CHAPITRE TROISIEME
Ce qu'est devenu le commerce.—" Pour devenir commerçant.”—Un stage à la Chambre de Commerce. — Il nous faut une élite cormerciale.—L’Ecole des Hautes Etudes commerciales,
Le commerce canadien-français est-il en progrès ou en décadence? Cette question trouve sa place, ce me semble, en tête de ce
chapitre puisqu'il s’agit d'orienter notre jeune: :e vers la Carrière commerciale,
Pour y répondre, je Consentirais volontiers : nonter d’une trentaine d'années le cours de notre histoire, rc. ce serait pour que le commerv: si n’a pas progressé en raison directe du chiffre ue
S-Jacques, S-Paul, le d’autres cen-
tres de notre province.
À quoi cela tient-il? À beaucoup de causes qu’il serait trop long d’énumérer ici, mais dont l’une a été, d’après moi, l’ignorance de la signification exacte du mot “commerce.”
Pour beaucoup, autrefois — et peut-être encore de nos jours —le comraerce ne voulrit pas dire autre chose que “d’acheter par ras et vendre par écus,” Comme disait une vieille maxime fran-
Le négociant d'autrefois ne se limitait qu’au commerce de détail “où toit le travail se réduit d’une part à acheter aux VOya=
ollars.
Les jeunes gens qui s’engageaient alors dans cette profession n'avaient pas “besoin ni d’une instruction bien étendue, ni d’un bien vaste esprit Pour servir les clients et les clientes derrière les
comptoi:: des grands Magasins, non plus que pour enrégistrer les ventes et 2n encaisser Je prix.”
Le temps vint où notre province fut envahie par de véritables commerçants anglo-saxons, israélites, syriens, et c’est alors qu'on vit les nôtres, incapables de soutenir la
leurs établisse dant à perte, et rédevenant souvent les employés de ceux qui étaient venus les supplanter et contribuant aire leur fortune.
Telle est la pénible constatation qu’on est forcé de faire au- . Jourd’hui, c'est à
savoir, que le commerce canadien-français Join de progresser n'avance pas,
mais l’est-il j'ai les faits pour
Est-ce à dire que notre jeune désertera le commerce canadien-français pour le commerce étranger ? Oh ! bien au contraire.
aous revient de droi positions,
la carrière commerciale
ce que c’est que le commerce et d'autre part d'être encouragée, sollicitée et bien traitée
par ceux qui font le commerce. Car il est pénible de l'a
vouer, les
it à nos compatriotes de prendre les moyens de garder pour eux ceux qui auraient contribué à édifier leur commerce, à le faire prospérer et rayonner partout.
Ce qu'est devenu le commerce
Définissons en peu de mots cette carrière, Cette définition, je vais l'emprunter au dictionnaire d'Economie politique de M. A eymarck. “Ie commerce, écrit-il, est l'ensemble des rapports formés entre les individus ou les nations en vue de la satisfaction des besoins. Le commerce a pour but l'échange, la transmission et la distribution des produits.”
Comme on le voit, c’est une importante fonction qu’on assigne au commerçant et aussi exige-t-on de lui des qualités qu’on ne
demanderait pas à beaucoup des hommes d'Etat qui nous gouvernent là-bas sur la colline ve rt s
commerce est devenu une nde affaire
et celui qui veut l'exercer a besoin d’un cerveau luc de et résolu, : et hardi,
à la fois prudent
a besoin de connaître à fond le marché, c’est-à s'approvisionnera, dans les meilleures conditio: (9
les écoulera avec le
| Les détails de la fabrication, les be- Er de telle ou telle place, les différences de tem
ns les transports, les efforts de la concurrence étrangère, les Questions de douanes et d’octrois, les usages et les lois qui régissent les transactions dans les différen créer de nouveaux débouch
, telles 80 connaissances et les qualités q
commerçant.”
Quand on lit attentivement cette citation comment il se fait que nos compatriotes d’i
trente ans ont dû céder leur place à ceux qu disputer. i
, On s'explique bien lya ne ou A
ls ont d’abord été reb
dusau'aux confins du plus petit ages une valise sur Je dos, ils ont forcé les portes des
Il ne tient qu’à vous, jeunes compatriotes, d'en faire autant et rien ne vous manque pour réussir ; vous Ssédez à un haut degré le talent des affaires et vous a
vez de Plus que vos concurrents la connaissance des deux langues officie
lles de notre pays.
Que vous faut-il de plus ?
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ienne. I] ne
alyse ; toutefois
es indications qui serviront à démon-
es gens ce qu’ils ont besoin de savoir “pour devenir
e nos jours l’enseignerès, a pour objet l'étude des lication au commerce et la que l'employé ou le négo-
ue ne suffit
: le et compas —. a pratique >» et M.
l'étudiant sera ainsi bién instruit dra d
qualités Personnelles, d'occuper dans 1
viable buée.”
a pensée de M. Parès dit : “I] ne ussi Lt où achetér le ués,
etc.)
