‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 102 sur 532 · L'IDÉE · texte numérisé non relu

L'IDÉE

Si notre vie est moins qu’une Journée En l'éternel! si l’an qui fait le tour ?

Chasse nos jours sans espoir de retour, Si périssable est toute chose née,

Que* songes-tu, mon âme emprisonnéet ? Pourquoi te plait l’obscur de notre jour, Si, pour voler en un plus clair séjour, Tu as au dos l’aile bien empennéef?

Là? est le bien que tout esprit désire, Là le repos où tout le monde aspire, Là est l'amour, là le plaisir encore.

Là, à mon âme, au plus haut ciel guidée, Tu y pourras reconnaître l’Idéef De la beauté, qu’en ce monde j'adore.

(J. du Bellay, L’Oliwe, cxur.)

|. 77e L’imitation de la forme antique.

L'influence de l’antiquité sur la forme des œuvres littéraires du xvi® siècle s’est manifestée par une triple modification de l'orthographe, de la langue et de la versification.

[4. En l'éternel, en l'éternité (J. du Bellay, dans sa Défense et illustration de la langue française, a recommandé cet emploi de l'adjectif substantivé). — 2. L'an qui fait le tour, l’année qui accomplit sa révolution. — 3. Que, à quoi. — 4. Emprisonnée : le corps est regardé comme la prison de l’âme. — 5. L'obscur, l'obscurité (voir note 1). — 6. Empennée, garnie de plumes. — 7. Là : dans ce clair séjour. — 8. L'Idée, le type éternel, le modèle idéal.]

142 LE XVIe SIÈCLE

° L'orthographe étymologique.

Au moyen âge l’orthographe avait été laissée à la discrétion des copistes. Avec l'imprimerie elle se régularise un peu, sans avoir encore au xvisiècle aucune fixité. À part quelques règles générales, écrivains et imprimeurs modifient librement l’orthographe d’après des principes souvent contradictoires ; si bien qu’on voit au xvi* siècle l'orthographe varier non seulement d’auteur à auteur, mais, chez le même auteur, de livre à livre et presque de page à page ?.

Deux tendances principales se font jour : l’une qui cherche à rappro-

4. À consulter. — Ambroise Firmin-Didot : Observations sur l'orthographe ou ortografie françoise, suivies d’une histoire de la réforme orthographique depuis le quinzième siècle jusqu'à nos jours (Paris, 1868). — Darmesteter et Hatzfeld : Le seizième siècle en France (Tableau de la langue au XVIe siècle, chap. n : orthographe et prononciation ; Delagrave, 6e éd., 1897). — F. Brunot : Histoire de la langue franç. (t. IL: Le 16e siècle; Colin, 1906). — Ch. Beaulieux : Histoire de la formation de l'orthogr. franç. des origines au milieu du 1625. (2 vol., H. Champion, 1927).

2. Comme nous avons cru bon (voir préface, p. 1x) de moderniser l'orthographe des textes du xvre siècle, il nous paraît utile, pour permettre à nos lecteurs de rétablir par la pensée l’exacte physionomie de ces textes, d'indiquer ici les principaux usages de cette orthographe du xvi siècle (voir p. 144-145 les indications complémentaires) :

A) L's s'emploie pour marquer l’e ouvert ou l'allongement de la voyelle précédente dans les mots où nous mettons aujourd’hui un accent circonflexe. Ex. : estant (étant), esté (été), goust (goût), teste (tête), oster (ôter), tascher (tâcher).

B) L'’s final est remplacé par un z. Ex. : boniez (bontés), repoz (repos), aimez (aimés).

C) L'y est employé au commencement ou à la fin des mots pour rendre l’écriture plus lisible. Ex. : yure (ivre), moy (moi), icy (ici), ny (ni).

D) L’h muette est souvent introduite sans raison étymologique au commencement des mots ou à l'intérieur après un {. Ex. : huil (octo), heur (augurium), huis (ostium), thuer (tuer), autheur (auteur).

E) Les mots terminés par d et t perdent ces lettres devant ls au pluriel. Ex. : enfans, savans, combas, meschans.

F) Les consonnes médiales sont souvent redoublées. Ex. : {rouppe, crouppe, parolle.

G) On met un g après les nasales. Ex. : ung (un), loing (loin).

H) La diphtongue oi, qui se prononçait oué, se trouve dans un grand nombre de mots où depuis elle a été remplacée par ai. Ex.: J'aimois (j'aimais), J'aurois (j'aurais), François (Français), Anglois (Anglais), monnoie (monnaie), roide (raide), foible (faible).

1) On emploie indifféremment en et an (differant et different, avanlure et aventure), ou et o (proufit; voulonté, torment, coronne), eu et u (seur ou sur, meur ou. mur, veu (vu), peu (pu), receu (reçu).

J) On emploie ie au lieu de e (dangier, legier), ign ou ngn au lieu de gn

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