‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 171 sur 532 · PPT CUT TR NT 10 SOS ANT PPS SR A ENEN PIRE · texte numérisé non relu

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à LA POÉSIE 273

Langue et ne servent sinon à porter témoignage de notre ignorance. Jette-toi à ces plaisants Épigrammes à l’imitation d’un Martial... Distille avecques un style coulant et non scabreux! ces pitoyables ? Elégies, à l'exemple d’un Ovide, d’un Tibulle et d’un Properce... Chante-moti ces Odes, inconnues encore de la muse française, d’un luc bien accordé au son de la Lyre grecque et romaine, et qu’il n’y ait vers où n’apparaisse quelque vestige de rare et antique érudition.… Sonne moi ces beaux Sonnets, non moins docte que plaisante invention italienne... Chante-moi d’une musette bien résonnante et d’une flûte bien jointe# ces plaisantes® Eglogues rustiques à l’exemple de Théocrite et de Virgile. Quant aux Comédies et Tragédies, si les rois et les républiques les voulaient restituer en leur ancienne dignité, qu’ont usurpée les Farces et Moralitésf, je serais bien d'opinion que tu t’y employasses, et si tu le veux faire pour l’orrniement de ta langue, tu sais où tu en dois trouver les archétypes 7. »

(Du Bellay, Défense.…., II, 4.)

D) Nécessité du travail.

L’instrument une fois perfectionné, il s’agit de le bien manier. Et c’est pourquoi devront seulement s’en servir ceux qui sont « sacrés dès leur naissance et dédiés à ce ministère » et qui, de plus, sauront joindre au génie le travail :

« Qu’on ne m'allègue point aussi que les poètes naissent$ : car cela s’entend de cette ardeur et allégresse d’esprit, qui naturellement excite les poètes, et sans laquelle toute doctrine® leur serait manque!? et inutile. Certainement ce serait chose trop facile, et pourtant contemptible tt, se faire éternel par renommée, si la félicité de nature!? donnée même aux plus indoctes était suffisante pour faire chose digne de l’immortalité. Qui veut voler par les mains et bouches des hommes!# doit longuement demeurer en sa chambre ; et qui désire vivre en la mémoire de la postérité, doit, comme mort en soi-même, suer et trembler maintefois, et, autant que nos poètes courtisans boivent, mangent et dorment à leur aise,

[4. Scabreux, raboteux. — 2. Pitoyables, touchantes. — 3. Luc, luth.— 4, Bien jointe, dont les parties sont bien ajustées. — 5. Plaisantes, qui plaisent, agréables. — 6. Sur ces genres de pièces comiques du moyen äge, encore en vogue au xvie siècle, voir p. 98-101 et 322. — 7. Archétypes, modèles. — 8. Allusion au proverbe : « Nascuntur poelae, fiunt oratores ». — 9, Doctrine, savoir (doctrina). — 10. Manque : adjectif qui signifie impuissant, défectueux (du latin mancus). — 41. Contemptible, méprisable. — 142. La félicité de nature, les dons naturels. — 13. Réminiscence d'un vers d'Ennius : « Volilo vivu' per ora virum ».]

274 LE XVIe SIECLE

endurer{ de? faim, de soif et de longues vigiles, Ge sont les ailes dont 4

, ‘a Q H les écrits des hommes volent au ciel, » +)

(Du Bellay, Défense... II, 3.)

E) L'imitation des anciens.

Enfin on n’imitera pas uniquement des anciens la forme artistique, mais encore le fond : on reprendra les sujets qu'ils ont traités, on introduira dans la poésie moderne la mythologie païenne. Et c’est ainsi que la Défense et illustration de la langue française se termine par une invitation pressante à piller sans scrupule les trésors de la littérature grreaue et latine :

