Académie des Sciences
entouré son berceau ! Peut-être s'en porterait-il moins bien. Car c'est la qualité des enfants élevés sans soins excessifs de trouver en eux-mêmes la force et la santé, la résistance. Quoi qu'il en soit, par la seule initiative privée, le produit est lancé. Qu'il se fonde maintenant une puissante compagnie qui groupera les produits de tous les cultivateurs, les classera, les habillera d'un paquetage élégant et fera autour de lui la réclame nécessaire et le thé d'indo-Chine prendra le rang qui lui revient à côté de l'excellent produit chinois dont il a toutes les qualités et il laissera bien loin derrière lui les thés acres et dangereux pour nos voies digestives.
A propos des graisses alimentaires, de plus en plus admises dans la consommation courante, et qui se placent à côté du beurre, j'ai eu l'occasion d'indiquer le produit du cocotier. Il prendra une importance croissante dans l'avenir. C'est une superbe et majestueuse plante que le cocotier. Ses feuilles immenses et élégantes couronnent un tronc élancé et, dès l'âge de huit à dix ans, il produit, chaque année régulièrement, de cinquante à quatre-vingts de ces noix grosses comme la tête de l'homme et dont la valeur marchande, sur place, n'est jamais moindre de dix centimes. Voilà donc un arbre qui assure un beau revenu car de soins il n'en exige presque aucun. Certes, comme tout végétal, il paye les opérations de culture dont on le gratifie, mais robuste et vivace il
résiste même à l'abandon et fructifie encore. Voilà donc un arbre de tout repos. Toutes les régions littorales des contrées tropicales conviennent à sa culture. Et il suffit de jeter les yeux sur la carte de nos colonies pour s'assurer que cette situation ne nous manque pas, en Afrique équatoriale, à Madagascar, en Indo-Chine, en Océanie.
Or je sais le cas d'un modeste agent du service topographique de Madagascar, qui ayant lu quelques publications faites sur ce sujet, se mit, ayant obtenu aisément une concession, à planter, avec ses propres ressources, patiemment, chaque année, un certain nombre de cocotiers. La besogne est aisée. Presque chaque noix mise en terre germe et donne bientôt une pJante vigoureuse qui va se défendre, elle-même, dès que les deux premières années seront passées. Et, pendant ce temps, il continuait ses modestes fonctions. Chaque année quelques centaines de cocotiers venaient s'ajouter à ceux existants et grandissaient la plantation. Si bien qu'au bout de quelques années il comptait déjà deux mille cocotiers. Or le moins que vaille un arbre vendu avec le sol qui le porte est de 25 à 50 francs suivant son âge. Et voilà notre modesle fonctionnaire à la tête d'une petite fortune que jamais son emploi seul ne lui aurait assurée. Il trouva alors aisément des capitaux pour donner à l'entreprise toute l'importance qu'elle méritait et d'un effort individuel naquit, dans les
conditions les meilleures, le début d'une organisation sérieuse.
Veut-on un exemple encore ? Nous n'avons que l'embarras du choix. Elle est ignorée l'histoire de ces deux colons, ils me pardonneront de parler d'eux car je me garderai bien de dévoiler le nom de ceux qui, partis pour les îles formant les dépendances de la Grande Ile dans l'Océan Indien, résolurent d'abandonner leurs factoreries et de se consacrer entièrement à la culture d'une plante en apparence modeste mais qui donnait déjà les plus belles espérances. En effet, la vanille dont le monde utilise plus de 100.000 kilos par an semblait devoir apporter sous ce climat des résultats très favorables. Leur espoir ne fut pas déçu. Bien préparée cette vanille se montra comme étant de premier ordre et capable de rivaliser avec les sortes les meilleures. Dès lors tout leur effort se porta vers l'accroissement méthodique de leurs plantations. Elles prirent bientôt une extension considérable. C'était la fortune. Jeunes encore ils revinrent en France, cédèrent leur plantation à une vaste entreprise et ils jouissent paisiblement d'une large aisance qu'ils doivent entièrement à leur intelligence et leur travail.
Cette conclusion de conte de fée nous la retrouvons sur bien d'autres points de notre domaine colonial. Mais on les ignore. Qui donc, en effet, a intérêt à -les divulguer? Seule l'administration publique, et ceux qui se consacrent au dévelop-
pement de notre œuvre coloniale les connaissent. 11 est de leur devoir d'en donner la notion et pour provoquer des imitateurs et pour arriver à la mise en valeur plus rapide et plus complète de notre empire d'outre-mer.
Et après ces quelques exemples, presque quelconques, presque pris au hasard, parmi tant d'autres, faut-il encore répondre à l'objection que nous avons trop de colonies ? Réserves d'avenir elles constituent des gages précieux. Nous les avons acquises librement alors qu'elles étaient libres encore, ces terres aux vastes horizons, sous quelque sens que l'on prenne cette expression. Elles réaliseront, quand nous le voudrons, les rêves les plus ambitieux. On- pourrait presque dire que de même que l'imagination féconde de Jules Verne avait pressenti la solution de tant de problèmes qui semblaient rêves et chimères, de même les prédictions les plus optimistes peuvent être dépassées encore dans l'avenir sur la terre coloniale.
Mais si l'indication des problèmes mécaniques, physiques ou chimiques ont reçu des solutions les plus imprévues, c'est au prix d'un labeur soutenu par la volonté et guidé par la science pure.
Il en sera de même de notre colonisation. Elle ne sortira définitivement de la période des hésitations et des tâtonnements, que lorsque l'on aura suivi les méthodes qu'une expérience déjà longue
a pu indiquer, que les épreuves ont consacrées et dont des démonstrations pratiques et définitivement probantes auront établi l'indiscutable valeur.
C'est ce point qu'il convient d'élucider maintenant.