CHAPITRE DEUXIEME
La colonisation et ses bienfaits pour la race et l’individu. —Les diverses sortes de colonisation. — Comment la colonisation peut devenir enrichissante, —L'enseignement forestier, C'est la jeunesse qui est la maîtresse des destinées de notre Trace; le peuple
pe Canadien-français sera ce que sa jeunesse l’aura ait,
Reprenant une pensée de Prévost-Paradol l’adaptant à notre position, je dirais: “I] n'ya
en persuadé, pourrai-je ajouter avec à un moindre prix, ni avec de moindres forces, qu’on pourra être compté pour quelque chose et suffisamment respecté dns ce monde nouveau, que nous ne verrons pas, mais qui s'2pproche assez pour projeter déjà sur nous son ombre
t pas à tar
( 18, n'oublions pas que si nous voulons assurer notre existence nationale, il faut nou
s cramponner à la terre, Il faut que chacun de nous fasse tout en son Pouvoir pour conserver À 72
son patrimoine territorial. Celui qui n’en a à
fruit de son travail à l'acquisition d’une partie de notre sol, si
minime qu’elle soit, Car il faut ’aisser à nos enfants non seulement
le sang et la langue de nos ancêtres, mais encore la propriété du
sol. Si plus tard on Voulait s'attaquer à notre nationalité, quelle ) di nr
son enracinement au sol! Le géant Antée pui nouvelle chaque fois qu’il touchait la terre, nous.’
Pourquoi one notre jeunesse Ze s’engagerait-elle pas dans cette carrière sussi beile et aussi libérale que l’agriculture ?
Ce que c’est que la colonisation
E. Fallot, quia beaucoup écrit sur Ja colonisation, la définit : ivilisation
ifications imprimées par des hommes primitifs, et le but qu’elle Poursuit est ‘appliquer les moyens puissants inventés par la civilisation à la mise en valeur de ce sol vierge ou exploité de façon barbare.” Cette définition répond mieux,
ce me semble, à l’idée qu’on se fait Le nos Jours dans notre Pays de cette grande oeuvre de la coloation,
AUssi :
ord-Canadien la région du Lac S.-Jean; le Pacifique le nord de Montréal ; le Transcontinen Québec et 08, dans l’Abitibi. Ce n’est pl Quand le défricheur allait à pieds, os sa hache et un baluchon renfermant tout ce qu’il possédait, I] s’ a forêt et, seul avec les siens, lo à ses seules ressources, il s’atta nos bois, et arachait à la terre ses richesses qu'aucune main n'evait encore recherchées,
Dans ce temps-là, la Colonisation était vraiment une entreprise que seuls des héros étaient Capables de mener à bien. Et Ja preuve C’est que c’est ainsi que nos régions éloignées de la Matapédia, du
Lac St-Jean, du S.-M:
et de
comme celui d'autrefois; il peut st épuisé le renouveler et recevoir nque.
On le voit donc, la colonisaticn n’a rien d’aussi pénible qu’autrefois et je ne vois pas Pourquoi elle rebuterait notre jeunesse, gone on sait qu’elle peut lui êtré une source de richesse et de bien-
aits.
Les bienfaits de la colonisation.—Un gros tôme suffirait à peine si on voulait démontrer tous les bienfaits de la colonisation. A tous les points de vue, la colonisation est bienfaisante autant pour la race que pour l'individu: point de vue national, point de vue religieux, point de vue économique, point de vue social.
A l'individu la colonisation enseigne à développer les plus belles qualités morales, comme l'initiative, le courage Pour la vie. Elle lui assure l'indépendance et la richesse.
Deux des causes d’insuccès de nos compatriotes sont le manque d'initiative et de courage.
preuves qui sont trop nombreuses.
pera plus en eux l’initiative et le
avec de la persévérance il verra ven le bonheur.
“Obligé de travailler à la sueur de son front, le colon n’a ni le ps ni l’occasion de chercher ces plaisirs qui ruinent la santé, amollissent les constitutions, tandis qu’un exercice rude et continu forme ces natures mâles et vigoureuses qui assurent la prépondérance aux peuples adonnés aux travaux des champs,” comme le
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disait l’abbé Siméon Rouleau, l'ami et le confident du curé Labelle et mon professeur de rhétorique.
me l’agriculteur, le colon est son maître; il ne relève que de l’autorité publique. Il ne connait d’autre maître que lui, ni d’autres lois que celles de la nature, de la science et de la foi.
