‹ Notre jeunesse et l'ère nouvelle [microforme]Chapitre 10 sur 24 · CH VITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CH VITRE QUATRIEME

La carrière des arts.—Les talents des Canadiens-français. —AÀ quoi tient notre manque de culture artistique. 7 —Ce qu'il faudrait faire pour encourager les artistes

et de l’in-

différence des autres. moriste an-

glais : “L'art est très charcutiers

deviendro: 8 Raphaëls mâcheron

otre jeunesse de cette carrière ?

Il ne faut laisser rien d'improductif chez

nous et il faut mettre en valeur aussi bien les talents artistiques

que les autres. C'est Pourquoi je n’ai pas voulu oublier ce beau

domaine de la culture nationale. Quand ils le connaîtront, nos jeu-

nes compatriotes pourront mieux considérer s'ils doivent l’em-

rasser.

La carrière artistique ,. Je souhaiterais voir chez Jus les artistes réussir, parce qu’à Pinstar de la littérature, vélateurs de l’âme d’un peuple et aussi à cause d :

T and on le devine, la sculpture, l’archite. et même l’art dramatique, que j'ai e. , ins, les sculpteurs, les peintres,

i tribuent à faire connaître l’âme » Ses moeurs et ses coutumes.

N'est-il

aussi

qui reste de urs dissolues hitecture sont

. N'est-ce ; l’Arlésienne

Mais pourquoi aller chercher si loin des exemples, quand je n'aurais qu'à citer les croquis impérissables de Henri Julien ou de Massicotte, les tableaux d’un St-Charles, d’un Franchère, d’un Delfosse, d’un Suzor Côté ? Les oeuvres d’un Philippe Hébert ou

’un Laliberté ne nous redisent-elles pas les beaux faits de notre histoire comme elles expriment les plus nobles sentiments de notre âme nationale?

Iya de Qui niera que la culture des arts n’a pas un grand rôle social? Pour ceux qui en douteraient, je n'aurais qu’à résumer la thèse exposée par M. Paul Gauthier dans son captivant ouvrage : Le sens de l’art.

L'oeuvre d’art socialise chacun de nous en particulier, parce que, si elle ne nous est pas une leçon de morale, l’art nous prédis pose à la moralité. “L'oeuvre d’art socialise l’individu, en outre et surtout, parce qu’elle fait sympathiser chacun de nous avec son auteur et, grâce à lui, avec ses modèles et son milieu.

“Non seulement l'oeuvre d'art amène qui l’admire à sympathiser avec son auteur, avec son pays, avec son époque, et qui plus est, avec ce qu’elle représente, mais il n’en est pas qui, en les faits vibrer à l'unisson n’établisse un lien de fait entre tous les fi-

es”, *

Et c’est encore le rôle social de l’art que Camille Bellaigne faisait voir quand il disait : “On prend la foule et on la conduit par des passions encore mieux que par des idées, par l'émotion plutôt que par l'évidence” Ce n’est rien autre chose que fait lartiste en reproduisant dans le bronze ou le marbre, sur la toile, en musique, les sentiments de son âme, ou les émotions que font naître en lui les beaux faits de notre histoire et les beaux spectacles de la nature canadienne.

“T'art est fait de sympathie et il la soulève, écrit encore M. Paul Gauthier. Point d'émotion de cet ordre, chez le spectateur, qui ne lui fasse partager, sinon les souffrances et les joies des êtres représentés, du moins certains côtés de leur sensibilité et, en tout cas, de la sensibilité de l'artiste, parce qu’il n’y en a pas, au coeur de ce dernier qui ne le fasse participant de la vie des autres, — hommes ou plantes, animaux ou objets — qui, d’un mot, ne conforme son âme à la lueur.”

Envisagée sous ces deux aspects, que l’art est révélateur de l'âme d’un peuple comme sa littérature et qu’il joue un grand rôle social, pourquoi la carrière artistique ne tenterait-elle pas notre jeunesse ?

Il serait trop long de parcourir toutes les branches de la carrière ; il faudrait pour cela seul tout un volume. Pénétrons-y pour nous renseigner un peu.

Pour le sculpteur, il y a la statuaire, puis l'exécution d’oeuvres de fantaisie comme les terres cuites, les petits bronzes, les bas-reliefs décoratifs dans le bois ou le métal, permettant ainsi à

lartiste, tout en faisant des chefs-d’oeuvres, de trouver plus facilement des acheteurs.

Le peintre, en outre d’ex aussi bien peindre des pastels enfin une foule de bibelots, qui A l'archit grands édific re canadienne, ? Ce qui fait

ils ont, pour les aider à vivre de leur

l’enseignement. Ils s’assureront ainsi temps qu'ils cultiveront les talents.

a peinture, il n’existe pas d'école. Aux

on enseigne bien le modelage,

une école tout à fait orgarisée.

Lèà-dessus les maisons

d’admirables ateliers. On ne C’est à peine si on enseigne le dessin. Il fau a progrès sur ce point et que }”

loppe.

A l’école Polytechnique, on enseigne les arts décoratifs et il est à regretter que le nombre des élèves soit si peu considérable. Il faudrait sûrement faire mieux connaître cette branche de l’enseignement.

