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Société d'Encouragement à l'Industrie nationale, juin

dans leur esprit, la mainmise sur toute cette région de la côte occidentale. De fait, pendant longtemps, cette ville restera le point le plus important de la côte. Son port sera l'escale sûre et nécessaire où chaque navire viendra se ravitailler et charger d'abondantes marchandises.

Cependant, peu d'années après, un explorateur dont le nom est digne d'être inscrit parmi ceux qui furent les précurseurs de la conquête du continent noir, René Caillié, part de Boké, traverse le Fouta- Djallon, et, après avoir atteint les régions sahariennes, franchit, au prix de mille dangers et de privations inouïes, le grand désert et parvient jusqu'en Algérie.

Il montre la richesse des territoires de la région occidentale qu'il vient de parcourir. Il décrit un pays merveilleux, véritable Suisse africaine, aux montagnes élevées, aux sites pittoresques, admirablement fertile et parfaitement salubre.

Cependant des années se passeront sans qu'aucune suite soit donnée à ces efforts et ce n'est qu'en 1885 que nous songeons à affirmer nos droits, que l'Angleterre reconnaît. Ainsi se crée une petite colonie occupant seulement la région littorale qui reçoit le nom de Rivières du Sud.

Mais nous arrivons enfin à la période où l'organisation de nos colonies de l'Afrique occidentale s'accentue. Notre emprise des Rivières du Sud va prendre, sous le nom de Guinée française, un développement rapide.

C'est en 1891 que l'administration de ce territoire est confiée au D' Nicolas Ballay. Rompu déjà à l'étude des questions africaines par une longue et utile collaboration apportée aux explorations du Gabon et du Congo aux côtés de Savorgnan de Brazza, Ballay sera l'organisateur, le véritable créateur de notre nouvelle possession.

Il m'a été donné de le voir à l'œuvre. J'ai admiré le résultat de ses efforts et constaté, à plusieurs années d'intervalle, les effets rapidement grandissants de son activité et de son inlassable labeur. D'un coin de brousse où il débarqua il fit, en quelques années, une véritable ville conçue sur un plan net, à l'américaine, où les boulevards coupent à angle droit des avenues plantées de manguiers dont l'ombre épaisse et tutélaire abrite les élégantes villas qui se pressent, noyées dans l'opulente verdure de jardins fleuris, sur chacune de leurs rives. Et bientôt la presqu'île de Konakry, devenue capitale, va être reliée à la terre ferme par un pont métallique, amorce d'une route qui, peu à peu s'avance, franchit la région montagneuse du Fouta-Djallon et atteint enfin les plateaux du Soudan. C'est le drain par lequel s'écouleront, vers la côte, les copieux produits qu'apporteront les nombreuses et actives caravanes d'indigènes. Ce sera l'amorce d'une ligne de chemin de fer à la construction de laquelle le Gouverneur sut attacher un homme d'énergie, de volonté et de talent, M. le commandant Salesse.

Sortie du néant, la ville de Konakry est maintenant organisée. Les noirs de l'intérieur ont pris coutume de suivre la route commode. Et de longues théories d'hommes, de femmes, d'enfants accourent de l'intérieur vers le port qui s'installe, vers d'activés factoreries dont la prospérité va rapidement grandissante. Et bientôt cette cité naissante, cette colonie qui datent d'hier vont prendre pour elles et absorber la prospérité de ce point si longtemps fameux, Sierra-Leone, que l'on citait comme le seul lieu de la côte où s'affirmait l'influence européenne. Et alors nous verrons les anciennes maisons anglaises de Freetown transporter leurs comptoirs à Konakry.

Dix ans ont suffi pour opérer ce miracle. Ballay qui Ta accompli, aura ainsi affirmé le génie de notre race qui a su non seulement conquérir, mais aussi organiser de vastes territoires du continent noir. Sa statue, que la reconnaissance nationale a érigée au centre de la ville africaine, symbolise aux yeux des indigènes, que sa bienveillance et sa bonté inépuisable avaient attirés à lui, la protection que leur a accordé la France en les conduisant vers une vie meilleure, par une prospérité plus grande.

