IL. — MORALISTES
Autour de Montaigne il faut placer deux autres moralistes, dont l’un; Pierre Charron, fut son ami et son disciple, et dont l’autre, Guillaume
[4. Empéchés, embarrassés. — 2. Consulter, délibérer. — 3. Que c'est, ce que c'est. — 4. St, chut. — b. Bon bec, bouche close. — 6. Guignant, Heron du coin de l'œil. — 7. Qu'elle ne s'écridt : tour très elliptique (ne put s'empêcher de s’écrier). — 8. A la prochaine, à la première femme. — 9. Le diantre, le diable. — 40. Mais mot: encore une ellipse (ne dites pas un mot). — A1. Voisina, alla, chez les voisines. — 12. Caqueta, babilla, — 43. Jà, déjà. — 44, Avoir la raison, avoir raison. — 45, Sapience, sagesse, et ici avec une nuance péjorative : habileté. — 16. Qui, ce qui. — 47. Couverte, dissimulée, cachée. — 18. Haut à la main, si difficile de caractère qu'elle fût (métaphore tirée du cheval qui raidit le cou pour ne pas subir l’action de la bride). — 49. Rebrassée, retroussée (au sens propre), d’où hardie (au sens figuré). — 20. S'enquérir, à s'enquérir. — 21. De cette anecdote de Noël du Fail, imitée de Plutarque, rapprocher la fable de La Fontaine : Les femmes et le secret (NII, 6).]
22. À consulter. — Alexandre Vinet : Les moralistes du XVIe et du XVIIe siècle (1859). — Desjardins : Les moralistes français au XVI° siècle (Didier, 1869).
du Vair, se rattache plutôt au mouvement stoïcien! du xvi£ siècle, dont on retrouve aussi des traces dans les Essais (voir p. 211).
Prerre CHarron? est l’auteur d'ouvrages théologiques (Les trois Vérités contre tous athées, idolâtres, juifs, mahométans, hérétiques et schismatiques, 1593 ; Discours chrétiens, 1604), et surtout d’un traité philosophique De la Sagesse (1601), qui résume et coordonne la doctrine des Essais, en exagérant encore la tendance sceptique de Montaigne. On peut se demander comment Pierre Charron a pu concilier, lui prêtre et prédicateur, la foi chrétienne qu’il professa toute sa vie et le scepticisme qu 1 affichait ouvertement. Il ne visait du reste pas plus à l’originalité qu’à la cohésion de sa pensée, et n’a pas hésité à emprunter des pages entières à d’autres écrivains, notamment à Montaigne ct du Vair.
GuiLLaumEe pu Var, it fut un humaniste distingué (il a traduit le Manuel d’Epictète, les deux discours Pour la Couronne de Démosthène et
4. Un écrivain belge a beaucoup contribué à la diffusion du stoïcisme au xvie siècle, Juste Lipse, professeur à l’université de Louvain, auteur de plusieurs traités en latin : Je constantia, 1585 (traduction française, 1594); Manuductio ad philosophiam stoïcam (1604) ; Physiologia stoicorum (1604).
2. Pierre Charron (1541-1603) fut d’abord avocat, puis entra dans les ordres et se fit prédicateur. Dans la dernière partie de sa vie il se lia avec Montaigne, dont il subit fortement l'influence.
Edition. — Le Traité de la Sagesse a été édité par Amaury Duval (1828, 3 vol.).
A consulter. — Paul Bonnefon : Pierre Charron, sa vie et ses écrits (dans les comptes rendus de l’Académie des sciences morales, 1896 ; réimprimé dans Montaigne et ses amis (1897, tome IT). — Stapfer : La famille et les amis de Montaigne (1806).
3. Biographie. — Guillaume du Vair (1556-1621), après avoir embrassé d’abord la vie ecclésiastique, délaissa — à l'inverse de Pierre Charron — la théologie pour le barreau, et en 1584 fut nommé conseiller au Parlement de Paris. Il se rangea dans le parti des Politiques. Henri IV lui confia le poste de premier président au Parlement de Provence, à Aix, où il connut Malherbe dont il devint l’ami. En 1616 la reine régente Marie de Médicis l’éleva à la magistrature suprème de garde des sceaux. Dans sa vieillesse il: revint à l'Eglise et mourut évêque de Lisieux.
