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Notre avenir. Payot et Gu, Paris

organisme dont on était en droit d'espérer les pins heureuses conclusions. Je veux parler de l'Association cotonnière coloniale à la naissance de laquelle j'ai assisté. Elle fit de louables efforts. Mais là encore on fît trop d'improvisations. On voulut se passer de conseils techniques pensant former de toute pièce et la chose et les hommes. Des essais furent faits dans le monde entier de nos colonies, même là où toutes les données formées de cet ensemble dont j'ai parlé prescrivaient de s'abstenir. De grosses sommes furent dépensées et il n'est pas douteux que si tous ces efforts avaient été concentrés sur la région qui s'impose comme devant être le point où cette production réussira sûrement, car toutes les données s'y montrent favorables — je veux parler des vallées du Sénégal et du Niger, — cette association se serait honorée d'avoir apporté une définitive solution à un problème dans lequel l'avenir d'une des grandes industries nationales est engagé. Quoi qu'il en soit on ne peut que lui savoir gré de ses incontestables efforts. Ils auront apporté la démonstration publique qui, pour les gens de métier, s'établissait déjà antérieurement, de l'impossibilité pratique de cultiver le coton partout où il peut pousser. Dans l'avenir la solution des questions de cultures coloniales pourra se résumer en cette formule : établir chaque production dans la région où les rendements les plus avantageux seront le mieux assurés.

On me pardonnera de m'être étendu quelque peu sur cette question sur laquelle, au surplus, il reste encore beaucoup à dire. La raison en est que d'une part elle présente un intérêt primordial en elle-même, que de l'autre elle nous a conduits à nous rendre compte de la nécessité d'étudier les questions coloniales sous un angle sous lequel elles n'ont pas toujours, malheureusement, été envisagées. Mais qu'on ne se figure pas que la question cotonnière est la seule qui doive retenir notre attention ou qui puisse assurer d'importants résultats. Vingt autres se présentent à notre esprit. Veut-on me permettre d'en indiquer une autre qui apparaît dans des conditions toutes différentes ?

On sait l'importance que présente l'industrie des corps gras. Elle est la base de la fortune industrielle de Marseille. La matière qu'elle fournit est, sous bien des formes, indispensable à notre vie économique : produits alimentaires, savons, lubrifiants, etc. Dans la liste, longue, de produits coloniaux qui les fournissent et qui va de l'olivier au cocotier en passant par l'arachide, le sésame, le karité, se trouve le palmier à huile. C'est un arbre remarquable. Superbe d'allure avec le beau panache de feuilles souples et élégantes qui couronnent un stipe élancé, il porte, chaque année, des masses globuleuses de fruits, dont la pulpe donne l'huile de palme ^t la graine l'huile de palmiste. Ce qu'il y, a de remarquable

c'est que ce bel arbre vient à l'état spontané. Il borde les forêts, garnit les clairières, jette sa note pittoresque au bord des cours d'eau et forme souvent, à lui seul, des peuplements intenses. Et ce qui mérite de retenir plus particulièrement notre attention c'est que les trois quarts de son aire géographique, c'est-à-dire de ses peuplements naturels, se trouvent sur le territoire de nos colonies. Les limites sont, en effet, ainsi que j'ai pu les établir : la Guinée, le plateau soudanais et les régions du haut Oubangui et du Congo. La colonie belge en contient donc une partie. Le Cameroun que nous avons conquis, et qui nous restera, en possède de vastes forêts.

Au total, d'après une étude complète de la question, on estime qu'il y aurait, de la Guinée française au Congo, 380 millions de palmiers qui pourraient donner 1.714.000 tonnes d'huile de palme et plus de 171.000 tonnes de palmiste, ce qui représente, au cours d'avant-guerre, une valeur annuelle de 1.414.275.000 de francs. Joli denier, on en conviendra.

Or, depuis quelques années, Anglais et Hollandais, frappés de l'intérêt que présentent les produits de ce palmier, se sont mis à organiser des plantations aux Indes. Il en est qui entrent dans la période de production. Une fois l'intérêt de cette sorte de culture démontré, la progression de ces plantations ira vite et l'on parle déjà d'un lancement à grand orchestre, pareil à celui qui

s'est fait pour les valeurs caoutchoutières, des actions de ces sociétés montées pour la production de Thuile de palme.

Là encore nous laisserons-nous distancer ? Ce serait une faute impardonnable. De fait nous avons une avance considérable pour la raison que les peuplements existent. Mais il ne faut pas s'imaginer que l'on peut se contenter d'aller récolter les régimes ou simplement les acheter aux indigènes qui s'en vont les cueillir dans la forêt. A ce compte il n'y a pas une usine d'extraction qui puisse trouver à s'approvisionner. L'expérience coûteuse en a été faite et peut-être certains diront : « Mais il n'y a rien à faire avec le palmier à huile! J'ai mis tant de milliers de francs dans une entreprise de ce genre et aujourd'hui mon papier ne vaut rien. » Et si vous demandez à ces actionnaires malheureux quelles étaient les bases de la production, qui dirigeait ces usines, ou bien ils seront forcés de vous avouer qu'ils n'en savent rien et qu'ils ont « marché » sur la recommandation de telle ou telle personnalité parfaitement exempte de toute technicité, ou encore de tel groupement lanceur d'affaires. Et si plus curieux vous allez au fond des choses vous constaterez que rien n'avait été préparé et que le personnel dirigeant n'était nullement du métier.

On fera avec le palmier à huile comme avec le cotonnier de bonnes et solides entreprises le jour où on les organisera sur des bases sérieuses, c'est-

à-dire fondées sur les assises de la science mise à la disposition d'une saine pratique et d'une incontestable connaissance technique.

Au surplus les faits sont là pour le démontrer. Une très grande firme anglaise a entrepris l'exploitation de la précieuse essence en vue d'approvisionner ses usines de savonneries. Elle s'est établie au Congo belge. Elle y possède une puissante organisation déjà en très bonne voie avant la guerre et qui, tout à l'heure, va prendre une importance considérable.

Ce serait aller loin que de vouloir tracer ici tout un plan d'exploitation économique de nos colonies. Mais il serait aisé de multiplier ces exemples. 11 n'est pas une seule de nos possessions qui n'offre à notre activité et à nos capitaux un merveilleux terrain d'exploitation se présentant sous les aspects les plus divers et pouvant utiliser toutes les bonnes volontés et surtout toutes les compétences.

Madagascar et le Soudan nous offrent leurs troupeaux capables de nous apporter, à bas prix, les viandes frigorifiées ou les conserves que nous réclamons à l'Argentine ou l'Australie. L'Indo- Chine, la Guinée nous approvisionneront largement en riz. Les chutes merveilleuses des fleuves africains nous donneront la force pour décortiquer ce riz ou pour électrifier nos voies de transport. Nous connaissons nos stocks considérables en bois. Les matières tannantes, les fibres tex-

tiles, la pâte à papier se trouvent partout. Et notre alimentation trouvera un sérieux appoint dans le manioc de Madagascar, les bananes de la Guinée, les arachides du Sénégal, les haricots du Soudan et tant d'autres matières négligées ou même ignorées.

Mais encore une fois, pour mener à bien ces entreprises, il faut des capitaux et aussi et avant toute chose des compétences.

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