LES FRERES TISSANDIER
ces éléments devaient fonctionner pendant 2 heures 3o minutes consécutives et fournir à une dynamo Siemens extra-
Les frères Tissandier à bord de la nacelle du premier dirigeable électrique.
légère un courant permettant à celle-ci de développer ioo^s°» par seconde.
Il est certain que si l'hélice à deux palettes dessinée par M. V. Tatin, l'ingénieur bien connu, avait été mue constamment avec la puissance déployée dès le début, nous aurions assisté à des manœuvres remarquables, quoique toutes les dispositions de l'arrimage ne nous aient pas jparu complè-
teihetit heureuses. En effet, le gouvernail était formé par une voile triangulaire placée à l'arrière un peu au-dessous du ballon; nous supposons que son action ne devait pas atteindre son maximum.
Mais ce qui fit défaut surtout, c'est la constance du courant électrique ; on sait que la pile au bichromate de potasse donne naissance à un voile d'oxyde de chrome déposé sur la plaque de zinc et diminue les effets électrochimiques d'une façon très rapide, si on ne le fait pas disparaître par l'agitation du liquide.
Cependant, dans le récit que Tissandier a fait de son voyage, il déclare qu'à plusieurs reprises il est parvenu à tenir tête au vent dont l'intensité était de 3"» par seconde. Ce résultat s'explique si Ton songe qu'entre chaque interruption de travail, la pile se reposant, le dépôt se dissout de luimême et l'action reprend son intensité primitive.
L'atterrissage eut lieu à Croissy-sur-Seine après un trajet aérien de i heure i5 minutes. Les aéronautes auraient pu recommencer leurs tentatives le lendemain, le ballon ayant gardé toute sa rigidité, mais le froid de la nuit avait déterminé la cristallisation du bichromate de potasse et la pile se trouvait hors d'état de fonctionner; ils préférèrent dégonfler plutôt que d'opérer une ascension banale.
Leur seconde sortie n'eut lieu qu'un an plus tard, le 26 septembre 1884. Les changements opérés furent insuffisants pour modifier complètement les résultats ; la force électrique était légèrement augmentée, les piles fournissaient 112^6"^ au lieu de 100, mais elles avaient conservé les défauts que nous avons signalés. Cependant le gouvernail avait été modifié avantageusement; placé tout à fait à l'arrière, de telle sorte qu'il dépassait la poupe du ballon, on pouvait en déplacer la partie arrière à l'aide de deux drisses passant sur des poulies.
Cette fois, MM. Tissandier furent accompagnés d'un ancien marin nommé Lecomte, dont la mission consistait à manier les cordages.
Ils s'élevèrent de leur hangar, route de Versailles, à 4^20" du soir, et descendirent 2 heures après à Marolle-en-Brie, petit village situé à 25''™ du point de départ. Nous n'entrerons pas dans les détails complets donnés ' par Tissandier sur
LES FRÈRES TISSANDIER. 'îB
son voyage aérien, nous en résumons seulement les points saillants.
Quand le pouvoir élccU'omoteur des piles commençait, l'hélice tournait à 190 tours à la minute et la vitesse de
Le dirigeable électrique des frères Tissandier au-dessus des nuages;
translation propre au ballon atteignait une valeur de 4°* à 5™ par seconde.
Pendant celle période, le dirigeable méritait presque son nom; il ne revenait pas au point de départ, mais il tenait tête au vent. Ce résultat paraît avoir été obtenu à plusieurs
reprises, mais très irrégulièrement et pendant fort peu de temps. Ces observations, dues aux expérimentateurs, confirment ce que nous avons dit ay sujet de l'emploi du bichromate de potasse sans aucune précaution et témoignent de leur parfaite bonne foi.
Les frères Tissandier désiraient continuer leurs expériences, ils avaient en vue la construction d'un appareil plus puissant et dans l'établissement duquel ils auraient fait intervenir des améliorations importantes, mais le. capital nécessaire atteignait la somme respectable de 200000^^.
Ils firent un appel aux sociétés savantes et au public en général; mais, comme il leur avait été impossible de revenir visiblement sur leurs pas, les Mécènes firent la sourde oreille; malgré tous leurs efforts, ils ne purent se procurer qu'une somme de 3ooQ^^ Cet insuccès les contraignit à renoncer à leur projet, mais il leur resta l'honneur d'avoir servi de précurseurs à MM. Renard et Krebs qui, grâce aux ressources que l'Etat mit à leur disposition et à leur talent d'ingénieurs, parvinrent à démontrer d'une façon irrécusable que les ballons allongés sont réellement dirigeables.
Avant de nous occuper des continuateurs des frères Tissandier, nous devons ajouter que les expériencea du Palais de l'Industrie en 1881 leur avaient excité des émules à Gharlottenbourg, près de Berlin.
Dès 1882, le D'^ Wœlfert et son collaborateur Baumgarten imaginèrent de construire un dirigeable qui aurait pour propulseur un moteur électrique.
Mais, no reculant devant aucune espèce de difficultés, ces inventeurs se proposaient d'actionner simultanément deux hélices, destinées l'une à donner le mouvement horizontal et l'autre le mouvement vertical. Afin de mettre en évidence l'efficacité de cette dernière, les ingénieurs allemands conçurent l'idée singulière de ne donner à leur ballon que la force ascensionnelle nécessaire à son équilibre à terre. On devine facilement le résultat de cette tentative : l'hélice élévatrice eut juste la puissance de soulever péniblement l'aérostat qu'un coup de vent précipita contre une maison où il fut mis en lambeaux.
Si nous signalons cette tentative trop ambitieuse, c'est parce que sa triste issue ne découragea pas le D*" Wœlfert,
LA CRÉATION DE CHALAIS-MEUDOK. aS
qui eut l'honneur d'être le premier à inaugurer dans les airs le moteur à explosion de son compatriote Daimler. Malheureusement, nous retrouverons ce hardi champion de la direction aérienne dans notre Chapitre : les Catastrophes de Berlin.