‹ Notre langue et ses droits [microforme]Chapitre 19 sur 24 · ET LE RÉGIME SCOLAIRE ONTARIEN · texte numérisé non relu

ET LE RÉGIME SCOLAIRE ONTARIEN

| Me qi de justice et de paix, esquissée par Sa Sainteté Benoît XV dans sa lettre ‘“ Commisso divinitus, ” n’est pas encore réalisée, Après divers incidents où se peint tonte la gravité de la situation, la cause scolaire ontarienne vient d’être évoquée par le Saint-Siège à son tribunal suprême. Les Papes sont les gardiens du droit. Vers Rome, comme vers une cour de haute impartialité, se tournent d’instinct les regards et les cœurs de ceux qui souffrent persécution. Il y a entre la justice humaine et la justice du Siège Apostolique cette différence que la premièe émane de tribunaux dont la passion et l’incompétence entravent très souvent les jugements, et que la seconde repose sur l'assistance particulière de Dieu, sur une tradition d'équité vingt fois séculaire, et sur les plus fortes et les plus sûres garanties de science, de prudence, et de bon vouloir. Voilà pourquoi la lettre écrite par Sa Sainteté Benoît XV sur nos questions de langues doit nous inspirer la plus entière confiance - Cette confiance, bien loin d’en être ébranlée, s’affermit par la lecture attentive et l'étude ap-

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profondie du document pontifical. On y trouve aisément la condamnation du trop fameux règlement scolaire qui a jeté le désarroi dans les écoles bilingues de l'Ontario, et qui demeure une cause de malaise de plus en plus profond dans tout le pays.

Ce règlement, nous en avons la conviction et la preuve, n’est qu’une machine de guerre dirigée contre la langue française.

Pendant longtemps, le français s’enseigna librement dans la province de l'Ontario : il y eut même des écoles exclusivement françaises. On finit, en haut lieu, par prendre ombrage de ce fait. L'étude, la connaissance de l'anglais paraissait désirable et même nécessaire pour toutes les classes de la société ontarienne. Et c’est pourquoi Benoît XV reconnaît, en effet, au gouvernement de Toronto le pouvoir d’exiger que l’anglais soit enseigné dans les écoics. Mais les catholiques franco-ontariens n’en avaient pas moins le droit de protéger et de maintenir l’enseignement du français au sein de toutes leurs écoles anglofrançaises, +t de chercher à l'améliorer. Ce fut pourtant contre l'exercice de ce droit indéniable que le règlement dix-sept fut imaginé et forgé.

On a appelé cet acte de l'autorité ontarienne “une charte de liberté ”. Quelle dérision ! Nous y découvrons, au contraire, trois clauses qui en font un véritable engin de guerre et une mesure d’oppression.

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En premier lieu, on enlève aux commissions scolaires le droit que leur laissait jusque là la loi de désigner elles-mêmes le genre d'écoles approprié aux besoins des enfants de langue française ; et c’est l'Etat par son ministre, non les représentants des pères de famille, qui dira chaque année si les petits Canadiens français de telle ou telle région ont besoin, oui ou non, d'une éducation anglo-française, et par conséquent d'écoles bilingues. Première tyrannie administrative indigne d’un peuple libre. — En second lieu, on impose à ces écoles bilingues que le ministre aura bien voulu reconnaître un régime d’exception, le double inspectorat. L'inspecteur est tout puissant dans l’école ontarienne. Un inspecteur de langue anglaise, sous le souffle des influences qui règnent au département officiel de l'Education, pourra défaire à son gré l’œuvre de l'inspecteur bilingue, et imprimer à l’enseignement qui lui paraîtra trop français une direction contraire destinée à angliciser les enfants franco-ontariens. C’est l’arbitraire érigé en système. — En troisième lieu, dans les écoles reconnues bilingues, l’on fait à la langue française, comme moyen d'instruction ou de communication et comme objet d'étude, une place très restreinte, très secondaire, et qui affectera très gravement son avenir. L'on réduit au minimum l'emploi et l’enseignement du français, en n’autorisant

l'usage de cette langue dans les classes que pour le premier cours, et en limitant à une heure par jour, pour les quatre premiers cours, l'étude qui en est permise (étude dont les quelques matières sont indiquées sans mention du catéchisme pour-

tant si essentiel dans l’école séparée). Le français, l’une des deux langues officielles du pays, est traité comme une langue étrangère et surérogatoire.

Ce caractère d’hostilité contre le parler français devient plus manifeste encore, lorsqu'on l’étudie à la lumière des principes de la secte orangiste si puissante dans les Chambres ontariennes actuelles, et dont le programme se résume en ces trois mots : ‘un drapeau, une école, une langue”. (Croit-on que les orangistes appuieraient, comme ils le font, de tout leur pouvoir, les auteurs politiques du règlement dix-sept, si cette mesure n’était pas faite pour servir leur dessein d’unification en matière d’école et de langue ?

Mais nous avons là-dessus des déclarations explicites. Deux ans avant la promulgation du règlement dont nous parlons, l’un des évêques les plus mêlés à nos questions de langues disait : ‘“ L'intérêt des enfants, garçons et filles, demande que l’enseignement bilingue soit désapprouvé et

prohibé!. ” L'année suivante, l’un des ministres |

1. Entrevue de Mgr l’Evêque de London avec l’hon. Mr Hanna, 22 mai 1910 (le “ Devoir,” 7 oct. 1910).

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