A l’école Polytechnique également, on enseigne l’architec. ture. Le cours est de quaire ans et le coût varie de $150 à $175.

ux qui se sentent du goût pour la musique peuvent développer leurs aptitudes d’abord en suivant l’enseignement d’un maitre, puis d’une grande école. Quand ils auront obtenu les diplômes voulus, ils pourront à leur tour faire de l’enseignement et cultiver en même temps leur art; s’ils deviennent de véritables artistes, ils réussiront à se faire connaître en se produisant dans des concerts et des récitals en n’oubliant pas toutefois que l’exécutant, comme le compositeur, a besoin de beaucoup de talent pour percer.

Si on le veut bien, j’incluerais l’art dramatique dans cette nomenclature. Depuis quelques années, il semble se manifester un goût pour cet art parmi nos jeunes compatriotes. Le Conservatoire Lassalle n’aura pas peu contribué à le faire naître; seulement Ja carrière n’est nas encore florissante et les oeuvres qu’on demande à nos

arteurs d'interpréter ne valent vraiment pas la peine qu'on s'enpage dans cette voie. Tant que nos écrivains n’auront pas crée le théâtre canadien, il n’y a pas de Chance pour l’art dramatique, Il n'y aura toujours place que pour des amateurs. Un auteur

mettait ses jeunes compatriotes en garde contre l’art dramatique quand il leur disait : “Cette e prolenion si tentante, si excitante, n’est relativement glorieuse et munératrice que pour celui qui y réussit complètement ; elle est incertaine et des plus précaires pour qui. y végète, et elle est misérable matériellement et bien abaissée moralement pur qui y échoue.”

S'il en est ainsi en France, que sera-ce donc dans notre pays, où l’art dramatique est monopolisé par des artistes de Paris, L'insuccès des soirées de famille d'il y a vingt ans est là pour nous en donner une idée. Il est vrai que depuis un an cn a tenté un nouvel essai avec l’opérette: les débuts au point de vue artistique ont pu être sncourageants; mais l’ont-ils été autant au point de vue financier

Telle est, en somme, la carrière artistique avec ses diverses branches.

Les talents des Canadiens-français

Il va de soi que c’est parce que je reconnais à mes jeunes compatriotes des talents artistiques que je les voudrais voir donner libre cours à ces talents en embrassant la carrière des arts.

En peinture, en sculpture, en architecture, aussi bien en musique que dans l’art dramatique, les aptitudes des Canadiens-français sont grandes.

Je suis loin mais je ne puis m’empé-

aque année au Conseil des

e mes jeunes compatriotes, sans

s croquis, des pastels, des eaux

t pas rejetés avec dédain. De

, Qui ont pour auteur des novices, il est, vrai,

m'ont ému. Ce ne sont pas des chefs-d’oeuvres, oh! non, mais

elles sont l'indice d’une prédisposition artistique qui ne demande qu’à être cultivée.

Et en parlant des aptitudes des Canadiens-français pour les

, un professeur français ne déclarait-il pas, il y a quelques années, lors d’une exposition de travaux d’arts décoratifs à Polytechnique, qu’il est incontestable que nos compatriotes possèdent à un haut degré du goût par les arts et du talent pour les cultiver. Mgr Georges Gauthier l’écrivait aussi en mai dernier dans l'Action française : “Nos enfants ont une facilité naturelle à produire, sans autre outil qu’un couteau, des objets d'art rudimentaires sans doute, mais qui trahit, à travers quelques maladresses d'exécution, des aptitudes réelles.”

NRA 0 D D 1 M |

À quoi tient notre manque de culture artistique

Il n’est pas étonnant que chez nous on re ue un si grand manque de culture artisti ue; comment pourrait-il en être autrepers grand à venir jusqu’ cinq ou six ans on n’a

ques marques d’ena-t-on fait sa place à

lard Desrosiers, princi-

, à un journal de Mont-

professeurs d'histoire d'accorder beaux-arts.”

nées de cou: je n'ai ja-

n’est qu’un

, grand amateur de

ue ef-d'oeuvre. Et comd donc plus demander à uand jamais culture il y eut.

qu’il y a chez ncus un réveil

nnés par l’Université et la Société Sai

à la bibliothèqu qui mérite de précisément u Jean-Baptiste,

‘abord, puis en multiit avoir sur sa place

es murs de son édifice

rôpe des Chemins de UX; pourquoi dons ne pas réserver ces

s'inspirant du milieu tectes de beaux sujets d'emprunter au styie

anglais ou américain, et même au style bâtard, dans la construction de leur ‘demeure, pourraient aussi bien essayer de faire revi. vre les vieux manoirs et castels d'autrefois. Même pou les édifices publics, comme les églises, les hôtels de ville, il y aurait à créer du neuf en s'inspirant toujours de l’histoire,

Pareillement pour la musique, tiste, e ouvre des concours littérai

r la composition d’ , Comme le recueil de

urendeau et d’ ‘autrefois et exprimeront les sentime française d’aujourd’hui.

En art comme er littérature, il faut se débarrasser des “clichés d’exotisme” et ne s’ins irer que chez nous.

Ce n’est qu'alors qu’il audra encourager nos jeunes compatriotes à embrasser la carrière artistique. Aujourd’hui, il est encore trop tôt. :

D'ici là je dirais à ceux que les arts attirent ce que B. H. Gausseron disait à ses compatriotes : “Qui ne cherche, en se fai. sant artiste, que la satisfaction de sa vanité, la facilité d’une vie libre de frein, des plaisirs sans efforts et le succès sans vrai talent, 7e un beau fruit, qui lui remplira la bouche d’amertu:ne et

e cepdre.” .

Page 1