Ballay n'a pas seulement été un explorateur courageux, un créateur habile, un administrateur émérite, il fut aussi l'homme du devoir et du sacrifice. On a oublié peut-être sa fin glorieuse. Il est bon d'en rappeler les circonstances. Une épi-

demie de fièvre jaune venait d'éclater au Sénégal, d'urgence on rapatriait en France tous les colons et les fonctionnaires. Ballay, devenu Gouverneur Général de l'Afrique occidentale était à Paris où il était venu présenter un projet d'emprunt. Informé de la gravité de l'épidémie il demanda au ministre de rejoindre son poste. Le conseil refusa de le laisser partir. Alors il se rendit au Pavillon de Flore et demanda à parler au ministre. Je l'attendais et je n'oublierai jamais le simple récit qu'il me fît de l'entrevue. Il avait dit :

« Mon devoir est de me rendre dans la colonie dont je suis gouverneur. Si le conseil refuse de me laisser partir au titre de ma fonction je partirai comme médecin. A cela vous ne pouvez vous opposer. »

On dut donc s'incliner devant cette volonté tenace. Trois mois plus tard on ramenait en France sa dépouille mortelle à laquelle furent rendus les honneurs des funérailles nationales.

Il n'est pas sans intérêt d'ajouter que depuis lors la fièvre jaune a été vaincue. Le savant Dr Marchoux, après avoir étudié le terrible fléau au Brésil, au cours d'une périlleuse mission, en indiqua la prophylaxie qui consiste à isoler les malades de façon à empêcher les stegomia d'en transporter les germes. Dès ce moment il n'y eut plus d'épidémie.

Que de fois n'a-t-on pas opposé les procédés de colonisation employés par nous à ceux mis en

pratique par le peuple anglais pour conclure toujours en faveur des moyens suivis par les colonisateurs britanniques. L'exemple de la Guinée mérite d'être retenu. Il accumule les preuves des résultats acquis et de la valeur de nos administrateurs auxquels, au surplus, à l'occasion de la mort de Ballay, toute la presse britannique rendit un éclatant hommage.

A toutes ces démonstrations d'ordre politique, administratif et moral j'ajouterai encore celles d'ordre pratiques et de faits matériels.

On dit volontiers : Notre administration coûte cher. Veut-on une preuve du contraire ? Le chemin de fer de la Guinée qui couvre une longueur de 680 kilomètres est à voie d'un mètre de large. Sa construction, couverte au moyen d'un emprunt dont la colonie seule a payé les intérêts, est revenue à 90.000 francs le kilomètre, et dès la première année de la mise en exploitation le rendement par kilomètre dépassait de plus de 1.000 francs les dépenses d'exploitation.

La colonie du Sierra-Leone, a elle aussi, un chemin de fer de pénétration qui couvre 362 kilomètres. 11 est à voie étroite de 76 centimètres. Or la construction de ce chemin de fer établi dans des conditions moins difficiles que celui de la Guinée est revenue à 125.000 francs le kilomètre.

Ces constatations se passent de tout commentaire. Elles parlent clair.

Si nous suivons la côte pour avancer encore dans le golfe Je Guinée, une autre colonie se présente à nous, qui a, elle aussi, une histoire glorieuse. Sa naissance est due aux efforts de l'explorateur Binger. Quittant le Sénégal en 1886 il pénétra dans la boucle du Niger qu'il explora et vint déboucher à la côte, jetant les bases de notre possession de la Côte d'Ivoire.

Couvert d'une forêt intense que seuls limitent les flots de l'océan, son territoire acquit, non sans raison, la réputation d'une excessive insalubrité. 11 semble que toujours et partout les conditions propres à la végétation la plus luxuriante, la plus ardente, sont rivales des exigences de la vie humaine. La colonie s'est montrée pour nous, au début, gravement inhospitalière. Sa grande et épaisse forêt qui couvre des espaces immenses est apparue à tel point insalubre, que l'on a craint qu'elle ne reste un obstacle insurmontable au progrès de notre pénétration.

Mais après une période d'hésitation, pendant laquelle on pouvait douter de l'avenir de notre possession nouvelle, on vit tout à coup la colonie se transformer et prendre un définitif élan. L'action énergique et persévérante d'un homme, vint à bout de tous les obstacles. L'œuvre du gouver-

neur Angoulvant peut être, en cela, rapprochée de celle de Ballay. Lui aussi fit sortir ce coin de terre de la brousse intense qui l'enserrait jusqu'à l'étouffer et le conduisit vers un avenir désormais assuré.

Un warf a triomphé de la barre qui rendait les débarquements difficiles et périlleux. Un chemin de fer a relié le littoral au plateau soudanais après avoir traversé de part en part l'intense forêt. Les villes sont nées. Plus de fièvre car partout les mesures les plus énergiques ont été mises en pratique. Nulle part les admirables travaux de Lavran n'ont conduit, par des applications d'une plus grande précision, à des résultats plus concluants.