« Là donques Français, marchez courageusement vers cette superbe cité romaine : et des serves* dépouilles d’elle (comme vous avez fait plus d’une fois) ornez vos temples et autels. Ne craignez plus ces oies criardes 5, ce fier Manlie, et ce traître Camille, qui sous ombre de bonne foi vous surprenne tous nus, comptant la rançon du Capitole. Donnez

en cette Grèce menteresse 7 et ÿ seme encore un coup la fameuse nation

des Gallogrecs$. Pillez-moi sans conscience les sacrés trésors de ce temple delphique, ainsi que vous avez fait autrefois; et ne craignez plus ce muet Apollon, ses faux oracles ni ses flèches rebouchées?, Vous souvienne de votre ancienne Marseille, secondes Athènes et de votre Hercule gallique, tirant les peuples après lui par leurs orcilles, avecques une chaîne attachée à sa langue. »

(Du Bellay, Défense... , conclusion).

Tel fut dans ses grandes lignes le programme de la Pléiade. Si de Marot à Ronsard il n’y a pas eu rupture brusque, il n’y a pas eu non plus solution de continuité entre Ronsard et Malherbe. Il est vrai qu’en travaillant à épurer la langue Malherbe a tourné le dos à la Pléiade, qui s'était efforcée de l’enrichir. Mais, sur tous les autres points, la Pléiade a ouvert la voie à la réforme de Malherbe. Aussi le classicisme s'est-il montré injuste et ingrat en reniant la Pléiade, dont il a recueilli P’héritage.

[4 Endurer, souffrir (verbe neutre). — 2. De, par. — 3. Wigiles, veilles. — 4. Serves, devenues esclaves, conquises. — 5. Allusion à l'invasion de Rome par les Gaulois (390 av. J.-C.). — 6. Donnez en, attaquez. — 7. Menteresse, menteuse, — 8. Allusion à l'invasion de la Grèce par les Gaulois (278 av. J.-C.). — 9. Rebouchées, émoussées.]

À ‘3° Ses œuvres.

Comment les poètes de la Pléiade ont-ils rempli leur vaste programme ?

En faisant entrer dans la langue des mots de provenances s1 diverses, ils y ont naturellement introduit un peu de confusion et par là ont rendu nécessaire le travail d'épuration de Malherbe. S'ils ont préconisé les grands genres, il se trouve qu’en fait ils ont plutôt réussi dans les petits. Plus confiants dans l’inspiration que dans le laborieux effort, ils n’ont pas su réaliser la perfection artistique que réaliseront les classiques. Enfin, imitateurs trop serviles de l’antiquité, ils ont surchargé leurs vers d’allusions érudites, qui nuisent bien souvent à la clarté de la pensée et à la sincérité de l’émotion.

Malgré ces défauts, leurs œuvres n’en sont pas moins très savoureuses par leur richesse verbale, leur indépendance d’allure et l’exubérance même de leur verve.

TI. Ronsard”.

Les œuvres de Ronsard sont très nombreuses (la dernière édition publiée par lui est de 1584). En voici la liste à peu près complète :

4. Biographie. — Pierre de Ronsard est né en 1524 dans le Vendômois. À neuf ans il fut mis au Collège de Navarre, d'où il sortit pour être page. Une surdité accidentelle interrompit brusquement sa brillante carrière militaire et diplomatique. Nous avons vu plus haut (p. 265-266) comment il se remit alors à l'étude pendant sept ans sous la direction de son maître Daurat et devint ensuite le chef de la Pléiade. Il mourut en 1585, après avoir connu durant sa vie une gloire sans pareille. Il reçut les hommages des souverains : Marie Stuart lui envoya de sa prison en 1583 un buffet de deux mille écus et un vase d'argent avec cette inscription : « À Ronsard, l’Apollon de la source des Muses » ; Elisabeth d'Angleterre lui ft don d'un diamant de grande valeur ; Charles IX lui témoigna les marques de son estime. Ses œuvres furent traduites dans toutes les langues, De Thou estimait que sa naissance avait compensé le désastre de Pavie, Et sa mort fut regardée comme une calamité publique : le cardinal Du Perron prononça son oraison funèbre, qui fut une véritable apothéose. Mais à partir du jour où Malherbe. biffa impitoyablement un exemplaire de ses œuvres (voir p. 333), Ronsard tomba dans un oubli dédaigneux qui dura deux siècles. Un sonnet fameux de Sainte-Beuve le réhabilitera à l'époque romantique (1828).

