ROUERGUE — QUERCY — HAUT LANGUEDOC
pourtant le réel et la barrière d'un monde, Finconnu est au delà.
Si, reprenant le voyage, vous appuyez à gauche vers les montagnes, vous trouvez déjà la chèvre suspendue au coteau aride, et le mulet, sous sa charge d'huile, suit à mi-côte le petit sentier. Vous arrivez le soir dans quelque grande et triste ville, si vous voulez Toulouse. Bâtie d'un seul côté du fleuve, la rive solitaire qui n'a pas de quai, vous rappellera le Tibre. A cet accent sonore, vous vous croiriez en Italie; pour vous détromper, il suffit de regarder ces mai- 'sons de bois et de brique; la parole brusque^ l'allure hardie et vive vous rappelleront aussi que vous êtes en France. Les gens aisés du moins sont Français; le petit peuple est tout autre chose, peut-être Espagnol ou Maure. C'est ici cette vieille Toulouse, si grande sous ses comtes; sous nos rois, son parlement lui a donné encore la royauté, la tyrannie du Midi. Ces légistes violents, les Plasian, les Nogaret, qui portèrent à Boniface VIII le soufflet de Philippe le Bel, s'en justifièrent souvent aux dépens des hérétiques ; ils en brûlèrent quatre cents en moins d'un siècle. Plus tard, ils se prêtèrent aux vengeances de Richelieu, jugèrent Montmorency et le décapitèrent dans leur belle salle
marquée de rouge *. Ils se glorifiaient d'avoir le Capitule de Rome, et la cave aux Morts * de Naples, où les cadavres se conservaient si bien. Au Capitole de Toulouse, les archives de la ville étaient gardées dans une armoire de fer, comme celles des flamines romains, et le sénat gascon avait écrit sur les murs de sa curie : Videant coH' suies ne quid respublica detrimenti capiat.
Ne nous arrêtons pas trop longtemps à Saint- Sernin, superbe église de sang. Le chœur et la crypte sont le monument fort sombre de la première croisade (1095). Pour emporter une impression plus douce, reposons-nous un instant sous l'admirable petit cloître de la Renaissance, moins grandiose que le Gampo santo, mais si joli d'effet, avec ses légères colonnes géminées qui doublent la perspective. L'art ne s'est pas concentré sous ces merveilleux portiques; il est un peu partout à Toulouse, au fond des rues tristes et étroites qu'habitait la noblesse. L'art de la Renaissance a dû être la vocation des Toulousains. On devrait la réveiller en fondant une école de dessin d'ornement.
Toulouse est le point central du grand bassin du Midi. C'est là, ou à peu près, que vienikent les eaux des Pyrénées et des Cévennes, le Tarn
1. Elle l'était encore au dernier siècle. (Piganiolde la Force.)