Dans une contrée où l'intensité des pluies donne un total annuel de 4 à 5 mètres d'eau, c'est-à-dire dix fois plus grand que la quantité qui tombe sous le climat de Paris, il se fait partout des réserves suffisantes pour que les moustiques, seuls agents de propagation, les uns de la fièvre paludéenne, les autres de la fièvre jaune, trouvent un milieu favorable à la ponte des œufs et se reproduisent rapidement.

Aussi, plus de rues sans caniveaux cimentés, plus de mares sans que, périodiquement répandue, une infime couche de pétrole n'empêche l'éclosion de nos terribles ennemis. Bien mieux, chaque matin, une équipe spéciale parcourt les rues, pénètre dans les cours, visite les terrasses et renverse les

moindres récipients ou supprime les moindres réserves d'eau que retiendraient encore des vases quelconques ou simplement des boîtes de conserves abandonnées ou des tessons de vaisselle. Ainsi par ces soins minutieux, tout foyer de propagation, c'est-à-dire d'infection, ayant été détruit, plus de fièvre.

Et la Côte d'Ivoire qui hier encore avait une réputation déplorable est devenue la plus salubre des colonies de la Côte occidentale d'Afrique. L'Européen peut désormais y transporter sa famille et y vivre en toute sécurité.

Déjà le résultat est considérable. Mais la quiétude apportée, le trafic se développe. Les commerçants s'installent et la richesse naturelle de ces belles régions, plus riches et plus fertiles encore que le Brésil ou les Indes, voient leur prospérité s'accroître rapidement. C'est d'abord, rançon du premier effort, la ressource des produits spontanés : bois admirables et en puissance indéfinie, caoutchouc qu'une récolte et une préparation meilleures classe parmi les plus riches, huile et amandes de palme dont l'abondance est presque inépuisable et dont la valeur, ainsi que nous l'avons montré, assure la fortune des régions qui la portent.

Mais bientôt, dans l'enchaînement logique de la mise en valeur des terres nouvelles, les cultures succèdent aux cueillettes. Grâce aux efforts du gouverneur Angoulvant, le coton est cultivé

par les indigènes, et bien que ne donnant que des rendements assez faibles il fournit au cultivateur, qui vit de peu, une source incontestable de mieuxêtre. Puis les essais de culture de cacao donnent des résultats encourageants. Les plantations se créent et tout à l'heure, avec le café qui croit vigoureusement, car il est là dans un de ses habitats naturels, ce sera sans doute une des grandes ressources culturales de la colonie.

Dix années d'efforts d'un gouvernement d'une sagacité grande, d'une ténacité et d'une persévérance à toute épreuve, ont accompli, là encore, le miracle de faire du coin le plus malsain la colonie la plus salubre et d'y amener, par voie de conséquence, une vie agricole et commerciale intense, source certaine d'une grande prospérité qui naît déjà et s'accroît chaque jour.

Et nous tous qui depuis si longtemps luttons pour montrer que la richesse définitive des terres lointaines ne peut provenir que de l'exploitation méthodique du sol par la culture, nous tenons à affirmer notre sentiment de gratitude à celui qui a su démontrer, par la pratique, la solidité et la valeur de semblables doctrines. Il aura singulièrement aidé à détruire les théories malsaines de l'exploitation à outrance du sol colonial qui, dépouillé sans compensation de ses richesses naturelles, serait partout conduit à l'appauvrissement progressif, sinon à la ruine.

Si enfin nous suivons la côte nous rencontrons une dernière colonie faisant partie de l'Afrique occidentale. C'est le Dahomey. Malgré l'exiguïté de sa région littorale, qui ne mesure pas plus de 125 kilomètres de côtes, cette possession présente pour nous un intérêt réel, tant par sa richesse que par le fait qu'elle conduit au Niger dont l'embouchure ne nous appartient pas alors que tout le cours supérieur arrose des terres françaises. Par le territoire dahoméen, nous attefgnons précisément, et c'est en cela que réside l'intérêt géographique de notre possession, la région du fleuve située au-dessus du seuil rocheux qui en barre le cours et nous relions ainsi le bief supérieur à l'Atlantique.

Aussi, dès que, après une campagne rendue nécessaire par les exactions et les cruautés du roi Béhanzin, nous eûmes donné à ces territoires une quiétude que jamais ils n'avaient connue encore, un de nos premiers soins fut-il d'entreprendre la construction d'un chemin de fer qui relie déjà à la côte la région profonde et qui bientôt s'en ira rejoindre les rives du grand fleuve.

