‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 143 sur 532 · Édité par Ch. Royer (1876, 2 vol · texte numérisé non relu

Édité par Ch. Royer (1876, 2 vol

[4. Suffisante, capable. — 5, Ensuivre, suivre. — 6. vai p. 218, note r. 7. Que — dont. — 8. C’est le futur roi Henri II. — 9. C’est Cathoque de Médicis. — 10. C'est Marguerite de Navarre elle-même ; mais Marguerite de France (1523- 1974), fille de François Ier, qui comme sa tante était cultivée et protégea les lettres, était aussi appelée Madame Marguerite (voir p. 233, note 4)]

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j'ouis les deux dames dessus nommées, avec plusieurs autres de la cour, qui se délibérèrent! d’en faire autant, sinon en une chose différente de Boccace, c’est de n’écrire nulle nouvelle qui ne soit véritable histoire. Et promirent les dites dames, et monseigneur le dauphin avec, d’en faire chacun dix, et d’assembler jusqu'à dix personnes qu'ils pensaient plus dignes de raconter quelque chose, sauf ceux qui avaient étudié et étaient gens de lettres, car monseigneur le dauphin ne voulait que leur art y füt mêlé, et aussi de peur que la beauté de la rhétorique fit? tort en quelque partie à la vérité de l’histoire. Mais les grands affaires® survenus au roi depuis, aussi la paix d’entre lui et le roi d'Angleterre*, l’accouchement de madame. la dauphine,

et plusieurs autres choses dignes d'empêcher f toute la cour, af. fait mettre en oubli du tout cette entreprise, qui par notre long loisir pourra en dix jours être mise. à fin, attendant que notre pont soit parfait®. Et, s’il vous plaît que tous les jours, depuis midi jusqu’à quatre heures, nous allions dedans? ce beau pré, le long de la rivière du Gave, où les arbres sont si feuillés 1 que le soleil ne saurait percer l’ombre ni échauffer la fraicheur, là, assis !? à nos aises, dira chacun quelque histoire qu’il aura vue ou bien oui dire à quelque homme digne de foi. Au bout de dix jours nous aurons parachevé la centaine, et, si Dieu fait que notre labeur soit trouvé digne des œils'* des seigneurs et dames dessus nommés, nous leur en ferons présent, au retour de ce voyage, en lieu‘* d'images ou de patenôtres, étant assurée * qu'ils auront ce présent ici plus agréable. Que si quelqu'un trouve quelque chose plus plaisante que ce que je dis, je m’accorderai à son opinion. » Mais toute la compagnie répondit qu'il

[4. Se délibérèrent, décidèrent. — 2. La négation est souvent omise au xvi' siècle après de peur que. — 3. À ffaires : ce mot était alors masculin (voir p. 199, note 8). — 4. Ilest question ici non pas du rapprochement mais au contraire de la rupture entre François I et Henri VIII (1543). — 5. Qui mit au monde François II en 1944. — 6. Empécher, tenir occupé. — 7. On mettrait aujourd’hui le verbe au pluriel. — 8. Du tout, tout à fait. — 9. Parfait, achevé (voir la note préliminaire). — 40. Dedans : employé comme préposition au xvie et même au xvnre siècle. — 11. Feuillés, feuillus. — 42. Get accord du participe avec un autre mot que le sujet de la proposition principale ne serait pas correct aujourd'hui. — 43, Cet emploi de œils pour yeux était alors fréquent. — 44. En lieu, au lieu. — 45, Assurée : le mot se rapporte à la personne qui parle.]

n’était possible d’avoir mieux avisé, et qu'il leur tardait que Le : lendemain fût venu pour commencer. Æ

(Marguerite de Navarre, Heptaméron.)

COMPARAISON DES ALQUEMISTES1 A LA BONNE FEMME - QUI PORTAIT UNE POTÉE? DE LAIT AU MARCHÉ

Chacun sait que le commun langage des alquemistes, c'est © qu'ils se promettent un monde de richesses, et qu'ils savent des | secrets de nature que tous les hommes ensemble ne savent pas; mais à la fin tout leur cas? s’en va en fumée, tellement que leur ‘alquemie se ponrrait plus proprement dire : Arl qu mine, où Art qui n'est me; et ne les saurait-on mieux comparer qu'à une bonne femme qui portait une potée de lait an marché, faisant son compte ainsi : qu’elle la vendrait deux liardsi ; de ces deux liards elle en f achèterait une douzaine d'œufs, lesquels elle mettrait couver, et en aurait une douzaine de poussins ee poussins dev fo taleot grands, et les ferait che pan aies ; ces chapons vaudraient cinq sols la pièce :: ce serait un écu $ et plus, dont elle achèterait deux cochons, mâle et femelle, qui deviendraient grands et en feraient une douzaine d’autres, qu’elle vendrait vingt sols la pièce, après les avoir nourris slt temps : ce seraient douze francs, dont elle achèterait une jument, qui porterait un beau poulain, lequel croîtrait et deviendrait tant gentil: il sauterait et ferait hin. Et, en disant hin, la bonne femme, de l'aise qu’elle avait en son compte, se prit à faire la ruade que. ferait son poulain, et en la faisant° sa potée de lait va tomber. et se répandit !° toute. Et voilà ses œufs, ses poussins, ses cha- …

[4. Alquemistes, alchimistes (voir p. 194, note 8). — 2, Polée, le contenu d'un pot. — 3. Leur cus, leur affaire. — 4. Art qui n'esl mie, art qui n'existe pas du tout. — 5. Liard, ancienne petite monnaie de cuivre qui valait le quart d’un sou (du vieux français li hard, le hardi, car cette pièce de monnaie portait l'effigie de Philippe le Hardi). — 6. En. ce pronom fait ici pléonasme.. — 7. Chaponner, devenir chapon (poulet engraissé), — 8. Feu, ancienne monnaie d'argent qui valait 3 livres, c'est-à-dire 3 francs. — 9, En la faisant : emploi — qui serait aujourd’hui incorrect — du participe se rapportant à un autre mot que le sujet du verbe principal. — 40. Dans les propositions coordonnées on n passait alors très facilement d’un temps à l’autre.]

on ctiés, à 0. RÉ

PROSATEURS SECONDAIRES Tran

pons, ses cochons, sa jument ‘et son poulain, tous par terre.

Ainsi les alquemistes, après qu'ils ont bien fournayé', char-

bonné, luté?, soufflé, distillé, calciné, congelé?, fixé‘, liquéfié, vitrifié®, putréfié, il ne faut que casser un alambic pour les mettre au compte de la bonne femme.

(Bonaventure des Périers, Les Nouvelles récréations el joyeux devis, nouvelle XIT.)

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