‹ Notre FranceChapitre 24 sur 65 · LE POITOU · texte numérisé non relu

LE POITOU

tante; et c'est du Poitou qu'est sortie de nos jours l'opposition catholique et royaliste de la Vendée. La première époque appartient surtout aux hommes de la côte; la seconde, au Bocage vendéen. Toutefois l'une et l'autre se rapportent à un même principe, dont le calvinisme républicain, dont le royalisme catholique n'ont été que la forme : esprit indomptable d'opposition au gouvernement central.

Le Poitou est la bataille du Midi et du Nord. C'est près de Poitiers que Clovis a défait les Goths, que Charles-Martel a repoussé les Sarrasins, que l'armée anglo-gasconne du prince Noir a pris le roi Jean. Mêlé de droit romain et de droit coutumier, donnant ses légistes au Nord, ses troubadours au Midi, le Poitou est lui-même comme sa Mélusine, assemblage de natures diverses, moitié femme et moitié serpent. C'est dans le pays du mélange, dans le pays des mulets et des vipères, — Poitiers en envoyait autrefois jusqu'à Venise, — que ce mythe étrange a dû naître. Dans les marches alors sauvages, entre le pays de Merlin et le pays de Mélusine, sur les landes à perte de vue qui témoignent des vieilles guerres et d'éternels ravages, le Diable aussi était chez lui. Quelque attrait qu'eussent pour lui les âpres fourrés de la Lorraine, les noires sapinières du Jura, ses préfé-

rences étaient peut-être pour nos marches de l'Ouest.

Ce génie mixte et contradictoire a empêché le Poitou de rien achever; il a tout commencé. Et d'abord la vieille ville romaine de Poitiers, aujourd'hui si solitaire, fut, avec Arles et Lyon, la première école chrétienne des Gaules. Saint Hilaire a partagé les combats d'Athanase pour la divinité de Jésus-Christ. Poitiers fut pour nous^ sous quelques rapports, le berceau de la monarchie, aussi bien que du christianisme.

Ces vastes arènes dont la voûte d'entrée est une gueule énorme plus grande qu'aucune du Colisée ; ces vieilles églises romanes , leurs cryptes ténébreuses, à la fois tombe et berceau^ pourraient en dire long sur ce passé. C'est de la cathédrale de Poitiers que brilla pendant la nuit la colonne de feu qui guida Clovis contre les Goths. Le roi de France était abbé de Saint- Hilaire de Poitiers, comme de Saint-Martin de Tours. Toutefois' cette dernière église, moins lettrée, mais mieux située, plus populaire, plus féconde en miracles, prévalut sur sa sœur ainée. La dernière lueur de la poésie latine avait brillé à Poitiers au vi* siècle, avec son évêque Fortunat; l'aurore de la littérature moderne y. parut au xn® siècle. Guillaume IX, duc d'Aquitaine, est le premier troubadour. C'est de lui qu'un

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vieil auteur dit : « Il fut bon troubadour, bon chevalier d'armes, et courut longtemps le monda pour tromper les dames. » Il conduisit aussi, diton, six cent mille hommes à la terre sainte \

Le Poitou semble avoir été alors un pays de libertins spirituels et de libres penseurs. Gilbert de la Porée, né à Poitiers, et évêque de cette ville, collègue d'Abailard à l'école de Chartres, enseigna avec la même hardiesse, fut comme lui attaqué par saint Bernard, se rétracta comme lui, mais ne se releva pas comme le logicien breton. La philosophie poitevine naît et meurt avec Gilbert.

La puissance politique du Poitou n'eut guère meilleure destinée. Elle avait commencé au IX® siècle par la lutte que soutint contre Charles le Chauve, Aymon, père de Renaud, comte de Gascogne, et frère de Turpin, comte d'Angoulême. Celte famille voulait être issue des deux fameux héros de romans, saint Guillaume de Toulouse, et Gérard de Roussillon, comte de Bourgogne. Elle fut en effet grande et puissante, et se trouva quelque temps à la tête du Midi. Ils

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