‹ Notre ennemi le luxeChapitre 31 sur 41 · I . CoiTespondance de Napoléon P^, tome XXH, p · texte numérisé non relu

I . CoiTespondance de Napoléon P^, tome XXH, p

Dupin dans une philippique fameuse *, — qu'il se fit une société des mères de famille qui, sans cesser de se mettre et de se présenter avec décence, et même avec le luxe qui convient à leur fortune et à leur état, donneraient l'exemple de retrancher impitoyablement le superflu, et

viendraient par là au soulagement des autres classes qui, de proche en proche et par imitation, veulent toujours atteindre au sommet auquel il ne leur est pas donné de parvenir ^. » • La simplicité sied si bien à la femme !

Jamais Marie-Antoinette ne parut plus jolie que dans son costume de laitière de Trianon!

Pour une femme jeune et belle, un vêtement simple sert à mieux faire valoir sa jeunesse et sa beauté. Si elle est d'un âge déjà mûr, la parure

i. Discours au Sénat.

2. Ce vœu de M. Dupin vient de se réaliser... en Âllemague. Dans un congrès de femmes à Stuttgard, il a été décidé qu'une commission de fabricants, peintres, médecins, modistes et tailleurs, arrêterait une forme de costume simple élégante et commode, qui, une fois adoptée, ne changerait plus.

Puissent ces bonnes résolutions ne pas demeurer stériles

n'est tout au plus bonne qu'à accuser les ravages du temps.

Lorsque j'aperçois des diamants sur la tête ou au corsage d'une jeune et jolie femme, je me demande à quoi ils lui seiTent! Loin d'être ébloui, j'éprouve une impression fâcheuse. Il me semble voir le paon, l'orgueilleux et sot oiseau de Junon, faisant la roue dans une basse-cour ! Des diamants sur la tête, la poitrine ou les bras d'une femme qui n'est plus jeune, loin de rien réparer, ressemblent à des joyaux pompeusement exposés sur la soie ternie d'un écrin , — ou à des vers luisants sur un vieux mur; et je suis tout prêt à rire de l'aveuglement de cette pauvre femme qui fixe sur elle une attention qu'elle devrait éviter, prenant pour son compte, — comme l'âne porteur de reliques, — l'admiration que provoque sa riche parure.

Croit-elle faire revivre l'éclat à jamais éteint de ses yeux avec le fauve reflet des pierreries?

Que de fois, dans le monde, des jeunes femmes simplement mises ont obtenu un triomphe qu'elles ne cherchaient pas : la profusion de parures,

étalée autour d'elles, ne servait qu à mettre en relief leur bon goût.

N*est pas simple qui veut!

Le naturel est un signe d'intelligence ; beaucoup de femmes, qui souffrent, bien qu'en s'y soumettant, des coûteux caprices de la mode, s'empresseraient d'adopter une mise plus en rapport avec leur fortune si elles voyaient les femmes placées au-dessus d'elles par leur position, leur richesse ou leur renom d'élégance , prendre l'initiative *•

La Marquise de Rambuteau, connue poui* sa rare intelligence autant que par sa fortime moindre toutefois que sa charité, sollicita un jour du Prince-président de la République une audience

L Plus Texemple partini de haut, et plus U sera eâi:l'^H». — Vlllustratiim militairt uous apprend que : « Llinpi^trtc«> laquelk, comme autrefois )larie de Médicis^ pour* nut porter des robes oniées de treûte-dea\ miUe perles et de trots mille diamants, doone aux femmes lexemple de la simplicité. » — La Vicomtesse de Reoiievîlle, dans un «ie ses récents Vomnitrs tU la mode (octobre 1868}. ajoute : — « On revient» en &iit de toilettes . à une simplicité de bon çimkii : Sa ^esté rimpératnce y a beaucoup contribué en «foonsun la preaiièrt.' l exemple des robes suis aucun oniemeiu. La cbro-

dans le but d'intéresser le chef de l'État à quelqu'une de ses nombreuses bonnes œuvres. Après l'entrevue, le Prince reconduisit la solliciteuse jusqu'à la porte de son cabinet, et fit signe à l'officier de seiTice de demander sa voiture.

« — Que Monsieur ne prenne pas cette peine, — dit Madame de Rambuteau à ce dernier, — je n'ai pas de voiture ; mais qu'il soit assez bon pour me faire remettre mon parapluie que je ne trouve plus à la place où je l'ai déposé en entrant. »

Le foyer domestique échauffé par la présence de tous ses membres, voilà surtout la grande école d'où doit partir la réaction.

Rappelons aux reines de la mode occupées durant leurs journées et leurs nuits à se parer et à

nique raconte qu'à Biarritz Sa Majesté porte de préférence de !a popeline, du foulard et du cachemire uni. Elle affecte de dîner en robe montante, et la seule fantaisie qu'elle se permette, c'est d'ouvrir en cœur le corsage de ses robes les plus habillées. »» Cette réforme fait trop d'honneur au goût de la femme et à l'intelligence de la souveraine, elle est d'un trop grand poids pour que, dans l'intérêt général, nous ne songions pas à nous en prévaloir.

se faire voir, qu elles sont épouses, qu'elles sont mères, et qu elles trouveront, entre leur mari et leurs enfants, plus de joies véritables qu'au milieu des plus éclatants succès.

