‹ Notre jeunesse...: comédie en quatre actesChapitre 108 sur 144 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

HÉLÈNE

Réfléchis, Lucien, réfléchis!... Le hasard, les circonstances qui, après tant d'années, t'ont mis tout d'un coup en présence de cette enfant, t'indiquent bien clairement ton devoir, et à moi aussi!... Oui... oui... pourquoi ne la garderions-nous pas près de nous, avec nous*'

LUCIEN

Oh! Hélène... Qu'est-ce que tu me demandes ?... Tu as un cœur charmant et profond, ma chérie... Tu m'en donnes une preuve de plus. Mais ce que tu me proposes là, et dont je te saurai gré éternellement, est mille et mille fois impossible.

HÉLÈNE

Pourquoi? pourquoi?... voyons !..•

LUCIEN

La première raison, la plus forte, la plus décisive est que je t'aime trop pour pouvoir jamais aimer un enfant qui ne viendrait pas de toi... et qui n'est attaché à moi que par

des souvenirs trop lointains pour être puissants et émus!... La seconde, c'est que toimônie tu ne peux pas aimer celte petite, et que, pas plus que moi, tu ne t'attacheras jamais à elle !

HÉLÈNE

Ne crois pas cela, Lucien. Oh! je ne te dis pas que je l'aime déjà comme ma propre enfant, mais elle m'a inspiré un sentiment tendre et soudain... Je l'aimerai bien vite... je le sens... Il y a des impressions qui ne trompent pas.

LUCIEN

Tu as pu te rimaginor un instant, parce que tu es très bonne et que l'apparition de celte jeune fille t'a subitement troublée. Mais cela ne durerait pas, j'en suis sûr... et nous nous trouverions alors dans une situation inextricable. Rélléchis, toi aussi, Hélène... Si celte enfant était toute jeune, si nous avions la mission de l'élever, de l'instruire, l'espoir enfin de la faire nôtre, je comprendrais ton' insistance, et moi-môme, crois-tu que je me refuserais à ce qui, alors, serait vraiment un»

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devoir? Tu le sais bien que je lie m'y refuserais pas. Mais la question est très différente... Ne m'interromps pas, tu vas voir que j'ai raison... Nous sommes en face d'une jeune fille de dix-sept ans, qui ne nous connaît ni Tun ni l'aulre, et qui, si je ne me suis jamais préoccupé d'elle, en quoi j'ai eu tort, ne s'est jamais non plus préoccupée de moi... Ce n'est pas la môme clio^e, évidemment; c'est elle qui a le beau rôle, ce n'est pas moi, jo le confesse... Mais il est trop tard aujourd'hui pour rien changer à notre situation réciproque... Demain, ce n'est pas une fille de dix-sept ans que nous aurons à' côté de nous, mais une femme agitée par des sentiments que nous n'aurons pas créés, que nous n'aurons pas pu surveiller, et qui nous échappera sans que l'amour paternel et filial ait eu le temps de se développer de son côté ni du mien.

HÉLÈNE

Qu'en sais-tu? Tu ne la connais pas... Tu n'as jamais regardé ses yeux, entendu sa voix... Comment paux4u dire que tu es iuca-

pable de Taimer? Quant à elle, elle csl seule au monde et prête à se donner pour un peu de sympathie et de tendresse... Tends-lui la main, toute son âme t'appartiendra... Et quelle lumière, quelle chaleur elle apporterait dans notre existence! Lucien! Lucien! Comment ne vois-tu pas que c'est ta jeunesse qui revient vers toi? Ne la laisse pas s'enfuir, ce serait pour toujours!...

LUCIEN

Ma chérie... ma chérie... je...

HÉLÈNE

Et puis... Et puis il y a moi aussi!... dont la vie est parfois bien lourde et bien maussade, va, je t'assure... Tu ne t'en aperçois pas toi! Tu as ton travail et des soucis de toutes sortes... Et si tu es mon mari, mon ami, ma grande affection, tu ne peux pas être mon compagnon de chaque instant, mon camarade, et le confident qu'il me faudrait pendant les heures vides et inquiètes... Tu n'as pas le temps, c'est bien naturel... Et ces

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