À la race la colonisation assure l'expansion et l'influence. C’est en s’emparant du sol que la race canadienne-française deviendra de plus en plus puissante, Qu'elle s’enracine au sol et il n'ya pas de pren humaine pour la faire disparaître: elle pourra comme les géants de nos forêts être secouée par les tempêtes et les orages, mais ses racines profondes l’'empêcheront de mourir, la vieille sève sera toujours là pour la nourrir et la fortifier. Et avec l'influence, notre race acquerra la richesse, ce qui, au point de vue économique l’acheminera vers la prépondérance.
Non moins bienfaisante à la religion sera la colonisation, puisque le colon est toujours un homme de foi et de prière, Il croit en
ieu, le grand Dispensateur de tous les dons, et il Le prie de bénir ses travaux et de féconder son travail. Comme le disait encore l'abbé Rouleau: “Dans cette classe de la société nous trouvons les âmes à la foi et à la charité robustes ; or, nous le savons, les nations religieuses seules nourrissent en elles-mêmes le germe des grands et immortels avenirs. Les peuples agricoles, dont la vie et le bonheur sont attachés au sol fournissent les vrais patriotes.” L
Je vois même dans la colonisation une des solutions de la questien sociale. La question sociale est l'étude des moyens de soulager les miséreux et d'établir l'équilibre entre les classes de la société. Quand chacun aura son coin de terre, quand chacun sera assuré de sa subsistance et de celle de sa famille, la question sociale sera à demie résolue. La colonisation, comme l’agriculture offrent cette solution. Et puis le colon ne veut que l’ordre et la paix. Tout bouleversement politique devant lui nuire, il tient à ce qui fait la force d’un pays, la conservation des bonnes lois et des institutions. Ce n’est pas des campagnes que partent les mouvements révolu-. tionnaires, c’est des villes où fermentent dans les milieux :5smopolites tous les agents de dissolution. Le bolchévisme a’aura jamais de prise sur le paysan ou sur le colon.
Qui peut être colon?
Il y a longtemps que le curé Labelle a répondu à cette question. Je lui emprunte quelques-unes de ses réponses, Peuvent être colons:
1.—Le petit cultivateur qui ne possède qu’une terre de peu d’étendue ou de médiocre qualité, comme on en voit tant dans nos vieilles paroisses.
2.—C'est le travailleur pauvre, le journalier des villes, des Campagnes et des centres canadiens des Etats-Unis.
8.—C'est le cultivateur, père de famille, qui n’a pas les moyens d'établir ses fils autour de lui.
4.—C'est le fils cultivateur qui ne peut s'établir avec avantage près de ses parents. Il s’en vient en ville consumer sa jeunesse à chercher une fortune qui le fuira toujours,
A ces indications j ’ajouterais:
5.—C'est le fils du commerçant riche ou de l'industriel, qui ne se sent aucun goût pour le commerce et l’industrie de son père.
6.—Ce sont les fils de familles, qui dépensent leur héritage en dissipations de toutes sortes, qui épuisent et ruinent leur santé.
7.—Ce sont les jeunes gens débrouillards, pleins de courage, qui n’ont pas peur de la vie.
£.—Ce sont les hommes instruits qui peineraient dans les villes, tandis qu'ils accomplissent une grande oeuvre en se faisant colon, ou en aidant au colon. C’est le cas de mon ami Hector Authier, qui est devenu, avec l’abbé Ivanhoe Caron, le pionnier de lAbitibi et le cas de tant d’autres hommes de professions. Je Pourrais rappeler celui d’un homme de profession que je rencontrai un jour à Ville-Marie. I] était venu là sans le sou, sans autre ressource que son talent. Vingt-cinq ans après, il mourait après avoir recueilli tous les honneursqu’on peut faire à un citoyen et laissant une-belle fortune. £
Les diverses sortes de colonisation
Ce n’est plus comme autrefois: le colon, de bûcheron qu'il était, devenait un agriculteur et cela après bien des épreuves. Aujourd’hui, le colon peut devenir ou agriculteur, ou industriel ou promoteur de tourisme et c’est ainsi que nous avons vu la colonisation agricole, la colonisation industrielle et la colonisation
Ce que nous disions de l'agriculture trouve sa place en parlant de la colonisation agricole. Dans toute 1
enant notre jeunesse voulait se tourner vers la colonisation agricole ?
