Voir p
3, Voir p. 304.
4. À consulter. — G. Pellissier: De sexli decimi sæculi in Francia artibus poelicis (1882).
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la compromettent par le mauvais usage qu'ils en font, mais encore il convient de l’illustrer, c'est-à-dire de l’enrichir :
Si notre langue n’est si copieuse! et riche que la grecque ou latine, cela ne doit être imputé au défaut? d'icelle?, comme si d’ellemême elle ne pouvait jamais être sinon“ pauvre et stérile ; mais bien on le doit attribuer à l’ignorance de nos majeurs, qui, ayant, comme dit quelqu’unf, parlant des anciens Romains, en plus grande recommandation le bien faire que le bien dire, et mieux aimant laisser à leur postérité les exemples de vertu que les préceptes, se sont privés? de la gloire de leurs bienfaits$, et nous° du fruit de limitation d’iceux!° ; et par même moyen!! nous ont laissé notre langue si pauvre et nue qu’elle a besoin des ornements, et, s’il faut ainsi parler, des plumes d'autrui. »
(Du Bellay, Défense.., I, 3.)
Et comme les poètes de la Pléiade partent de cette idée, d’ailleurs contestable 12, que la richesse d’une langue consiste dans le nombre des mots, ils conseillent d'augmenter notre vocabulaire, maïs bien entendu avec méthode et discrétion :
« Ne crains donc, poète futur, d'innover quelques termes, en un long poème principalement, avecques modestie toutefois, analogie et jugement de l’oreille, et ne te soucie qui le trouve bon ou mauvais : espérant que la postérité l’approuvera, comme celle qui donne foi aux choses douteuses, lumière aux obscures, nouveauté aux antiques, usage aux non accoutumées, et douceur aux âpres-et rudes. »
(Du Bellay, Défense, II, 6.)
« Davantage 13, je te veux bien ‘encourager de prendre la sage hardiesse d'inventer des vocables nouveaux, pourvu qu'ils soient moulés et façonnés sur un patron déjà reçu du peuple. »
(Ronsard, 2° préface de la Franciade.)
[4. Copieuse, abondante, — 2. Défaut, manque, pauvreté. — 3. Icelle, celle. ci. — 4. Aujourd'hui on construirait la phrase avec que. — 5. Majeurs, ancêtres. — 6. Salluste, Catilina, VII. — 7. En rien faisant pas le récit. — 8. Bienfaits, belles actions, — 9. Et nous (ont privés). — 10. Iceux, ceux-ci. — 44. Par suite de leur façon de faire.]
42. On observe que les langues en voie de formation ont en plus de mots que les langues déjà perfectionnées : dans les premières les nuances d'une seule et même idée sont représentées chacune par un mot diflérent ; le progrès des secondes consiste, au contraire, dans la limitation du nombre des mots, dans la variété croissante des nuances d’un mêmé terme et dans la mul tiplicité des combinaisons des mots entre eux.
[43. Davantage, en outre.]
Pour enrichir la langue française, du Bellay et Ronsard recommandent quatre grands procédés :
a) Emprunt de termes aux langues anciennes (voir p- 146-148). Procédé dont les grands poètes de la Pléiade n’ont point abusé, contrairement aux affirmations injustes de Charles Fontaine dans son Quintil Horatian et de Boileau dans son Art poétique (I, 126).
b) Emprunt de termes appartenant aux vieux dialectes provinciaux :
« Quant au reste, use de mots purement français, non toutefois trop communs, non point aussi trop inusités, si! tu ne voulais quelquefois usurper, et quasi ? comme enchasser ainsi qu’une pierre précieuse ct rare quelques mots antiques en ton poème... Pour ce faire te faudrait voir tous ces vieux romans et poètes français, où tu trouveras un ajourner pour faire jour (que les praticiens se sont fait propre), anuyter pour faire nuit, asséner pour frapper, isnel pour léger, et mille autres bons mots que nous avons perdus par notre négligence... Ne doute point que le modéré usage de tels vocables ne donne grande majesté tant au vers comme à la prose : ainsi que font les reliques des saints aux croix, et autres joyaux dédiés aux temples. >
(Du Bellay, Défense..…., IT, 6.)