Amenons-les à comprendre que la notoriété dont elles disposent doit être mise au service de la bonne cause. Tout ce qu'elles feront sera bien fait, ce qu'elles diront sera bien dit, tant est puissant leur empire! Les autres femmes, beaucoup plus nombreuses, qui pratiquent dans l'ombre les vertus domestiques, en se donnant une peine double n'arriveraient pas au même résultat.

Aussi la femme du monde est-elle plus coupable peut-être du bien quelle omet que des fâcheux exemples qu'elle donne.

Qu'elle se rapproche des devoirs de la famille, de cette vie saine et douce qui, de loin seulement, paraît sévère, qu'elle soit moins souvent absente du logis et se montre plus soucieuse des intérêts de ce petit royaume dont elle est la souveraine !

Que le jour où on lui demande à voir ses joyaux, — comme la mère des Gracques, elle amène ses enfants!

Le Travail guérit le luxe. — Éloge du travail ami de la simplicité et des bonnes mœurs. — Il est le bonheur et peut devenir une réhabilitation. — Une femme galante prote d'imprimerie. — L*activité opposée à l'oisiveté. — Les jeunes gens oisifs. — Raisons qu'ils donnent. — Quïls se fassent agriculteurs ou soldats ! — La garde nationale mobile. — Une conscription du travail. — Ostracisme moral infligé aux paresseux et aux mauvais riches.

Après l'Exemple j'indiquerai le Travail.

Un état prospère doit être l'image d'une ruclie laborieuse ou chacun s'emploie suivant sa force et ses moyens. En haut les travailleurs de la pensée dont l'apparente immobilité est celle de la boussole qui conduit le navire , en bas les. innombrables

travailleurs qui plantent, défrichent, fabriquent ou construisent.

Le travail c'est la vie, la force et la richesse de l'État ! Pour l'individu, c'est l'approbation de la conscience, l'intime contentement de Tâme, l'indépendance et l'estime publique.

Ami des bonnes mœurs, il développe les besoins de sociabilité; ennemi de l'égoïsme, il entretient le ressort des belles actions. Celui qui s'y livre se soustrait au triste joug du luxe, et son âme noblement occupée devient incapable des petitesses de la vanité. Dans ses rares instants de repos, il fuit les plaisirs de convention pour goûter les joies véritables.

Le travail c'est donc aussi le bonheur*.

l. Après ce que je viens de dire du travail, ce sera modestie de ma part de placer ici la belle peinture qu'en a faite M. le Procureur général Cordoën dans son Discours sur les jeux de Bourse, On ne pouvait plus noblement opposer la grandeur de sa mission, son activité féconde, ses joies, aux entraînements du luxe. — « Le travail est la loi de l'humanité. Les progrès dont nous sommes si fiers, les découvertes des sciences, les merveilles des arts, les œuvres immortelles de la poésie et de l'éloquence, — ce patrimoine commun des nations, — c'est le travail qui a tout

Pour ceux qui y recourent après les orages d'une vie de dissipation et de luxe, le travail c'est le port.

M. G..., directeur d'une grande imprimerie des environs de Paris exclusivement occupée par un personnel féminin, apprit, un jour, qu'une femme galante venait de rompre avec sa vie passée, et que, pour donner le bon exemple à sa fille, elle essayait, sans y réussir, de vivre du produit de son travail. Il vint la trouver, paya ses dettes et T emmena dans son imprimerie. Cette

fait... L'empereur Sévère, à son lit de mort, a donné l'invariable mot d'ordre des peuples qui veulent vivre, se développer et grandir : — Travaillons! Sans travail, l'abondance môme est stérile. Ne permettons pas au culte de l'or d'envahir toutes les âmes, le travail seul peut entretenir la vigueur des nations. Quel que soit notre but, à quelque hauteur que nous placions notre ambition , travaillons ! Dieu bénit les sueurs de l'artisan et l'effort du laboureur couché sur la terre, les veilles patientes du magistrat et les glorieuses fatigues du soldat qui donne ses forces, son sang et sa vie pour l'accomplissement modeste et ignoré du devoir. Le travail est la loi de Die»i et le maître du monde : il élève, il ennoblit, il fortifie tout ce qu'il touche. Succès trop faciles, fortunes trop rapides, tout est fragile et éphémère. Il n'y a de grand, de solide, de durable que ce que le temps et la peine ont consacré. »

femme devint bientôt une de ses plus habiles ouvrières.

La meilleure apologie du travail sera toujours d'opposer la satisfaction qu'il procure à T ennui qui ronge les gens oisifs.

J*ai parlé ailleurs de ces jeunes gens * non dépourvus d'intelligence, ayant même appliqué leur esprit à des études sérieuses poussées plus ou moins loin, possédant les avantages de la naissance et de la fortune, actifs, bien portants, et qui cependant ne font rien ! Inutiles à l'État, à charge à eux-mêmes, ils gaspillent leur jeunesse, — cette puissance confiée à l'homme pour un temps si court! — engourdissent leur intelligence et ne vivent plus que par les sens. On les rencontre promenant dans nos grandes villes, à des heures convenues, leur visage ennuyé et leui* mise excentrique ; les courses, la chasse, le commerce des fdles, le soin d'eux-mêmes sont leur seule occupation. Ils habitent au cercle, au café ou an

Page 1