I. — CONTEURS
Sans parler de Rabelais, dont le roman est émaillé de contes joyeux, il y a eu au xvi siècle plusieurs écrivains conteurs.
Les trois principaux sont Marguerite d'Angoulême ou de Navarre, Bonaventure des Périers et Noël du Fail.
MARGUERITE D'ANGOULÈME ? ou DE Navarre, dont l’Heptaméron (ainsi
4. À consulter. — Conteurs français (Librairie des Bibliophiles, 1874-1883, vo vol.).
2. Biographie. — Marguerite d'Angoulême (1492-1549) était la sœur de François Ier, qui naquit deux ans après elle et mourut deux ans avant, et sur lequel elle eut une très heureuse influence. En 1509 elle épousa Charles IL,
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appelé parce qu’il contient sept journées de dix contes, plus deux contes de la huitième journée) fut écrit après 1545 et publié neuf ans après sa mort, en 1558, dans une édition inexacte.et incomplète (67 nouvelles seulement) sous ce titre : Histoires des amants fortunés. Ge livre est une imitation du Décaméron ! de Boccace (1313-1375) (comme son modèle, il devait renfermer dix journées de dix contes, mais il resta inachevé). Toutefois, à la différence du conteur italien, Marguerite d’Angoulème raconte de véritables histoires ; si bien qu’on a pu identifier les noms des principaux personnages ({lircan, par exemple, est sans doute le roi de Navarre, Henri d’Albret, et Parlamente Marguerite de Navarre ellemême). De plus, l’auteur de l’Heptaméron mêle à ses contes des discussions morales et philosophiques, qui les alourdissent un peu et en rendent parfois la lecture assez pénible.
duc d'Alençon; veuve en 1525, elle se remaria en 1627 avec Henri d'Albret, roi de Navarre, dont elle eut une fille, Jeanne d’Albret, mère de Henri IV. Très instruite, versée dans la connaissance de plusieurs langues, hébreu, grec,
latin, italien, espagnol, anglais, elle s’entoura de savants et de lettrés, et eut à : Nérac une petite cour très brillante. Inclinant vers les idées de la Réforme, elle .
protégea tous ceux que leurs opinions religieuses faisaient persécuter (Marot, Bonaventure des Périers, Dolet, Calvin).
Outre l’Heptiméron, Marguerite d'Angoulême a écrit des pièces de théâtre, un
poème religieux : Le Miroir de l'âme pécheresse (1531), et un grand nombre de poésies, dont les unes ont été publiées à Lyon en 1547 sous ce titre: Les Marqueriles de la Marguerite des Frincesses (rééditées en 1873 par Félix Franck, 4 vol.) et les autres découvertes et publiées à la fin du xixe siècle par Abel Lefranc : Dernières poésies de Marguerite de Navarre (Publication de la Société d'histoire littéraire de la France, Colin, 1896).
On a parfois prétendu que les contes de Marguerite de Navarre n'avaient pas été composés par elle; nous avons cependant le témoignage de Brantôme : «elle composa toutes ses nouvelles, la plupart dans sa litière, en allant par pays. »
Editions. — Les éditions modernes dé l’Heptaméron sont ceiles de Le Roux dé Lincy (1853, 3 vol.), de F. Franck (1870, 3 vol.), de F. Dillaye (avec nolice. d’Anatole France, 1859, $ vol.) et de A. de Montaiglon (1880), fe a 2e à quelques Ho leal one près l'édition de Le Roux de Lincy.
À consulter. — Abel Lefranc : Les idées religieuses de Marguerite de Navarre
(Fischbacher, 1898) ; Marguerite dé Navarre et le Plalonisme de la Renaissance -
(voir p. 139, note 10). — James Darmesteter: La reine de Navarre, Mergherite d'Angoulême (CARRRanE Lévy, 1900).
