ACTE PREMIER
Je l'aurais su, il me semble... En tout cas,
tu es libre, tu es indi5pcndant, tu es même riche et tu n'as pas eu la peine de gagner ta fortune.
Mais non, d'abord, je ne suis pas riche..
qui t'a dit cela?
Quand nous nous sommes quittés... après nos études... il y a vingt ans, est-ce que tu n'as pas fait un assez gros hdrilage?
CUABTIËR
Soixante mille fraucs de rente...
LL"CIEN
Eh bien! mais... c'est un chiffre...! Deux millions!
Sais-tu combien il me reste de ces soixante mille francs de rente?
LUCIEIt
Non...
CHARTIER
Il m'en reste quinze mille environ... le quart.
LUCIEN
Ah bah!... mais j'ignorais... mon pauvre ami...
CHARTIER
Ne me plains pas... Je suis consold... Tout de môme, tu vois qu'il m'est arrivé quelque chose dans la vie...
LUCIEN
Mais quoi donc? Comment cela s'est-il fait?
Tu as spécule...?
CHARTIER
Pour qui me prends-tu?... Non, ce n'est pas cela... As-tu entendu parler, à Besançon, d'une nommée Pervenche?
Y ACTE PHEMIER
Pervenche? Non... Qui est-ce?
CHARTIEH
C'est une personne que j'ai aimée.
LCCIEH
Beaucoup?
CHAFITIER
Un million et demi environ.
LUCIEN
Sacrcbleu! tu as bien faitde t'arrètcr...
Ce n'est pas moi qui me suis arrôlé, c'est elle... Moi, je ne demandais qu'à conlinuer...
LUCIEN
Elle n'a plus voulu?...
CHARTIER
Non. Elle m'a dit un soir — en nous levant :
— « Mon chéri, j'ai prismes renseignements.
Tu m'as donné les trois quarts de ta forlune, c'est tout ce qu'une femme peut demander à un galant homme, ça suffit. J'en ai assez. J'ai trouvé quelqu'un qui m'aime et je me marie avec lui! Celait mon rêve... »
Et elle s'est vraiment mariée?
CHARTIER
Elle a épousé un employé du Louvre.
C'est un très bon ménage.
LUCIEN
Tu la vois donc encore?
CHARTIER
Elle a acheté sur la route de Trouville à Villers, un hôtel tort achalandé où l'on mange d'excellente cuisine. J'y vais déjeuner quelquefois; je t'y conduirai. La maison est admirablement tenue. La patronne est à Ja fois accueillante et sérieuse; elle me reçoit comme