‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 99 sur 532 · DAPHNIS ET CHLOÉ · texte numérisé non relu

DAPHNIS ET CHLOÉ

Or était-il lors environ le commencement du printemps que toutes fleurs sont en vigueur, celles des près, et celles dés montagnes ; aussi ja“ commençaient les abeïlles à bourdonner, les oiseaux à rossignoler, et les agneaux à sauteler 5 ; les petits moutons bondissaient par les montagnes, les mouches à miel murmuraient par les prairies, et les oiseaux faisaient résonner les buissons de leurs chants. Ainsi ces deux jeunes et délicates personnes, voyant que toutes choses faisaient bien leur devoir de s’égayer à la saison nouvelle, se mirent pareïillement à imiter ce qu'ils voyaient et ce qu’ils oyaient ® aussi; car, oyant chanter les oiseaux, ils chantaient ; voyant sauter les agneaux, ils sautaient, et, comme les abeilles, allaient cueillant des fleurs, dont ils

[4. La nation grecque et la nation romaine, dont Plutarque met perpétuellement en parallèle les grands hommes, — 2. Translatés, traduits. — 3. Florir : vieille forme du verbe fleurir.]

[4. Ja, déja. —5. Sauteler, sautiller, — 6, Oyaient,entendaient.]

138 LE XVIe SIÈCLE

jetaient une partie en leurs seins, et de l’autre faisaient de petits chapelets!, qu’ils portaient aux Nymphes, et faisaient toutes choses ensemble, paissant leurs troupeaux l’un auprès de l’autre. Souventesfois? Daphnis allait faire revenir les brebis qui s'étaient un peu trop loin écartées du troupeau, et souventesfois Chloé faisait descendre les chèvres trop hardies, étant montées au plus haut de quelques rochers droits et coupés ; quelquefois l’un tout seul gardait les deux troupeaux ensemble, pendant que l’autre vaquait à quelque jeu.

Leurs jeux étaient jeux de bergers et d'enfants : car elle allait quelque part cueillir des joncs, dont elle faisait un cofin* à mettre des cigales, et ce pendant # ne se souciait aucunement de son troupeau. Lui d'autre côté allait couper des roseaux, et en pertuisait ® les jointures, puis les recolait ensemble avec de la cire molle, et apprenait à en jouer bien souvent jusques à la nuit. Quelquefois ils s’entredonnaient du lait ou du vin, et s’entrecommuniquaient les autres vivres qu'ils avaient apportés de la maison. Bref, on eût plutôt vu les brebis ou les chèvres toutes écartées les unes des autres, que Daphnis éloigné de Chloé.

(Amyot, traduction de Longus :

Les Amours pastorales de Daphnis et de Chloe, hivre I.)

Page 1