CHAPITRE DEUXIEME
La vocation du peuple canadien-français.—Les obstacles à cette vocation: l’anglomanie et la désorientation nationale.—Les deux destinées de tout jeune homme.—Les diverses vocations.
comme type quand tant d’autres ont perdu leur identité ? Pourquoi un noyau canadien-français se forme-t-il au milieu des races étrangères, aussitôt il se développe, en restant isolé, pour ainsi dire, au sein des populations avec lesquelles il peut vivre, mais avec lesqueiles il nc peut s’incorporer, comme Je remarquait l’historien Re tqieXavier Garneau ? Pourquoi ce grou»e de 60,000 habitants, élaissé, appauvri par la guerre, abandonné par ses compatriotes “les plus riches et les plus éclairés,” a-t-il quand même grandi et est-il devenu un peuple aui, selon la saisissante expression de M. Gabriel Hanotaux, fait iache d’huile partout où il pénètre ? Pourquoi donc cette pauvre population laissée à ellemême, en butte à toutes les exactions, ayant subi les plus dures
‘épreuves et torturée par les plus douloureuses persécutions, qui a
vu ses chefs dépossédés de leurs biens, jetés en prison ou envoyés en exil, a-t-elle quand même survécu ?
Quelle autre réponse peut-on faire à ces questions, si ce n’est de dire qu’il est évident que le peuple canadien-français avait une vocation à remp'ir sur cette terre d'Amérique et que rien n’empêchera la réalisation de ses destinées providentielles, s’il veut répondre à cette vocation ?
Comment voudrait-on expliquer autrement ce phénomène, que des penseurs étonnés n’ont pas hésité à qualifié de miracle canadien ? ;
La vocation du peuple Canadien-français
Oui, notre peuple a une vocation à remplir, le fait est indéniable, et cette vocation, les écrivains canadiens, comme les écrivains étrangers, l’ont proclamé, c’est de continuer les grands gestes de Dieu. Pour nous, comme pour notre mère-patrie ja France, est resté vrai le Gesta Dei per Francos. Et c’est à une vocation de choix que notre race a été appelée. Peut-on le nier après ce que la Providence a fait pour elle ; et ne pourrions-nous pas chanter nous aussi le Non fecit taliter omni nationai du psalmiste, puisqu’en outre de l'avoir préservée de l'assimilation, de la fusion
Le
ses évêques qui sont allés jusqu'aux confins du Nouveau L:onde porter la doctrine du Christ.
La vocation dr: peuple canadien-français n’est done autre que celle de sa mère-pacrie la France, et qui est d’évangéliser et de civiliser, de porter aussi loin que possible la doctrine catholique avec la culture latine et le génie français avec toutes leurs richesses, leurs dons et leur splendeur !
Les obstacles à la vocation des Canadiens-français
Mais ce serait une erreur profonde que de penser que la vocation du peuple Re eg ve s’accomplira sans difficultés, sans obstacles ; oh ! bien loin de là, et avec l’Ére nouvelle, ces obstacles grandiront. Contentons-nous d'en signaler deux prir -ipaux, c’est à savoir : immigration britannique et la désorientation nationale.
L’immigration britannigve sera la plus considérable à cette époque de notre histoire. Plu que jamais le Canada français devra, s’il ne veut trahir sa vocation, faire la cohésion et organiser la résistance. L'adaptation fut un des malheureux résultats de la conquête de la Gaule par César et c’est bien ce que remarquait M. Camille Julian dans un récent article à la Revue Hebdomadaire (No 42, 1918). Au contact de l’empire romain, la Gaule perdit de son originalité et de ses facultés propres ; la romanisation lui fit perdre peu à peu “sa marque nationale”.
Le même danger attend notre peuple s’il se laisse trop séduire par l’anglomanie. Il sera lui aussi absorbé et on verra peu à peu disparaître son idiosyncrasie sous l’action des agents qui l’entraîneront dans le grand creuset, où il se transformera tout à fait pour n’être plus qu’une matière d’alliage.
Et ces agents d’anglification sont en premier lieu le mariage mixte et d'abandon de la langue qui amèneront celui de la foi.
La désorientation nationale n’est pas un moindre obstacle à la vocation de otre peuple. On le constate bien depuis quelques années. Les Canadiens-français, malgré les sollicitations officielles, désertent la campagne, ils ont peur de la colonisation, ils s’en viennent deus les viles où l’absorption est plus facile ; ils dédaignent les carrières nouvelles, préférant se cantonner dans quelques-unes, comme les res libérales, ou dans d’autres qui les font parfois des esclaves, quand ils auraient pu devenir des maîtres. Combien de fois n’ai-je pas vu avec peine dans notre ville à l'emploi de compagnies de transport urbain ou autre, de compagnies de messagerie, même du service de la voirie de Montréal des fils de cultivateurs, dont ’s terres sont aujourd’hui abandonnées ?
Qu'on n'oublie pas que la race française est une race de pionniers, de défricheurs, de colonisateurs, d'agriculteurs, avant tout ;
et c’est trahir la vocation de notre race que de la détourner de la terre et de la colonisation.
vité nationale, disait : I] Y & pour tout homme deux j ous avèz deux
CE end pas en q
Et l'historien Françoi au exprimait en d’autres 8 la même pensée q “Dans une jeune colo t est fertile en conséquences pour l'avenir, On se tro t beaucoup sil'onn pionnier qui batti rêts, sur
plus durables tes la renommée de ‘Louis XIV.”
C’est pourquoi la jeunesse doit en faisant le choix d’une carriè. 1e songer non seulement à ce qui lui bénéficiera le plus, mais à ce qui aidera le plus à 'accomplissement des grandes destinées de
ent. :
us
chacun se
uve ainsi en-
u’elle était pour lui
Les diverses vocations jeunesse puisse ê i
emprunte :
bien qu’imp: oductives, sont immédiatement geuses à l’individu et à la Communauté, telles
que : 1. l'état ecclésiastique ; 2. la médecine et la chirurgie : 8. la littérature ; 4. les arts ; 5. l'éducation ; 6. la marine marchande.
“Ho Vocations directement productives, telles que: 1. l’agriculture ; 2. la fabrication des objets nécessaires et utiles.
“Illo Vocations qui ne sont productives que d’une façon médiate ou indirecte, telles que : 1. le commerce ; 2. le trafic ; 8. le are civil et mécanique ; 4. l'architecture et l’art du bâtiment ; 5.
banque ; 6. l'imprimerie.
“IVo Vocations qui sont plus éloignées de la production, telles que : 1. les agences de toutes espèces, par exemple, les agents de change ; 2. le droit ; 8. l'administration : 4. les fonctions de commis de tout ordre.
“Vo Vocations qui ne sont ni directement ni indirectement productives, telles que : 1. la fabrication des objets de luxe ou de superfluité ; 2. l’armée et la marine militaire ; 8, le théâtre.”
Ce tableau répond; ce me semble, à tous les desiderata de la jeunesse ; elle : ‘1 véritsb'ement plus que l'embarras du choix.