« Tu sauras dextrement choisir et approprier à ton œuvre les mots plus significatifs des dialectes de notre France, quand mêmement ? tu n’en auras point de si bons ni de si propres en ta nation; et ne te faut soucier si les vocables sont Gascons, Poitevins, Normands, Manceaux, Lyonnais, ou d’autres pays, pourvu qu'ils soient bons et que proprement ils signifient ce que tu veux dire. »
(Ronsard, Abrégé de l’art poétique.)
c) Emprunt de termes aux langages techniques des métiers :
« Encore te veux-je avertir de hanter quelquefois non seulemeni les savants, mais aussi toutes sortes d'ouvriers et gens mécaniques, comme mariniers, fondeurs, peintres, engraveurs # et autres, savoir leurs inventions, les noms des matières, des outils, et les termes usités en leurs arts et métiers, pour tirer de là ces belles comparaisons et vives descriptions de toutes choses. »
(Du Bellay, Défense.…., IT, 11.)
« Tu pratiqueras bien souvent les artisans de tous métiers, comme de Marine, Vénerie, Fauconnerie, et principalement les artisans, Orfèvres,
[4. Si tu ne voulais, à moins que tu ne veuilles. — 2. Quasi, pour ainsi dire. — 3. Mëémement, surtout. — 4. Engraveurs, graveurs.]
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Fondeurs, Maréchäux, Minerailliers! ; et de là tireras maintes belles et vives comparaisons avecques les noms propres des métiers, pour enrichir ton œuvre ? et le rendre plus agréable et parfait. »
(Ronsard, Abrégé de l'art poétique.)
d) Création de mots nouveaux formés avec les mots déjà existants par des procédés de dérivation et de composition : tels les diminutifs d’adjectifs ou de substantifs (ruisselet, dmelette, argentelet, doucelette...); les mots composés, soit avec deux adjectifs (doux-amer, aigre-doux...) ou deux substantifs (chèvre-pied..….), soit avec un verbe et un substantif complément direct (mouton porte-laine, moulin brise-grain, été donne-blé...), soit avec un adjectif ou un participe accompagné d’un adverbe (mal-rassis..…) ; et les mots obtenus par provignement (procédé qui consiste, par analogie avec ce qui se passe dans l’évolution naturelle des langues, à former des vocables nouveaux à l’aide de suflixes, en utilisant ou des termes encore en usage ou de vieux mots tombés en désuétude) : :
« De tous vocables, quels qu’ils soient, en usage ou hors d'usage, sl À reste encore quelque partie d’eux, tu le pourras par bonne et certaine analogie faire croître et multiplier... Puisque le nom de verve nous reste, tu pourras faire sur le nom le verbe verver, et l’adverbe vervement ; sur le nom d’essoine, essoiner, essoinement, et mille autres tels... Et sur les vocables reçus en usage, comme pays, eau, feu, tu feras payser, ever, fouer, evement, fouement; et mille autres tels vocables qui ne voient encore la lumière, faute d’un hardi et bienheureux entrepreneur. »
(Ronsard, Abrégé de l’art poétique.)
« Si les vieux mots abolis par l’usage ont laissé quelque rejeton, comme les branches des arbres coupés se rajeunissent de nouveaux drageons *, tu le pourras provigner’, amender et cultiver, afin qu'il se repeuple de nouveau : exemple, de lobbe, qui est un vieil mot français qui signifie moquerie et raillerie, tu pourras faire sur le nom le verbe lobber, qui signifiera moquer et gaudirf, et mille autres de telle façon. »
(Ronsard, 2° préface de la Franciade.)
B) Fnnovations métriques.
Ronsard et Du Bellay ont voulu introduire dans la versification française plus de régularité qu’il n’y en avait avant le xvr® siècle, sans toute-
[4. Minerailliers, ouvriers en métaux. — 2. OEuvre était masculin. — 3. Essoine, embarras (ce mot se trouve dans Villon, voir p. 79). — 4. Drageons, rejetons qui naissent de la racine des arbres. — 5. Provigner, planter des branches d'arbres pour qu'elles prennent racine. — 6. Gaudir, railler.] '
fois imposer aux poètes une discipline aussi rigoureuse que celle à laquelle les contraindra Malherbe, Aussi les règles qu’ils formulent sontelles loin d’avoir toujours un ton impératif.
a) Gésure.
« Sur toute chose je te veux bien avertir, s’il est possible, que les quatre premières syllabes du vers un ou les six premières des alexandrins soient façonnées d’un sens aucunement? parfait, sans l’emprunter du mot suivant. »
(Ronsard, Abrégé de l'art poétique.)
b) Enjambement.