Editions. — OÆuvres choisies de Ronsard, par Sainte-Beuve (1828) ; par L. Becq de Fouquières (Charpentier, 1873). — OEuvres complètes de Ronsard, éd. Prosper Blanchemain (1857-1867, Bibliothèque elzévirienne, 8 vol.); éd, Marty- Laveaux (1887-1893, Collection de la Pléiade française, Lemerre, 6 vol.); éd. Paul Laumonier (1914-1919, Lemerre, 8 vol,); en cours de publication: éd, critique

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Les Odes (5 livres, parus de 1550 à 1553), parmi lesquelles les unes sont imitées de Pindare, comme l’Ode à Michel de l'Hospital, les autres inspirées d’Anacréon (A Cassandre : Mignonne, allons voir si la rose..., A la Fontaine Bellerie, À la Forêt de Gastine, L'amour mouillé..….).

Les Amours, qui, inspirées de Pétrarque, contiennent surtout des son-

nets, et comprennent trois livres : le 1°, adressé à Cassandre { (1552); .

le 2e, à Marie? (1re éd., 1555 ; 3° éd., 1557) ; le 3°, à Hélène ° (1574).

La Franciade,, poème épique inachevé, dont les quatre premiers livres (il devait en avoir vingt-quatre) parurent en 1572. Le sujet en est emprunté à l'ouvrage de Jean Le Maire de Belges, Illustrations des Gaules et singularités de Troie (voir p. 229): le héros est Francus ou Francion, fils d'Hector, qui, après la ruine de Troie, va chercher en Occident une nouvelle patrie et, conduit par les Dieux, aborde sur les

de P. Laumonier, texte de 1584 (Soc. des Textes franc. mod., 4 vol. parus, 1914-25) ; éd. du 4e centenaire, par H. Vaganay, texte de 1578 (Garnier, 7 vol., 1923-24). — Les amours de P. de Ronsard Vendômois, par H. Vaganay (Champion, 1910). — Œuvres mêlées de P. de Ronsard, par H: Vaganay (Lyon, Lardanchet, 1914). — Les Amours, éd. Van Bever (Crès, 1918, 2 vol.). — Poésies choisies de Ronsard, par P. de Nolhac (Garnier, 1924). — Ronsard et sa province. Anthologie régionale, par P. Laumonier (Les Press. univ., 1924). — Anthologie de Ronsard et de son école, par A. Dorchain (Delagrave, 1929).

A consulter. — Claude Binet : Discours de la vie de Pierre Ronsard (voir

p. 266). — G. Colletet : Vie de Ronsard (voir p. 266). — Gandar : Ronsard considéré comme imitateur d'Homère et. de Pindare (1854). — G. Chalandon : Essai sur la vie et les œuvres de P. Ronsard (1875). — G. Bizos : Ronsard (Coll. des classiques populaires, 1891). — Mellerio : Lexique de Ronsard (Biblioth. elzévirienne, 1895). — Marty-Laveaux : La Pléiade Française (Appendice : La lanque de la

Pléiade, 1896-1898, 2 vol.). — André Hallays : En flénant. Au pays de Ronsard |

(dans le vol. En flénant, 1903). — Paul Laumonier : Ronsard poëèle lyrique (Hachette, 1909, nlle éd., 1924) ; Tabl. chronol. des œuv. de R. (2e éd., 1911). — Henri Longnon : Essai sur P. de Ronsard (1904) ; P. de Ronsard. Essai de biographie. Les ancêtres, la jeunesse (H. Champion, 1912). — Jusserand : Ronsard

(Coll. des grands écrivains français, Hachette, 1913). — Pierre Villey : Ronsard

(Plon, 1914). — P.de Nolhac : Ronsard et l'humanisme (É. Champion, 1921).

