‹ Notre force futureChapitre 6 sur 17 · octobre · texte numérisé non relu

octobre

Voilà donc un produit parfait et comme goût et comme origine. En effet il est végétal et bannit par cela même toute appréhension et toute répulsion et se montre très supérieur à tous ces produits qui ont pour base les vieilles graisses de déchet plus ou moins saines et que l'on ramasse un peu partout.

Par surcroit cette graisse de coco est d'une digestion facile et tolérée par tous les estomacs. Le Dr Combes, de Lausanne, qui s'est fait une spécialité des maladies des voies digestives lui reconnaît un coefficient de digestibilité égal à celui du beurre frais.

Il semble qu'en présence d'un tel produit dont le prix avant la guerre était égal à la moitié de celui du beurre de lait, tous les efforts auraient dû être faits pour en faciliter la fabrication et la vente et en faire un produit populaire. 11 n'en a rien été cependant. Tout au contraire on a tout fait pour en cirtraver le libre commerce et la propagation rapide.

Ayant eu à soutenir la lutte pour permettre au produit de se répandre, je puis préciser les moyens que l'on voulut mettre en œuvre pour arrêter l'extension de l'emploi sans nul souci, et de nos intérêts coloniaux et de ceux d'une industrie qui promettait de devenir rapidement florissante en apportant un utile appoint à l'activité des usines de Marseille.

On partit de ce point que la graisse de coco

mélangée au beurre de lait dans une proportion qui reste en dessous de 10 °/° ne peut être décelée par l'analyse et à plus forte raison reconnue au goût. Et ce qui prouve l'excellence de la qualité organoleptique du produit c'est que dans tous les centres beurriers on importait de la graisse de coco pour faire des mélanges et surtout pour la consommer et vendre le beurre.

A juste titre la commission des fraudes s'en émut, car son devoir est de veiller à ce que les produits ne soient pas sophistiqués et restent vendus sous l'appellation qui correspond à leur nature réelle. Elle édictades mesures sévères interdisant, en particulier, la vente de la graisse de coco dans les établissements qui vendent du beurre de vache. Mais où l'on voulait aller un peu loin et ce contre quoi je dus protester avec la dernière énergie, c'est quand, sous le prétexte que l'analyse chimique ne pouvait reconnaître la présence du coco dans le beurre, on prétendit imposer aux produits du coco un colorant artificiel qui permît d'en reconnaître la trace. Je fis observer que dans ce cas il faudrait aussi colorer l'eau des sources car on ne pouvait accuser sa présence dans les vins légèrement mouillés. Je dois reconnaître que la commission ne voulut pas s'engager dans celte voie, et j'obtins gain de cause.

Mais l'affaire n'en resta pas là. La chambre fut saisie d'un projet de loi édictant une réglementation qui équivalait à une interdiction. Je dus

reprendre la lutte et comme les raisonnements logiques et clairs donnaient raison au libre commerce du produit, je m'entendis dire par un des membres de la commission chargée de l'examen de la question :

« Au surplus, peu nous importe, nous qui sommes les représentants des intérêts agricoles du pays nous avons la majorité et nous ne laisserons pas se propager un produit qui fait concurrence au beurre. »

L'aveu était formel. Peu importe que nos colonies, que nos industries, que la masse des consommateurs trouvent profit à produire, à industrialiser ou à consommer une matière, ce qu'il faut avant tout c'est défendre des intérêts de clocher, c'est-à-dire les intérêts directs de celui qui a sollicité et sollicitera encore les suffrages. Tout est là et le reste importe peu.

Eh bien ! tant que nous examinerons les questions économiques sous cet angle les intérêts vitaux de la nation seront gravement mis en péril. 11 semble que la question coloniale se résume en ce seul point : nos colonies nouvelles ne sont pas défendues parce qu'elles n'ont pas d'électeurs et partant pas d'élus, donc pas de défenseurs. Faudra-t-il donc en venir à mettre des bulletins de vote entre les mains de ces braves noirs qui nous ont montré comment ils savaient porter un fusil, mais qui ne comprendront pas, dès longtemps, toutes les beautés de la représentation

populaire telle qu'elle s'opère de nos jours ? Le remède ne serait-il pas aussi dangereux que le mal? Je pose la question. Elle est vaste de conséquences. Ce serait sortir du sujet que de la traiter ici.

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