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II. — La création de Chalais-Meudon

Presque immédiatement après la guerre de 1870, Léon Gambetta obtint très facilement du Gouvernement de Thiers la création d'une Commission spéciale chargée de déterminer l'organisation qu'il conviendrait de donner à l'aérostat ion militaire, dont la valeur stratégique venait d'être démontrée d'une façon si éclatante.

Le président de cette Commission fut le colonel Laussedat, de l'arme du Génie. Cet officier, du plus haut mérite, avait débuté dans sa carrière scientifique par des observations astronomiques exécutées en Algérie vers 1860, lors de la grande éclipse de soleil, et venait de procéder à la, délimitation des nouvelles frontières de la France.

Les commissaires, qui étaient étrangers à l'aérostation, voulurent commencer par s'initier à cet art. Une ascension eut lieu à bord du ballon VUnwers. Quoique la direction de l'aérostat ait été confiée à Eugène Godard, le plus habile pra ticien de l'époque, le voyage aérien eut une issue désastreuse. Par suite de circonstances restées inexpliquées, le ballon se déchira spontanément dans les airs, et les voyageurs furent précipités avec une force terrible contre le sol aux environs de Vincennes. Sauf Albert Tissandier, qui eut la présence d'esprit de se cramponner au cercle, tous les voyageurs, parmi lesquels se trouvait le capitaine Renard, vice-président de la Commission, reçurent de cruelles blessures.

Dès qu'ils furent rétablis, ils reprirent le cours de leurs séances et choisirent pour le lieu où devait s'élever l'établissement aérostatique militaire une dépendance du château de Meudon, voisine de la serre historique qui avait servi à abriter les ballons de la Première République française; l'endroit désigné par les commissaires était un vaste enclos entouré d'un mur en partie ruiné et dans lequel se trouve un étang de 3*»».

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Ce terrain occupe le fond d'une vallée, il est semé de bouquets d'arbres d'un aspect fort pittoresque, mais souvent incommode pour les manœuvres aérostatiques, comme nous le verrons par Tliistoire du Lebaudy,

On y trouve, le long de la route qui conduit à Meudon, la maison d'habitation et les ateliers où Ton a procédé à une foule de recherches scientifiques; car l'activité du colonel Renard ne s'est pas borné à s'exercer sur des sujets aérostatiques. N'a-t-on pas vu sortir récemment des ateliers de Chalais-Meudon le célèbre train, articulé qui peut rendre tant de services dans les pays où les chemins de fer sont encore inconnus ?

A peine installé dans son commandement, le colonel Renard eut l'excellente idée, qui a du reste été imitée dans tous les établissements analogues, d'élever un vaste hangar dans l'intérieur duquel les ballons tout gonflés attendent le moment où Ton doit les lancer dans les airs. Il parvint à réaliser son projet d'une façon extraordinairement économique en achetant une galerie de l'Exposition de 1878 et en la faisant transporter dans son Parc. A côté, se trouvent les ateliers pour la fabrication et l'épuration du gaz hydrogène. Nous ne pouvons, sans sortir de notre sujet, étudier les développements de l'aérostation captive militaire à vapeur, qui a reçu successivement dans ce célèbre lieu d'études tous les perfectionnements dont elle peut être l'objet.

Ce n'est pas du premier jet que le colonel Renard est arrivé à créer le type désormais inoubliable de la France; cette construction fut précédée par plusieurs autres dans le détail desquelles il serait trop long d'entrer. Aucun de ces essais n'est demeuré inutile, et ces recherches multiples lui ont permis de reconnaître exactement la voie dans laquelle il devait s'engager pour jeter les bases définitives de la direction aérienne.

Il poussait si loin l'esprit de méthode qu'il fit construire un anémomètre spécial, placé sur le point le plus élevé de son domaine, afi.n d'être renseigné à chaque instant sur la force et la direction du vent et connaître le moment favorable aux expérimentations.

Ajoutons que ce remarquable ingénieur partage dans une certaine mesure le mérite de la construction de la France

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