les questions sous prétexte de les éclairer) nous nous contenterons de répartir les sociétés en sociétés nécessaires et sociétés arbitraires.
Qu'est-ce qu'une société nécessaire? Supposons un bien, imposé à la volonté de l'homme, préalablement à tout consentement libre ; supposons que l'homme ne puisse réaliser ce bien, qu'en étant membre d'une société: la société, qui sera requise pour réaliser ce bien, sera une société nécessaire.
Au contraire, supposons un bien qu'il est loisible à cet homme de poursuivre ou non, à son gré ; ou même
(i) Taparelli d'Azeglio, ibidem, I. n. 42g.
supposons que ce bien s'impose à lui, mais qu'il puisse l'atteindre sans faire partie d'aucune association ; si ne'anmoins une association se constitue dans ce but, elle sera arbitraire. Les associations d'agre'mcnt, de finance, de commerce, de littérature, sont arbitraires : le bien qu'elles se proposent ne s'impose guère comme devoir; il dépend uniquement du gré de n'importe qui, de le désirer ou non. De plus, à supposer qu'on le désire, l'association n'est pas le seul moyen de le réaliser. La volonté libre est l'unique cause déterminante de l'existence de pareilles sociétés. Voilà pourquoi elles s'appellent arbitraires.
La notion de société nécessaire sera reprise plus loin.
La société et la nature humaine.