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L'ÉTAT ACTUEL ET L'AVENIR DES DIRIGEABLES

Vers la fin d'octobre 1907, le journal Le Temps a publié un magistral article dans lequel M. Jules Claretie, de rAcadémie française, révèle l'existence d'un grand travail écrit par Victor Hugo et adressé à M. Nadar à l'occasion des voyages du Géant.

L'incomparable poète s'exprime en termes admirables sur l'avenir qui attend la navigation atmosphérique, cette création titanesque du génie humain. Il montre les navires aériens apprenant l'humanité aux hommes, répandant jusqu'aux limites de l'air respirable les principes de la vraie et sage philosophie, et faisant briller sur toute l'étendue du globe les rayons civilisateurs de notre chère France.

A juste titre ces beaux passages excitent l'admiration de l'éminent directeur de la Comédie-Française, mais il lui échappe des expressions de violente surprise en constatant que toutes les nations qui marchent à la tête de la civilisation luttent d'énergie, de talent, de savoir, pour créer à prix d'or un instrument de destruction qui fera servir notre atmosphère à produire de nouvelles catastrophes.

Cependant, si l'on examine avec sang-froid et impartialité Phistoire du genre humain, on ne tarde point à être rassuré : n'est-ce point la poudre à canon dont l'apparition sur les champs de bataille a donné le signal d'un mouvement civilisateur stupéfiant, séparant pour ainsi dire le monde ancien du nouveau? Depuis lors les guerres sont devenues certainement plus meurtrières que du temps où les héros se contentaient de lutter à l'arme blanche, mais en même temps elles sont devenues incomparablement plus rares, de sorte que tous

les vrais philosophes se sont réjouis de l'économie de sang qui en est résultée.

Mais ce n'est pas tout, un grand nombre de progrès d'une essence quasi-divine ont eu égalementune originebelliqueuse et ont cependant profité à la grande cause de la paix universelle.

Nous nous contenterons de citer cet art français dont les développements merveilleux nous enchantent tous les jours et que les habitants de l'Olympe pourraient ajuste titre envier aux mortels. Nous avons nommé la télégraphie.

Est-ce que ce n'est point à l'aide du système des frères Chappe que la Convention nationale apprit la grande nouvelle de la victoire décisive remportée au chant de la Marseillaise par les armées triomphantes de notre République ? Elle continue son rôle, car, délaissant les conducteurs et traversant l'atmosphère, les ondes émises par les appareils Branly ont permis au Ministère de la Guerre de se tenir en communication constante avec l'amiral Philibert sur les côtes du Maroc. Le Matin nous a appris que ce mode de communication presque surnaturel commence à être employé dans les besoins journaliers de la vie civilisée.

Et les ballons eux-mêmes n'étaient-ils point oubliés, dédaignés, méprisés, jusqu'au moment où Guyton de Morveau fit construire dans les serres de l'ancien château de Meudon V Entreprenant, auquel nous devons la victoire de Fleurus?

Il n'est pas permis de supposer un seul instant que la direction des aérostats tarde beaucoup à multiplier le nombre des applications scientifiques auxquelles la conquête de l'air ouvrira un champ réellement illimité. Déjà du reste l'honorable tentative de M. Walter Wellman prouve que les explorateurs cherchent à appliquer cette invention à la solution du problème géographique qui depuis plusieurs siècles a coûté la vie à tant de martyrs inoubliables de la Science.

Dans ce moment nous ne chercherons pas à deviner si l'intrépide explorateur des régions polaires atteindra le but qu'il poursuit avec une opiniâtreté si digne d'éloge, nous nous bornons à insister sur un point important : les tentatives de Y America constatent matériellement l'existence d'une voie féconde et ouverte à l'activité des navigateurs de l'air. Quelle que soit leur issue, elles seront certainement imitées, car c'est

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