Il s'en trouve sûrement parmi nos jeunes compatriotes, aux-
quels la terre me dit rien; pourquoi ceux-là ne tenteraient-ils pas de faire de la colonisation industrielle ?
La colonisation industrielle est celle qui mettrait en valeur es les richesses naturelles autres que les richesses agricoles : ce sont nos pêcheries; ce sont nos fourrures; ce sont les bois de nos forêts, et nos puissants pouvoirs hydrauliques.
Ce que je voudrais pour ceux que ce genre de colonisation tenterait ce serait de s'emparer de ces sites. En 1905, c'était un Anglais, propriétaire d’un grand hôtel à Roberval, qui organisait ces excursions. Chaque été nombre d’Américains millionnaires venaient là et le propriétaire de l’hôtel leur préparait tout. Il leur trouvait des guides sauvages à la Pointe Bleue, les approvisionnements avec tous les ustensiles et les agrès de pêche ou de Chasse et nos Américains partaient pour une, deux, trois et quatre semaines. Au retour, ils passaient quelques jours à Roberval, où ils laissaient toujours beaucoup d'argent.
Cet exemple pourrait inspirer quelques compatriotes. Aujourd’hui que notre province est sillonnée de si belles routes, ce serait le temps d'assurer l'essor de la colonisation sportive. Pas besoin d’aller aux confins de la province; à nos portes, au nord de Montréal, il y a des centaines de sites qu'on pourrait mettre en valeur en été pour la pêche, en automne pour la chasse et en hiver pour le ski, la toboggan et même le patin sur nos lacs. Une telle entreprise assurerait à celui qui la tenterait et qui la dirigerait prudemment une belle fortune en même temps qu’elle ferait l’afras des gens de l’endroit, qui vendraient mieux leurs produits
vers.
Ce serait trop long de poursüivre cette démonstration; je ne fais qu’indiquer,
La colonisation enrichissante
La colonisation sera enrichissante à une condition: c’est que ceux qui veulent s’y adonner ne répètent pas l'erreur commise par nos ancêtres, qui sont allés, en s’isolant, loin de toute communication, éparpiller leurs forces et leur courage, souvent inutilement. Une des grandes causes de l’insuccès de beaucoup d’entreprises de colonisation réside là.
Aujourd’hui que le chemin de fer est à peu près partout, il va de soi qu’il faut rechercher les endroits échelonnés sur son parcours.
Et quand on aura fait son choix, pourquoi la colonisation ne deviendrait-elle pas lucrative? Les Américains et les Anglais qui sont venus s'approprier nos richesses ont trouvé moyen de réaliser des millions ; il doit y avoir de l'argent à faire.
Je ne saurais croire qu’il ne se trouve pas parmi mes jeunes compatriotes des hommes assez entreprenants et assez doués d'’initiative pour tenter une expérience.
L'industrie des bois à elle seule peut donner l'essor à un grand nombre d’autres industries. Pour n’en signaler qu’une. Un de mes amis me racontait récemment qu’une grande fabrique américaine de fil étudiait le projet d'établir dans notre province une manufacture de fuseaux, de rouleaux; pour cela on emploie le
Loi AS 0 ie 1, 2 if "7 |
bouleau, qui est actuellement l'arbre le moins utile, puisqu'il ne
peut servir au chauffage et très peu à la construction. Il y a dans nos forêts de tous les bois, et la sylviculture et la eront à nos jeunes gens leur usage et comment
ils peuvent devenir une source de richesses.
De même en sera-t-il pour la mise en conserve du poisson ou Si Révillon et frères et la C "Hudson arrivent à réaliser des millions a
Pourquoi en serait-il autrement Pour nous ?
Avec le développement du tourisme, la colonisation peut deve-
enrichissante. Il ne s’agit pour cela que de se renseigner et de faire de la publicité.
L'enseignement forestier Je termine en disant un mot de l’enseignement forestier, qui pourra être d’une grande utilité aux futurs colons. Cet enseignement se donne à Québec à une école spéciale fon-
par le gouvernement. On y enseigne tout ce qui peut être utile à ceux qui voudraient développer l’industrie de la fo
au ministère de la Colonisation qui se resser les brochures qu'il publie sur ces là tous les renseignements désirés.
Qu'on en soit convaincu, la colonisation peut devenir une belle et bienfaisante carrière autant pour les individus que pour la race. Ce serait une grande erreur pour notre jeunesse que de la dédaigner.