LES EXPLORATIONS POLAIRES EN BALLON DIRIGEABLE. - IQD
dans sa main. Malgré toutes les critiques passionnées dont il peut être l'objet, il attendra imperturbablement un courant favorable.
Ajoutons que cette sage réserve a été loin de lui être inutile. Le 2 septembre 1907, le ballon America sortait de son abri de Tîle des Danois, monté et équipé comme s'il fût parti définitivement pour la conquête du pôle. Cette répétition donna les plus précieux enseignements sur la perfection avec laquelle tous les appareils mécaniques et propulsifs fonctionnaient, li' America se montra d'une stabilité parfaite et d'une docilité exemplaire aux mouvements du gouvernail; son allure, évaluée à 32^" à l'heure, dépassait largement les prévisions.
Par suite du dérèglement des compas de route et de la présence d'un brouillard épais, M. Wellman, ne sachant plus quelle direction précise il devait imprimer à son navire, prit le parti d'aborder un glacier et d'y débarquer dans des conditions identiques à celles qui pourraient se réaliser dans le voisinage du pôle.
Cette opération réussit si bien, que non seulement le matériel n^ reçut pas une seule avarie, mais les neuf chiens destinés à remorquer le traîneau n'aboyèrent même pas. Les hommes d'ÔC[uipe restés sur l'île des Danois étaient accourus; ils n'eurent qu'à empaqueter soigneusement toutes les parties du dirigeable et d^ sa cargaison intacte pour les ramener au quartier général.
M. Wellman ne nous 9- pas caché la satisfaction qu'il éprouvait; cette expérience, si probante, lui avait été des plus utiles et elle avait augmenté sa confiance dans le succès final.
Il est certain que l'expédition Wellman, si elle réussit comme nous le souhaitons vivement, rapportera des documents photographiques fort intéressants, permettant de se faire une idée nette et précise de la nature de ces régions encore mystérieuses; car, de crainte de se trouver enlevé à une grande distance de terre et perdu dans les brouillards, M. Wellman emporte un guide-rope pesant, n'offrant aucune prise aux glaces et aux roches, et qui le maintiendra à une faible distance de la surface de la terre.
Nous souhaitons d'autant plus une réussite complète d'une expédition préparée avec tant de soins par un explorateur
polaire du plus haut mérite, que son succès serait un précieux encouragement à employer la même méthode dans la reconnaissance des régions encore mal étudiées du Globe, comme le Sahara, le plateau du Thibet, d'autres parties de TAsie et de l'Afrique peu faciles à pénétrer.
Quant au pôle Sud, les difficultés d'accès sont si grandes, qu'il y aurait folie à tenter l'aventure sans de nouveaux progrès considérables dans la navigation aérienne.
Si, dans l'état actuel des choses, on peut songer à y employer un ballon, ce ne peut être que captif à bord d'un vaisseau longeant la banquise, comme l'a fait déjà une expédition anglaise. On pourrait encore, comme M. le comte de la Vaux se le proposait, employer ce navire comme point de ralliement pour un dirigeable.