SUITE DE LA LORRAINE — LES ÉVÊCHÉS DE TOUL, METZ ET VERDUN
Metz, devenue, depuis la conquête des Francs, la capitale du royaume d'Austrasie et comprise par Charlemagne dans la Lorraine, fut reconnue, •en 930, ville libre impériale. Sous son évêque même, Metz était libre, comme Liège, comme Lyon; elle avait son échevin, ses Treize, ainsi ^ue Strasbourg. De l'orgueilleuse maison épis- €opale de Metz, sortira la seconde race de nos rois. La tige de la dynastie carlovingienne fut révêque de Metz, Arnulf. Elle commence en Pépin, son petit-fils, et se continue en Charles- Martel et Charlemagne *.
1. Les évoques, ayant souvent contracté mariage avant d'entrer dans les ordres, tran,»?^ allaient sans peine leurs •droits à leurs fils ou petits-fils.
Entre la grande Meuse et la petite (la Moselle, Mosula), les trois villes ecclésiastiques, Metz, Toul et Verdun, placées en triangle, formaient un terrain neutre, une île, un asile aux serfs fugitifs. Les juifs même, proscrits partout, étaient reçus dans Metz. C'était le border français entre nous et l'Empire. Là, il n'y avait point de barrière naturelle contre l'Allemagne, comme en Dauphiné et en Franche-Comté. Les beaux ballons des Vosges, la chaîne même de l'Alsace, ces montagnes à formes douces et paisibles, favorisaient d'autant mieux la guerre. Cette terre austrasienne, partout marquée des monuments carlovingiens \ avec ses douze grandes maisons, ses cent vingt pairs, avec son abbaye souveraine de Remiremont, où Charlemagne et son fils faisaient leurs grandes chasses d'automne, où Ton portait l'épée devant l'abbesse *, la Lorraine oiïrait une miniature de l'empire germanique. L'Allemagne y était partout pêlemêle avec la France, partout se trouvait la frontière. Là aussi se forma, et dans les vallées de la Meuse et de la Moselle, et dans les forêts des Vosges, une population vague et flottante, qui
1. On voyait à Metz le tombeau de Louis le Débonnaire et l'original des Annales de Metz, mss. de 894.
2. L'abbesse de Remiremont était princesse du saint Empire, avait ses grands officiers, toute une cour féodale et pour vassal le duc de Lorraine.