Editions. — Les œuvres de du Vair ont été réunies de son vivant en 1606. Une édition complète a paru en 1641. — Du Vair: De l'éloquence française, éd. R. Radouant (Société française d'imprimerie et de librairie, 1907). — Du Vair : Actions et Traités oratoires, éd. R. Radouant (Société des Textes français modernes, 1911).
A consulter. — Sapey: Essai sur la vie et les œuvres de du Vair GS Cougny : Guillaume du Vair (1857). — Georges Reynaud : Guillaume du Vair, premier président du parlement de Provence (1873). — René Radouant : Guillaume du Va, l'homme et l'orateur, jusqu'à la fin des troubles de la Ligue, 1556-1596 (Société française d'imprimerie et de librairie, 1907).
BRAUNSCHVIG. — NOTRE LITTÉRATURE, 8
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d’Eschine, le Pro Milone de Cicéron) et un brillant orateur (il a écrit un traité théorique sur l’éloquence : De l’éloquence française et des raisons pourquoi elle est restée si basse, 1595), a comme moraliste composé trois traités principaux : un traité de piété De la sainte philosophie (1588 ?) et deux traités philosophiques De la Constance et Consolations ès calamités publiques (1590) et De la philosophie morale des Stoïques (entre 1592 et 1603). Dans toutes ses œuvres il joint à l'élévation de la pensée l’éloquence
du langage.
LA PRÉPARATION À LA MORT é
Le jour de la mort est le maître jour et juge de tous les aütres jours, auquel se doivent toucher ! et éprouver toutes les actions de notre vie. Lors se fait le grand essai, et se recueille le plus grand fruit de tous nos études?. Pour juger de la vie, 1l faut re-
garder comment s’en est porté le bout, car la fin coùronne
l’œuvre, la bonne mort honore toute la vie, la mauvaise diffame : l’on ne peut bien ] juger de quelqu'un, sans lui faire tort, que l’on ne lui aie vu jouer le dernier acte de sa comédie’, qui est sans doute# le plus difficile.
C'est chose excellente que FÉPDrEUE à mourir, c'est l’étude de sagesse, qui se résout toute 5 à ce but : il n'a pas mal employé sa vie, qui a appris à bien mourir; il Pa perdue qui ne la sait bien achever, Male vivet, quisquis nésviet ben mori; non frustra nascitur, qu bene moritur : nec inutiliter vixit, qui Jeliciter destit 5. Il ne peut bien agir qui ne vise au but et au blanc? : il ne peut bien vivre qui ne regarde à la mort ; bref la science de
(4. Toucher : métaphore tirée de la pierre de touche. — 2. Etudes : ce mot était masculin au xvre siècle, — 3, Comédie : dans le sens général de pièce de théâtre (voir p. 462, noté 1). À rapprocher du mot d’Auguste mourant, d’ après Suétone : « Trouvez-vous que j'ai bien joué la comédie de la vie ? Si vous êtes contents, applaudissez. » Le passage de Charron a été imité par Pascal dans les Pensées : « Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais. » — 4. Sans doute, sans aucun doute (sens affirmatif). — 5. Toute: se rapporte à
sagesse, — 6. Il vivra mal, celui qu ne saura pas bien mourir ; il a bien fait de
naître, celui qui meurt bien ; il n’a pas vécu en vain, celui qui a eu une belle mort. (Ces phrases sont tirées de divers traités de Sénèque). — 7. Au blanc (de la cible) : métaphore tirée du tir. ]
RENE à
mourir, c'est la science de liberté, de ne craindre rien, de bien, doucement et paisiblement vivre; sans elle, n’y a aucun plaisir à vivre, non plus qu’à jouir d’une chose que l’on craint toujours de perdre.
Premièrement et surtout il faut s’efforcer que nos vices meurent devant ! nous; secondement se tenir tout prêt. O la belle chose ! pouvoir achever sa vie avant sa mort, tellement qu'il n’y aie plus rien à faire qu'à mourir, que l’on n'aie plus besoin de rien, ni du temps, ni de soi-même, mais tout. saoul ? et content que l’on s’en aille : tiercement ? que ce soit volontairement ; car bien mourir, c’est volontiers mourir #
(Charron, De la Sagesse, livre IE, chap. xr1.)