Riche par sa forêt naturelle de palmiers à huile, aussi bien que par les cultures variées auxquelles se livrent les indigènes et parmi lesquelles le maïs et le coton ont pris la place principale,

le Dahomey vit rapidement grandir sa prospérité dont l'organisation économique fut la base.

L'étude de son développement présente, au point de vue général, un intérêt tout particulier en ce sens qu'il répond, par des faits dont on peut au surplus chiffrer l'importance, aux accusations tant de fois répétées et qui veulent que moins que d'autres nous ayons des aptitudes colonisatrices. Elle nous apporte un argument de plus dont il importe de faire état.

Déjà l'examen sommaire de la création et de l'organisation de la Guinée nous a montré, jusqu'à l'évidence, la valeur de nos méthodes puisque, en l'espèce, elles ont dépassé, et de beaucoup, les résultats acquis par la colonisation anglaise au Sierra-Leone. Déjà, d'autre part, l'exemple de la Côte d'Ivoire nous a fait voir, sortant du néant, un coin de terre qui semblait voué à l'abandon et devenant, sous l'effort, une de nos colonies modèles. Et maintenant ce sera le Dahomey qui va nous permettre de comparer le résultat de nos méthodes colonisatrices avec celles de l'Allemagne.

On sait qu'à côté de notre Dahomey et séparé seulement par un trait rectiligne de délimitation conventionnelle, est la colonie allemande du Togo. Nées presque au même moment les deux colonies placées sous un climat identique, présentent sensiblement la même étendue ; elles constituent donc deux entités essentiellement comparables.

Sans entrer dans la discussion des méthodes suivies qui comme on s'en rendra compte dans le chapitre suivant ne sont à aucun point de vue analogues, contentons-nous de laisser la parole aux chiffres. Ils parlent au surplus assez net pour qu'après les avoir examinés toute discussion devienne superflue. La période de début sur laquelle nécessairement pèsent de tout leur poids les conséquences des procédés d'organisation, paraît tout particulièrement intéressante à citer.

Voici les indications qu'elle nous donne :

Commerce général

Année 1890 (création) Année 1902 . . .

Recettes budgétaires Année 1902 . . .

Dépenses . .

Excédent de recettes Déficit

Dahomey

Togo

Tout commentaire paraît inutile. Les chiffres répondent d'eux-mêmes aux objections tant de fois formulées et tendant à établir que nos procédés administratifs coûtent cher.

11 m'a paru que ces quelques exemples parlent plus haut et plus net que toute argumentation. J'ai cru devoir les multiplier et l'on me pardonnera de m'être étendu sur ce sujet. Mais, l'on en conviendra, les arguments qui nous viennent de ces

faits sont irréfutables et ont une valeur absolue par leur nature même, aussi bien que les conclusions qui en découlent, sont sans réplique.

Ils établissent que nous avons à la tête de nos colonies un ensemble de gouverneurs qui constituent un corps d'une haute valeur et d'un incontestable mérite. Haute valeur car ce n'est pas une besogne simple que de tout improviser au mieux des intérêts de la métropole, de la colonie et des indigènes. Il faut, pour arriver à un résultat favorable, une grande souplesse d'esprit jointe à une capacité de travail à toute épreuve car l'on ne peut produire aussi facilement sous un climat souvent très rude que dans l'installation confortable d'un cabinet de travail parisien. D'un incontestable mérite aussi, car il convient de faire abnégation de tout autre préoccupation que de celle qui se rapporte au bien de la colonie qui lui est confiée. De rares congés, très espacés, privent, trop souvent, les gouverneurs de toutes les joies saines qui ne sont pas refusées au fonctionnaire métropolitain. Si par surcroît on ajoute qu'il peut être en but aux difficultés qui résultent des influences politiques, des changements de ministres et des tracasseries de tous genres, on m'accordera que sa tâche est lourde et les résultats si favorables qu'il sait obtenir au-dessus de tout éloge.

Peut-être, plus d'un en lisant ces lignes sera-til bien surpris des déductions qui s'imposeront

à son esprit, c'est la raison pour laquelle, craignant d'être taxé d'une bienveillance excessive à l'égard de nos colonies, ce qui aurait l'inconvénient grave, en faussant le jugement, de conduire à des déductions inexactes, j'ai voulu laisser surtout la parole aux faits. Les précisions sont comme les chiffres, irréfutables dans leur rigidité.

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