‹ Notre flotte aérienneChapitre 4 sur 28 · I. — Les frères Tissandier · texte numérisé non relu

I. — Les frères Tissandier

L'insuffisance de la force humaine, Timpossibilité d'employer la vapeur étant constatée, les savants consacrant leurs études à la conquête de l'air se trouvaient dans un grand embarras. Il était cependant indispensable de continuer les txavaux afin de démontrer que la propulsion d'un aérostat n*était point une chimère et que ce problème serait réalisé d'une façon pratique aussitôt que l'industrie, qui faisait chaque jour de si merveilleux progrès, aurait découvert le moteur léger nécessaire.

Comme nous nous étions occupé longtemps d'électricité, nous songeâmes naturellement à employer la pile (*). Nous indiquâmes cette solution par deux articles publiés l'un dans la Nature et l'autre dans les Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences. Mais en donnant ces indications, nous eûmes bien soin de prévenir que nous ne présentions point une solution du problème de la direction mécanique des aérostats, mais seulement un procédé élégant et sûr pour étudier les conditions de stabilité, l'action du gouvernail, le diamètre, le pas et la position à donner aux hélices motrices.

C'est à notre regretté ami, G. Tissandier, que la Science doit la première application de la force propulsive électrique à la direction des ballons.

Il débuta modestement, mais avec un succès inoubliable, à l'Exposition universelle d'électricité ouverte à Paris en 1881 .

Cette manifestation industrielle présenta alors tout l'in-

( • ) W. de Fonvieile.

20 NOTftË FLOTTE AERIENNE.

térêt qu'inspirent actuellement au monde entier les Salons automobiles organisés chaque année au Grand-Palais; mais nous pouvons affirmer que le ballon électrique du directeur de la Nature aurait suffi à lui seul pour faire accourir la foule.

Quoique ce petit aérostat, d'une capacité de 2°*', 200, ne fût pas destiné à voyager dans un air agité, on lui donna une forme ovoïde, car il matérialisait le projet que son créateur se proposait de réaliser plus tard.

Même gonflé au gaz hydrogène, le poids que pouvait soulever ce petit navire aérien n'excédait pas 2^»,5oo; sa longueur était de 3", 5o et son plus grand diamètre était de i", 3o.

Dans la nacelle. M. G. Tissandier plaça le moteur, c'està-dire une petite dynamo construite par le remarquable physicien G. Trouvé. Il actionnait deux palettes de o'",4o de diamètre et le courant lui était fourni par l'intermédiaire de deux fils provenant d'un générateur Planté.

Pendant toute la durée de l'Exposition, ce jouet scientifique attira le public autour du stand de Tissandier, situé au premier étage. Il parvint à traverser la grande nef du Palais de l'Industrie en se mouvant le long d'un fil disposé à cet effet.

A la suite de ces démonstrations, il sembla certain qu'un navire aérien, construit d'après ce modèle, mais de dimensions suffisantes pour emporter dans les airs un équipage chargé de la manœuvre, prendrait la direction que le pilote choisirait.

Le temps nécessaire pour réunir une somme de 5oooo^' prévue ne permit pas aux frères Tissandier de procéder à leur première sortie avant le 8 octobre i883. Us partirent d'une usine qu'ils avaient établie route de Versailles, au Point-du-Jour.

Nous eûmes la satisfaction d'assister à ce départ mémorable, et nous avons suivi de vue pendant un temps appréciable le dirigeable qui nous a paru ne pas être insensible à l'action du gouvernail et à la propulsion qui lui était imprimée.

La] force était engendrée par une batterie de piles au bichromate de potasse composée de i(\ couples de zinc et charbon, pesant avec l'acide nécessaire 2^5^8. Théoriquement,

Page 1