II. — LA PLÉIADE
i° Sa formation.
Devenu sourd à l’âge de dix-huit ans, Ronsard s’était remis à l'étude en suivant avec son ami Baïf les leçons du savant humaniste DauratŸ. Ce
4. Edition. — Héroët : OEuvres poétiques, éd. F. Gohin (Société des Textes français modernes, 1909).
À consulter. —J. Arnoux: Un précurseur de Ronsard, Antoine Héroët, néoplatonicien et poète (Digne, 1913).
2. C’est elle la Délie chantée par Maurice Scève. Une éd. moderne des Rimes de gentille et vertueuse dame Pernelie du Guillet a été publ. à Lyon en 1864.
3. Biographie. — Louise Labé (1526-1566) avait pris part à seize ans au siège de Perpignan (1542) sous le nom du capitaine Loys. C'était une femme ‘très instruite, qui connaissait les langues anciennes, l'espagnol etl'italien. Ayant épousé un riche cordier lyonnais Ennemond Perrin (d'où son surnom de la belle Cordière), elle fit de sa maison le rendez-vous de la société polie de Lyon. Elle fut aimée par le poète Olivier de Magny, et, s’il faut en juger par ses vers passionnés, elle ne dut pas rester insensible à cet amour.
Editions. — OÆEuvres publ. par Blanchemain (1875) et Ch. Boy (1887, 2 v.).
À consulter. — Koczorowski : Louise Labé (Champion, 1925).
4. Ils ont notamment contribué à acclimater en France le sonnet, que Pétrarque avait cultivé. |
5. Jean Daurat ou Dorat (en latin Auratus, de son vrai nom Dinemandy), était né à Limoges en 1508. C’est après avoir été précepteur des pages de François Ier ct des enfants de Henri IL qu'il devint directeur du Collège de Coqueret, où il inculqua l'amour des lettres antiques à Ronsard et à ses amis. En 1560 il fut
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dernier ayant été nommé principal du Collège dé Coqueret:, Konsard et Baïf l’y suivirent ; el nous savons par Claude Binet avec ques ardeur ils travaillèrent sous la direction de leur maitre :
« Nous ne pouvons oublier de quel désir et envie ces deux futurs ornements de la France s’adonnaient à l'étude ; car Ronsard qui avait été nourri jeune à la cour, accoutumé à veiller tard, continuait à étude jusqu'à deux ou trois heures après minuit, et se couchant réveillait Baïf qui se levait et prenait la chandelle et ne laissait refroidir la place. »
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(Claude Binet, Discours de la vie de Pierre Ronsard ?, 1586.)
Au Collège de Coqueret Ronsard et Baïf eurent pour camarades Belleau et Jodelle, auxquels vint bientôt se joindre du Bellay, dont Ronsard avait fait par hasard la connaissance dans une hôtellerie de Poitiers, ainsi que nous le raconte Colletet après Claude Binet:
« Comme, environ l’an 1549, J. du Bellay retournait de l’université de Poitiers, il se rencontra dans une même hôtellerie avec Ronsard, qui, revenant du Poitou, s’en retournait à Paris aussi bien que lui. De sorte que comme d’ordinaire les bons esprits ne se peuvent cacher, ils se firent connaître l’un à l’autre, pour être non seulement alliés de parentage, mais éncore pour avoir une même passion pour les muses, ce qui fut cause qu’ils achevèrent le voyage ensemble, et, depuis, Ronsard fit tant qu’il l’obligea de demeurer avec lui et Jean-Antoine de Baïf, au Collège de Coqueret, sous la discipline de Jean Daurat, le père de cn nos plus excellents poètes. »
(Golletet, Vie de Ronsard?.)
Tous ces jeunes gens, auxquels il faut ajouter Pontus de Tyard, conçurent l’audacieux dessein de renouveler la poésie française. Leur groupe
nommé professeur de grec au Collège royal de France. Il reçut de Charles IX I titre de Poeta regius. Il mourut en 1588. |
4. Le 4 juillet 1926 a été apposée par le comité J. du Bellay une plaque commémorative au lieu où futle Collège de Coqueret(13, impasse Chartière, Ve).
2. Reproduit en tète des Poésies choisies de Ronsard, publiées par Becq de Fouquières en 1873. Plus récemment, en 1910, Paul Laumonier en a donné une édition critique.
3. Guillaume Colletet (1598-1659) a composé une histoire des poètes hace du xme au xvne siècle : Wies des poètes français, dont le manuscrit à été détruit … le 21-22 mai 1871 dans l'incendie de la Bibliothèque du Louvre. On n’en pos- à sède plus que des fragments, environ le tiers de l'œuvre totale, dont une édition | doit être publiée par A. Van Bever, chez Champion, en 5 vol. La vie de Ronsard | a été imprimée par Prosper Blanchemain dans les OEuvres inédites de Pierre Ron: |
sard (1855),
s intitula d’abord modestement la Brigade. Puis, comme ils étaient sept (en comptant Daurat), ils prirent plus orgueilleusement le nom de Pléiade, par allusion aux sept étoiles de la constellation ainsi appelée, et à l'exemple de sept poètes grecs qui avaient jadis vécu à Alexandrie au temps de Ptolémée Philadelphe.
En 1549 J. du Bellay, vraisemblablement en collaboration avec Ronsard, publia la Défense et illustration de la langue française, manifeste de la nouvelle école, auquel Charles Fontaine répondit en 1554 par son Quintil Horatian (voir p. 255). L'opposition fut vite vaincue. Et dès lors, pendant une quarantaine d’années, la Pléiade va jouir d’une autorité incontestée en France et en Europe, pour tomber vers la fin du xvi® siècle dans un oubli injuste, d’où elle ne sortira qu’au xix° siècle grâce aux roman- . tiques, qui, non sans quelque apparence de raison, croiront voir dans les poètes de cette école leurs ancêtres lointains (voir vol. IT, p. 16)
2° Son programme.
Pour connaître le programme de la Pléiade, 1l faut consulter, outre la Défense et illustration de la langue française ! (1549), les écrits suivants de Ronsard : Préface des odes (1550); Abrégé de l’art poétique, en prose (1965) ; Première préface de la Franciade (1572); Deuxième préface de la Franciade, posthume (1585); et de J. du Bellay : Préface des vers” lyriques (1549); Préface de l'Olive (1550); Épitre au Seigneur de Morel (en tête de la traduction de Deux livres de l’Énéide), 1552. On peut y joindre le Quintil Horatian (1554), de Charles Fontaine ; L’art poétique départi en deux livres (1555), de Jacques Peletier du Mans?, qui soutient les idées de Ronsard ; et L’art poétique (1574-1605) de Vauquelin de la Fresnaye, qui s'inspire encore des principes de Ronsard tout en exprimant quelques idées nouvelles #.
Voici les principaux points de ce programme :
A) Enrichissement de la langue.
Non seulement il s’agit de défendre la langue française (voir p. 147) contre les pédants qui lui préfèrent le latin et contre les ignorants qui
- 4. Editions. — La Défense et illustralion.…, éd. Person (1878), éd. Chamard (1904), éd. Séché (1905).
A consulter. — Pierre Villey : Les sources italiennes de la Défense et illustration de la langue française (Bibliothèque littéraire de la Renaissance, 1908).