AMYOT JUGÉ PAR MONTAIGNE
Je donne, avec raison, ce me semble, la palme à Jacques Amyot sur tous nos écrivains français, non seulement pour la naïveté et pureté -du langage, en quoi 1l surpasse tous autres, ni pour la constance d’un si long travail, ni! pour la profondeur de son savoir, ayant pu développer $ si heureusement un auteur si épineux et ferré® (car on m'en dira ce qu'on voudra, je n'entends rien au grec, mais je vois un sens si bien joint et entretenu‘? partout en sa traduction, que, ou il a certainement
[1 Chapelets : diminutif de chapeaux. — 2. Souventesfois, souvent. — 3. Cofin : panier d’osier. — 4. Ce pendant, pendant ce temps-là, — 5. Pertuisait, perçait.]
[6. MNaiveté, naturel. — 7. Ni : employé ici à la place de et sous l'influence de la tournure négative non seulement. — 8. Développer, expliquer. — 9. Ferré, difficile, — 10, Si bien joint et entretenu, où tout se tient ct s’enchaine.]
RE de
entendu! l'imagination? vraie de l’auteur, ou ayant, par longue conversation ®, planté‘ vivement dans son âme une générale idée de celle de Plutarque, il ne lui a au moins rien prêté qui le démente ou qui le dédie $) ; mais, surtout, je lui sais bon gré d’avoir su trier et choisir un livre si digneT et si à propos, pour en faire présent à son pays. Nous autres ignorants étions perdus, si ce livre ne nous eût relevés du bourbier : sa merci”, nous osons à cette heure et parler et écrire ; les dames en régentent ® les maîtres d'école ; c’est notre bréviaire.…
(Montaigne, Essais, livre IT, chap. 1v.)