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leur profession. Pourquoi n’exigerait-on pas des étudiants de l'Ecole des Huutes Etudes qu'ils passent aussi par la Chambre de Commerce, pour se renseigner et s’entraîner aux affaires ? Chaque jour la Char1bre de Commerce reçoit une foule de demandes de renseignements, soit à propos de tarifs, de conditions de transports, d'établissements commerciaux et industriels, que sais-je encore ? Eh bien ! ces demandes de renseignements pourraient être remises à des étudiants de deuxième ou troisième année qui se chargeraient d’y répondre. En outre que cet exercice les rendrait familiers avec la solution de toutes ces questions, il les habituerait à faire de la correspondance pratique. De même devraiton demander à quelques-uns d’entre eux d'assister aux séances de la Chambre de Commerce et de rédiger des rapports de ce qu’ils or vu et entendu. -
Ce stage aurait un double avantage : d’abord de bien familiatiser l'étudiant avec 1es questions commerciales, puis de mettre en relations nos commerçants avec les élèves de l'Ecole. Le résultat sera que nos jeunes gens, leurs études terminées, trouveront plus fa: lement des ouvertures, et que nos hommes d’affaires verront qu’on travaille à l’école et comment on travaille.
J'ai déjà fait cette suggestion il y a cinq ans; elle n’a pas eu le don de plaire; en sera-t-il de même aujourd’hui ? Ce ne serait pourtant pas dans l'intérêt de no$ étudiants qu’on la rejetterait!
Il nous faut une élite commerciale
Pour faire reconquérir au commerce canadien-français la place qu’il n'aurait jamais dû perdre, il va falloir au plus tôt lui donner une élite. C’est l’opinion émise par M. Laureys: “La nécessité, dit-il, de former des compétences en matière commerciale s’impose donc impérieusement et elle a amené partout la création d'écoles supérieures de commerce qui donnent la haute culture inteliectuelle nécessaire à l’homme d’affaires moderne” Et plus loin M. Laureys revient à cette idée quand il écrit : “A l'avenir, il dépendra des professeurs de collège de faire comprendre à leurs élèves bien avant la dernière année, que les Canadiens-français doivent avoir à coeur de se créer une élite commerciale, qui en fait de culture générale et de compétence économique, sera l’égale de ces groupes nombreux d'hommes distingués et érudits qui depuis tant d'années dans la province de Québec, font la gloire du clergé, du barreau et de la médecine.”
"7 L'Ecole des Hautes Etudes Commerciales
Cette école, dont le gouvernement Gouin a doté notre province et qui est appelée à devenir un foyer de rayonnement, est précisément celle qui formera une élite commerciale et je n’arrive pas à comprendre pourquoi nos compatriotes s’obstinent à ne pus vou-
FALL mer
L SU DD, Le |
loir reconnaître, non plus l'utilité, mais la nécessité d’une telle institution.
Quand les voix les plus autorisées rent notre jeunesse d’
ureys dans cet article de la Revue tric, malgré les avis qui leur sont donnés nnalités de la province, ntage de l’enseignement
l'enseignem cial comme inféri
que parmi les pauvres: il lesd’abandon des études. 3° L’orient sique qui dirige systématiquemen —tous les finissants vers le sacerd 4° L'idée fausse, mais cependant tr qu’il ne faut diriger vers le co moins intelligents. Pourtant n connaissances on exige aujour sont bien plus étendues que celle:
vocat et au médecin.
Avec l’Ere nouvelle nos jeunes compatriotes et leurs parents devraient prendre une mentalité nouvelle et se débarasser de ces préjugés réactionnaires.
Que l'Ecole des Hautes Etudes devienne donc un grand centre d'attraction pour notre jeunesse; que les parents et les maîtres la lui fassent connaître. G
Veut-on savoir ce qu’on enseignera à nos fils à l’Ecole des Hautes Etudes ? On n’a qu’à lire ce que M. Laur s nous appr\:nd lui-même. Parmi ces cours citons: les mathén ‘ques financières, les langues modernes, les opérations commerciales (Marchandises, Banque, Assurance, Bourse), la comptabilité, l’organisation des entreprises, la législation civile, commerciale et industrielle, l’histoire du commerce, l’économie politique, la géographie écono-
tique, la statistique, les sciences physiques et chimiques, la technologie et les produits commerçables”. Et cette énumération n’est pas complète puisqu'elle ne mentionne pas la publicité et autres
matières,
Le cours est de 3 ans et le coût de $100, mais des bourses sont accordées au concours.
“L'Ecole admet en première année sans examen, annonce un 4 rospectus, les bacheliers ès Lettres, ès Sciences ou ès Arts et les diplômés de quelques académies et collèges commerciaux.
“L'examen d’entrée est obligatoire pour tous les autres,
“Une année préparatoire est établie à l'Ecole même.
“Les élèves de la Commission des Ecoles Catholiques de Montréal, aui ont obtenu leur certificat de sortie de septième année peuvent suivre gratuitement les cours de l’année préparatoire.
“Cette faveur est accordée aux élèves de toutes les écoles edministrées par la “nouvelle commission scolaire de Montréal.”
“Le diplôme de sortie de huitième année dispense de l'examen général d'admission en première année.
“Des bourses d’études, créées par le Gouvernement de la Province de Québec, et donnant droit à la fréquentation gratuite des cours, sont accordées aux étudiants les plus méritants.
“Une loi spéciale, sanctionnéé le 9 février 1918,, donne, aux étudiants de l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales, qui remplissent les conditions exigées, le droit d’être admis en qualité de membre dans “L'Institut des Comptables et Auditeurs de Québec”, ou dans “L'Association des Comptables de Montréal”, sans subir les examens généralement requis.”
Pourvue comme elle est de toutes les ressources pour réussir dans le commerce notre jeunesse n’a pas le droit de tromper les espérances que l’on fonde sur elle. Il faut qu’elle s'affirme et qu’elle tente le succès dans la carrière commerciale,