« J'ai été d'opinion en ma jeunesse que les vers qui enjambent l’un sur l’autre n'étaient pas bons en notre poésie, toutefois j'ai connu depuis le contraire par la lecture des auteurs grecs et romains comme
Lavinia venit Littora.
Ronsard, 2° préface de la Franciade.
c) L’e muet.
« Tu dois ôter la dernière e féminine, tant des vocables singuliers que pluriels, qui se finissent en ée et en ées, quand de fortune ils se rencontrent au milieu de ton vers. Exemple : Roland avait deux épées en main. Ne sens-tu pas que ces deux épées en main offensent la délicatesse de l'oreille ? Et pour ce? tu dois mettre : Roland avait deux épés en la main, ou autre chose semblable. »
(Ronsard, Abrégé de l'art poétique.)
d) Alternance des vers masculins et féminins.
« Il ÿ en a qui fort superstiticusement entremélent les vers masculins avecques les féminins, comme on peut voir aux psaumes traduits par Marot... Je trouve cette diligence * fort bonne pourvu que tu n’en fasses point de religion, jusques à contraindre ta diction #, pour observer telles choses. » :
(Du Bellay, Défense.., IL, 9.)
e) La rime.
« Quant à la rime, je suis bien d'opinion qu’elle soit riche, pource qu'elle nous est ce qu'est la quantité aux Grecs et Latins. Et bien que
[1. Le vers de dix pieds. — 2. Aucunement : voir p. 207, note 21. — 3, Pour ce, pour. — 4, Diligence, soin. — 5. Diction, style.]
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n'ayons cet usage de pieds comme eux, si! est-ce que nous avons un cer- |. tain nombre de syllabes en chacun genre de poème, par lesquelles
comme par chaïnons le vers français lié et enchaîné est contraint de se rendre en cette étroite prison de rime, fàcheux et rude geôlier et inconnu des autres vulgaires ?. Quand je dis que la rime doit être riche, je n’entends qu’elle soit contrainte... Mais la rime de notre poète sera volontaire, non forcée ; reçue, non ele. propre, non aliène ; naturelle, non “honre brof, elle sera telle que le vers tombant en icelle# ne contentera moins 5 l'oreille qu’une bien harmonieuse musique tombante en un bon et parfait accord. »
(Du Bellay, Défense..., II, 7.)
« La rime n’est autre chose qu’une consonance et cadence de syllabes, tombantes sur la fin des vers, laquelle je veux que tu observes tant aux masculins qu'aux féminiris, de deux entières et parfaites syllabes, ou
pour le moins d’une aux masculins, pourvu qu’elle soit résonnante, et
d’un son entier et parfait... Toutefois tu seras plus soigneux de la belle invention et des mots que de la rime, laquelle vient assez aisément a’elle-même, après quelque peu d’exercice et labeur. »
(Ronsard, Abrégé de l’art poétique.)
C) Les genres poétiques.
Les poètes de la Pléiade ont cherché à mettre plus de variété dans la poésie française non seulement par l'emploi de rythmes nouveaux et la restauration du vers alexandrin, mais encore par la substitution aux petits genres usités au moyen âge des grands genres imités de l’antiquité, ainsi que du sonnet italien :
« Lis donc, et relis premièrement, à poète futur, feuillette de main nocturne et journelle 6 les exemplaires? grecs et latins, puis me laisse toutes ces vieilles poésies françaises aux Jeux Floraux$ de Toulouse et au Puy®° de Rouen : comme Rondeaux, Ballades, Virelais, Chants Royaux, Chansons et autres telles épiceries !, qui corrompent le goût de notre
[4. Si est-ce que, toujours est-il que. — 2. Vulgaires, langues communément parlées., — 3. Aliène, étrangère. — 4. Icelle, celle-ci. — 5. Ne contentera (pas) moins. — 6. Réminiscence d'Horace, Art poétique, 268 : « ...vos exemplaria graeca — Nocturna versate manu, versale diurna ».— 7. Exemplaires, ouvrages qui peuvent servir de modèles. — 8. Jeux Floraux de Toulouse : académie littéraire fondée au xve siè= cle par Clémence Isaure et qui subsiste toujours. — 9. Puy de Rouen: société littéraire comme il en existait au moyen âge dans beaucoup de villes, surtout
dans le Nord (voir p. 62). — 40. Épiceries : du Bellay désigne aïnsi les petits
genres simplement agréables au goût, comme le sont les INRROPRE qu'on utilise dans la composition des plats.] |
À à » k at Élu +. Dune.