4. Cassandre : jeune fille que Ronsard âgé de vingt ans avait rencontrée dans un voyage à Blois. C'était la fille d'un seigneur florentin établi en France, Bernard Salviati; elle épousa un hobereau du Vendômois, Jean de Peigné (voir

les articles de Henri Longnon : La Cassandre de P. de Ronsard, Revue des :

questions historiques, janvier 1902; de P. Laumonier: La Cassandre de Ronsard, Revue de la Renaissance, oct.-nov. 1902 ; et de Georges Grappe: Les amours de Pierre de Ronsard, gentilhomme vendômois, L’Opinion, 3 et 10 mai 1910).

2. Marie: « fleur angevine de quinze ans », que Ronsard rencontra à Bourgueil en avril 1554 ou 55. Elle s’appelait Marie Dupin ou Pin (Il a dit : J'aime un pin de Bourgueil). Nous ignorons la date de sa mort (entre 1560 et 1578).

3. Hélène : Hélène de Surgères, fille d'honneur de Catherine de Médicis, que Ronsard connut en 1570 (voir l’ouvrage de P. de Noïhac : Le dernier amour de Ronsard, Dorbon aîné, 1920).

Xe

LA POÉSIE FaT2e

côtes de Gaule, où il fonde la monarchie française. Dans cette œuvre manquée Ronsard eut le tort d'employer des procédés artificiels de composition, d’abuser de la mythologie, de mêler fâcheusement le merveilleux païen et le merveilleux chrétien, et d'écrire dans un mètre étriqué et monotone, le décasyllabe.

Les Eglogues, au nombre de sept, publiées quatre en 1560, deux en 1964 et une en 1567. Les églogues de Ronsard peuvent être comparées, pour ce qui est de la description de la vie des champs dans la littérature du xvi* siècle, avec les Propos rustiques et facétieux de Noël du Fail (1548), Les Foresteries de Vauquelin de la Fresnaye (1555) et Les Bergeries de Remy Belleau (1565-1572).

Le Bocage royal, recueil composé de deux livres comprenant 24 pièces, qu'il composa de 1560 à 1584, et qui appartiennent soit au genre élégiaque, soit au genre pastoral, soit au genre satirique. Le titre Bocage est imité des Silves de Stace ; et ce bocage est appelé royal, parce que plusieurs de ces pièces sont adressées à des personnes de sang royal.

Les Élégies, au nombre de 45, dont la plus célèbre est l’élégie Contre les bâcherons de la forêt de Gastine.

Les Hymnes, au nombre de 29, en 2 livres (I. 1555, IL. 1556), poèmes qui ont un caractère tantôt élégiaque tantôt épique et parfois même ressemblent à de simples épitres morales. Généralement écrits en vers alexandrins, ils n'étaient pas destinés à être chantés. (Signalons, entre autres, L'hymne de l'or et L’ hymne de la mort, dédié à Louis des Masures )

Les Discours (on appelle ainsi ses poèmes politiques dont deux seulement sont intitulés discours), publiés de 1560 à 1569, où Ronsard, s'inspirant des événements contemporains, se montre grand poète satirique et national (voir p. 160 la liste des principaux d’entre eux).

Les Cortes et Épigrammes, publiés en 1553, où se trouve la fameuse pièce Les Bacchanales ou Le folatrissime voyage d'Arcueil, qui nous révèle en Ronsard un poète fantaisiste, annonçant les poètes irréguliers de la première moitié du xvri° siècle, comme Saint-Amant.

Les Mascarades, Combats et Cartels (1565), où nous voyons Ronsard, devenu poète de cour, composer sur commande.et sans conviction de petites pièces de circonstances.

Les Epitaphes, dont quelques-unes sont très étendues (nous avons cité p. 180 un fragment de l’épitaphe de Rabelais).

Les Poèmes, en deux livres. Ronsard appelle ainsi toutes celles de ses pièces qui ne rentrent dans aucun genre bien déterminé.

Abrégé de l’art poétique français, écrit en prose, d’une vingtaine de pages (1565).

Poésies diverses, dont un certain nombre sont restées inédites jusqu’au xix° siècle.

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