LA BELLE ARONDE
[Voici une chansonnette de Baïfen vers mesurés. Le mètre employé est le trochaïque dimètre catalectique (composé de trois trochées et demi, le troisième étant remplacé par un dactyle).
VU | V | UC | Pour cette chanson, comme pour d’autres du même poète, le musicien Claude le Jeune avait fait un accompagnement musical, qui fut publié en 1603 dans un recueil intitulé Le Printemps. En 1608 parut, de la sœur du musicien. Cécile le Jeune, un recueil plus étendu, contenant un plus grand nombre de chansons, parmi lesquelles plusieurs, qui avaient déjà paru dans le recueil précédent, ont été remaniées et « ornéés » de rimes, on ne sait par quel poète.]
Babillarde, qui toujours viens Le sommeil et songe troubler Qui me fait heureux et content, Babillarde aronde, tais-toi.
Babillarde aronde, veux-tu Que de mes gluaux ? affutés ?
Je te fasse choir de ton nid ?
Babillarde aronde, tais-toi.
Babillarde aronde, veux-tu Que coupant ton aile et ton bec Je te fasse pis que Térée * ?
Babillarde aronde, tais-toi.
Si ne veux° te taire, crois-moi, Je me vengerai de tes cris, Punissant ou toi ou les tiens.
Babillarde aronde, tais-toi f.
(J.-A. de Baïf.)
[4. Aronde, hirondelle. — 2. Gluaux, petites branches enduites de glu, qui servent à prendre les oiseaux. — 3. Affutés, mises à l'affût. — 4. Térée : roi légendaire de Thrace, époux de Progné et beau-frère de Philomèle, qu'il mal- , traita et à qui il fit couper la langue. On sait qu'après avoir, en guise de vengeance, fait manger à Térée les membres de son fils Itys, les deux sœurs furent changées, la première en hirondelle et la seconde en rossignol. — 5. Si (tu) ne veux. — 6. Ces vers, bien que dépourvus de rimes, ne manquent pas d’une certaine cadence. Mais il faut remarquer 1° qu'ils ont tous le même nombre de syllabes (ce sont des octosyllabes sans césure fixe), 2° qu'à défaut de rimes ils ont un refrain, dont le retour, ponctuant en quelque sorte les strophes, contribue à en faire un tout rythmique.]