4. Le Décaméron s'ouvre par le récit de la peste de Flore en 1348. Pour
oublier le fléau, sept dames et sept cavaliers se sont retirés dans une campagne, où ils passent lé temps à se raconter des histoires, et des histoires fort licencieuses.
Le Décaméron fut traduit en français par Laurent de Premierfaict en 1485 et par Antoine Le Maçon en 1545. Cette dernière traduction était dédiée à la reine de Navarre ; elle eut au xvie siècle seize réimpressions.
ne
BonavenTuRE pes Périers , dont les Nouvelles récréations et joyeux devis furent publiés en 1558. Ce recueil contenait 90 contes en prose; 32 autres contes furent ajoutés en 1568.
Noez pu Farz?, qui a surtout écrit des œuvres facétieuses : Discours d’aucuns propos rustiques, facétieux, et de singulière récréation, de maitre Léon Ladulfi (anagramme de Noël du Fail), Lyon, 1547; Baliverneries ou contes nouveaux d’Eutrapel, autrement dit Léon Ladulfi, Paris, 1548 ; Contes et discours d'Eutrapel par le feu seigneur de la Herissaye, gentilhomme breton, Rennes, 1585.
On peut citer encore, parmi les conteurs du xvi* siècle :
Nicozas pe Troyes *, qui écrivit de 1535 à 1537 son Grand Parangon des Nouvelles nouvelles, dont un seul livre sur deux nous est parvenu et encore en maauscrit*.
Jacques Tamureau (1527-1555), poète mort jeune (voir p. 303), auteur des Dialogues non moins profitables que facélieux où les vices de chacun sont repris fort dprement pour nous animer davantage à les fuir et à suivre la DRE ,
4. Biographie. — Bonaventure des Périers, né vers 1500, fut un savant helléniste et latiniste (il traduisit Lysis de Platon et l’Andrienne de Térence). Il fut nommé en 1532 valet de chambre secrétaire de la reine de Navarre, dont la protection plus tard le sauva de la persécution que lui attira l'incrédulité de son pamphlet Cymbalum mundi en français contenant 4 dialoques poétiques, fantastiques, loyeux et facétieux, adressés par Thomas de Clenter (anagramme de Jncrédule) à son ami Pierre Tryocan (anagramme de Croyant), ouvrage publié en 1537 et brülé par arrêt du Parlement le 19 mai 1538, Il mourut en 1544; très probablement il se suicida.
Outre ses traductions, le Cymbalum et ses contes, il avait composé des poésies,
Editions. — (Œuvres complètes, éd. Lacour (Bibliothèque elzévirienne, 1856, 2 vol.). — Cymbalum mundi, éd. Franck (1873).
A consulter, — A. Chenevière : Bonaventure des Périers, sa vie, ses poësies (1886).
2. Biographie. — Noël du Fail, seigneur de la Hérissaye, gentilhomme breton, né vers 1520, mort en 1591. Fut nommé en 1553 juge au présidial (tribunal) de Rennes et en 157r conseiller au Parlement de Bretagne. Outre ses œuvres facétieuses, il avait écrit un ouvrage de droit : Mémoires recueillis et extraits des plus notables et solennels arrêts du parlement de Bretagne (1577-1579).
Editions. — (Euvres facélieuses, éd. J. Assézat (Bibliothèque elzévirienne, 1874, 2 vol.), — Propos rustiques, éd. Arthur de la Borderie (1878), éd. L.-R. Lefèvre (1929). — Les Baliverneries et les Contes d'Eutrapel, éd. Courbet (1894)
À consulter. —E. Philippot: La vie littéraire de Noël du Fail, gentilhomme breton (ÆE. Champion, 1914).
3. On ne connaît pas sa vie ; on suppose qu'il futouvrier sellier à la cour de France.
4. Il a été publié en partie (65 nouvelles sur 180 que contient le manuscrit) par Émile Mabille dans la Bibliothèque elzévirienne (1869).