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LA PROVENCE — LE COMTAT — AVIGNON

Lombards, les Sarrasins qui s'abattirent sur la contrée en fléaux de Dieu. Charles-Martel ayant chassé les Sarrasins d'Avignon, la ville resta carlovingienne jusqu'à la dissolution de l'empire. Alors elle devint provençale et dépendante du royaume d'Arles et de Provence, sous Boson, beau-frère de Charles le Chauve. Plus tard, elle se fera Languedocienne, Albigeoise et, comme telle, restera douze ans excommuniée. Louis VIII, reprenant la croisade de Simon de Montfort, l'en châtiera en rasant ses murailles. Raymond YII converti fit davantage, il donna le Comtat au pape contre une absolution et voilà Avignon d'hérétique devenue, tout à coup, ville papale. Le pape y sera roi plus que le roi, par l'argent que son séjour attirera dans le pays. Les richesses y abondèrent, mais aussi les scandales. La religion était bien malade dans ces contrées, surtout depuis les Albigeois ; elle fut tuée par la présence des papes. En même temps s'affaiblissaient et venaient à rien les vieilles libertés des municipes du Midi. La liberté romaine et la religion romaine, la république et le christianisme, l'antiquité et le moyen âge s'y éteignaient en même temps. Avignon fut le théâtre de cette décrépitude. Aussi ne croyez pas que ce soit seulement pour Laure que Pétrarque ait tant pleuré à la source de Yaucluse ; l'Italie aussi fut sa

Laure, et la Provence, et tout l'antique Midi qui se mourait chaque jour.

La Provence, dans son imparfaite destinée, dans sa forme incomplète, me semble un chant des troubadours, une canzone de Pétrarque ; plus d'élan que de portée. La végétation africaine des côtes est bientôt bornée par le vent glacial des Alpes. Le Rhône court à la mer, et n'y arrive pas. Les pâturages font place aux sèches collines, parées tristement de myrte et de lavande, parfumées et stériles.

Ces landes stériles, ce destin inachevé ne tiennent-ils pas aussi à la nature de ce climat trouble et véhément comme le Rhône? A partir de Valence, vous perdez la paix des régions du nord, vous entrez dans la tourmente. Ici, les vents se combattent avec fureur.

Dans un pays si discordant, quelle âme serait assez forte pour conserver l'équilibre? Ce vent éternel, contradictoire, du nord, du midi, frappe l'homme au cerveau. A Yalence, les cas de folie sont nombreux. De l'autre côté du Rhône, sur les plateaux des Cévennes incessamment fouettés de l'âpre bise, le renversement de la vie nerveuse tourne à Textase épileptique.

Nulle autre part qu'à Avignon, ni en France, ni en Italie, la population n'est si expressive, la passion si impétueuse. Race métis et trouble,

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celto-grecque, arabe avec un mélange italien. C'est aussi la fille du Rhône, elle porte en elle ses emportements , ses tourbillons. Moralisé , humanisé à Lyon par la Saône, son aimable et pesante épouse, qui lui apporte en dot le Doubs, sur sa route, de folles rivières se jettent à lui des deux côtés et le refont torrent. Il court, s'effarouche. De plus en plus incapable de se contenir, il court, c'est comme une bête échappêi, un taureau de la Camargue.

Une tête étrangère résiste peu au triple vertige des eaux, du vent, des regards mobiles. Ce qui surtout l'enivre, Fhébête, c'est ce vent qui rase la ville, qu'on entend toujours aux rues d'Avignon, l'éternel zou ! zou ! Ce sifflement imité par l'homme du peuple, mariniers, portefaix, rudes vignerons de la montagne, race âpre, féroce à ses heures, c'est pour lui le cri de l'émeute. Ces tourmentes subitent qui, tout à coup, noires et terribles, flottent autour du Yentoux, qui pourra les arrêter? Il en est de même des colères de ce peuple, elles emportent tout devant elles *.

La poésie du Midi, de son destin, repose dans

1. Allusion au massacre de la Glacière. La tour en porte encore les traces, comme au palais des papes, aux chambres sépulcrales de l'inquisition, on voit la suie lentement accumulée que laissa la chair brûlée des hérétiques. (M"»® J. M.)

la mélancolie de Yaucluse, son paysag-e austère, spiritualiste, — là rien pour les sens; — dans la tristesse ineffable et sublime de la Sainte- Baume, d'oii l'on voit les Alpes et les Cévennes^ le Languedoc et la Provence, au delà, la Méditerranée. Et moi aussi, j'y pleurerais comme Pétrarque au moment de quitter ces belles contrées.

LE DAUPHINË

Mais il faut que je fraye ma route vers le nord, aux sapins du Jura, aux chênes des Vosges et des Ardennes, vers les plaines décolorées du Berry et de la Champagne. Les provinces que nous venons de parcourir, isolées par leur originalité même, ne me pourraient servir à composer l'unité de la France. Il y faut des éléments plus liants, plus dociles; il faut des hommes plus disciplinables, plus capables de former un noyau compact, pour fermer la France du nord aux grandes invasions de terre et de mer, aux Allemands et aux Anglais. Ce n'est pas trop pour cela des populations serrées du centre, des bataillons normands, picards, des massives et profondes légions de la Lorraine et de l'Alsace.

Les Provençaux appellent les Dauphinois les

Franciaux. Le Dauphiné appartient déjà à la vraie France, la France du nord. Malgré la latitude, la jolie vallée de l'Isère, ses vignes, ses mûriers et le sourire italien dont elle salue l'étranger au passage, cette province est septentrionale. Là commence cette zone de pays rudes et d'hommes énergiques qui couvrent la France à l'est. D'abord le Dauphiné, comme une forteresse sous le vent des Alpes; puis le marais de la Bresse ; puis dos à dos la Franche-Comté et la Lorraine, attachées ensemble parles Vosges, qui versent à celle-ci la Moselle, à l'autre la Saône et le Doubs. Un vigoureux génie de résistance et d'opposition signale ces provinces. Cela peut être incommode au dedans, mais c'est notre salut contre l'étranger.

Ce fut un Dauphinois, Bayard, le chevalier sans peur, qui monta le premier à Brescia. Pietro Navarro, l'inventeur des mines, l'avait sûrement avec lui , lorsqu'avec nos Basques vifs et fermes et la verte race du Dauphiné, il dompta, perça le rocher, se fit un passage entre les glaces et les abîmes, et tomba, à l'improviste, dans les plaines de Saluées, à l'entrée de la Lombardie *. Avec ses vingt mille hommes, ses soixante-douze énormes canons, cinq cents

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