‹ Notre FranceChapitre 52 sur 65 · L'ALSACE · texte numérisé non relu

L'ALSACE

Je n'irai pas au delà. Je m'abstiens de franchir la montagne, de regarder l'Alsace. Si je vous découvrais, divine flèche de Strasbourg, si j'apercevais mon héroïque Rhin, je pourrais j bien m'en aller au courant du fleuve, bercé par leurs légendes, vers la rouge cathédrale de Mayence, vers celle de Cologne, et jusqu'à l'Océan; ou peut-être resterais-je enchanté aux limites solennelles des deux empires, aux ruines de quelque camp romain, de quelque fameuse église de pèlerinage, au monastère de cette noble religieuse qui passa trois cents ans à écouter l'oiseau de la forêt *.

1. Nous n'avons pas voulu effacer ces lignes écrites en 1833. Elles sont un trop éloquent témoignage de la grande amitié que ce cœur, si profondément français, portait à l'Allemagne qu'il croyait, non pas opposée à la France, mais parallèle. Dans

Je VOUS salue de loin, de cœur, chère Alsace! Petite France, plus France que la France, qui sympathisiez d'ailleurs avec l'Allemagne. Il fallait bien se garder de briser ce lien entre deux peuples unis, quand même, par tant d'intérêts -communs. Hier Strasbourg à la limite de deux mondes si différents, c'était l'intermédiaire, la bonne conciliatrice entre deux races. Non pas «eule, mais dans la belle fédération des villes du Rhin si chères aux amis des libertés de l'esprit. Tout aimables et si sociables, elles n'ont pas les habitudes de la vie enfermée, pesante, <jui est propre à l'Allemagne. Elles sont pleines d'air et de soleil. Elles étaient liées jadis aux libres cités de la Suisse par une bonne confraternité. Elles s'aimaient, se secouraient ces voisines, et si promptement par la descente du Rhin ! Pour le faire sentir h leurs amis de Strasbourg et leur prouver qu'ils étaient tout près et à portée de les défendre, ils s'avisèrent, à une fête de l'arc que donnait cette ville, d'apporter un gâteau cuit en Suisse, et qui arriva, tiède •encore, à Strasbourg.

iin même sentiment, nous avons conservé à l'Alsace, dans ce livre, la place qu'elle occupait dans le Tableau de la France, Hier en nous, aujourd'hui hors de nous, comment paraître l'avoir oubliée et nous être résignés à la séparation?... Ses ravisseurs, eux-mêmes, ne nous le pardonneraient pas. <>!■"• J. M.)

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