‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 214 sur 532 · CONSOLATION À M. DU PÉRIER · texte numérisé non relu

CONSOLATION À M. DU PÉRIER

[Ges stances, adressées à M. François du Périer, gentilhomme provençal, avocat au Parlement d'Aix, à l’occasion de la mort de sa fille Marguerite, ônt été composées par Malherbe probablement en 1601, alors qu'il habitait encore la Provence.]

Ta douleur, du Périer, sera donc! éternelle, Et les tristes? discours

Que te met en l'esprit l'amitié * paternelle L’ AUSTANIERRES toujours D

Le malheur de ta fille au tombeau descendue * Par un commun trépas,

Est-ce quelque dédale? où ta raison perdue Ne se retrouve pas ?

[4. Ce donc semblé contenir déjà un reproche. — 2. Tristes : le mot avait alors plus de force qu'aujourd'hui, — 3, Discours a simplement le sens de propos. =— 4. Amilié : souvent employé au xvne siècle pour exprimer un sentiment d'affection.

Et moi, reine sans cœur, fille sans amitié (Racine, Athalie, II, +.

Vos serments m'ont tantôt juré tant d'amitié,

: (Racine, Andromaque, III, 6) 5. Ce vers signifie : le malheur qu'est pour toi la descente de ta fille au tombeau. — 6. Par un commun trépas — par un trépas qui est commun à tous les - hommes. — 7. Dédale ayant construit le labyrinthe de Crète, où fut enfermé le Minotaure, on emploie ce mot au figuré pour désigner un endroïitoù l’on se perd et d’où on ne peut sortir.]

Je sais de quels appas ! son enfance était pleine, Et n'ai pas entrepris, Injurieux ami?, de soulager ta peine Avecque * son mépris ‘.

Mais elle était du monde, où les plus belles choses Ont le pire destin ;

Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d’un matin...

Ne te lasse donc plus d’f inutiles complaintes? ; Mais, sage à l’avenir,

Aime une ombre comme ombre, et des cendres éteintes Eteins le souvenirs.

C’est bien, je le confesse, une juste coutume Que le cœur affligé, Par le canal * des yeux vidant son amertume, Cherche d’!° être allégé.

Même quand il advient que la tombe sépare Ce que naturet! a joint,

(1. Appas : avec cette orthographe (sans {) ce mot n’est employé qu’au pluriel et au sens figuré (charmes). — 2. Injurieux ami : apposition au sujet de la phrase (injurieux signifie non pas : qui dit des injures, mais : qui agit mal à l'égard de quelqu'un). — 3. Avecque : les poètes du xvnt siècle emploient à volonté, selon les besoins de la versification, avecque ou avec. — 4. Son mépris — en te conseillant de ne pas faire grand cas de sa perte. — 5. Il n’est pas prouvé du tout que ce beau vers résulte, comme on le raconte, d’une faute d'impression. : Malherbe aurait écrit d’abord :

Et ne pouvait Rosette être mieux que les roses, Qui ne vivent qu’un jour.

Puis :

Et Rosette a vécu ce que vivent les roses, L'espace d’un matin.

6. De — par (I faut noter cet emploi fréquent, au xvne siècle, de de à la place d’autres prépositions). — 7. Complaintes : ce mot signifiait alors plaintes. — 8. Cette invitation à l'oubli nous choque. Malherbe a lui même senti le besoin de corriger dans les vers suivants la dureté de ce conseil. — 9. Par le canal des Yeux : image qui manque d'originalité et de poésie. — 40. De — à. — 41. Nature : dans les pensées générales on supprime souvent l’article devant les substantifs abstraits.]

336 ee LE XVII SIÈCLE Celui qui ne s’'émeut a l’âme d’un barbare, Ou n’en a du tout point !.

Mais d’être inconsolable, et dedans? sa mémoire Enfermer* un ennui*,

N'est-ce pas se haïr5 pour acquérir la gloire De bien aimer autrui ?..

Def moi, déjà deux fois? d’une pareille foudre Je me suis vu perclus 8,

Et deux fois la raison m'a si bien fait résoudre © Qu'il ne m’en souvient plus !0.

Non qu'il ne me soit grief! que la terre possède Ce qui me fut si cher ;

Mais en un accident, qui n’a point de remède, Il n’en faut point chercher !?,

Ona Don la prier, L. LT La cruel'e qu’elle est se bouche les oreilles, Et nous laisse crier.

În és

Le pauvre er. sa cabane, où le chaume le pe p Est sujet à ses 12 ; 4

NT

[L: Du tout point — point du tout (l'expression est terne et dure à l'oreille) — 2. Dedans : voir p. 221, note 10. — 3. Enfermer : quand plusieurs verbes étaient employés dans des propositions coordonnées, on pouvait n'exprimer

que devant le premier la préposition qui les régissait tous. — 4. Ennui : le mot : avait alors beaucoup plus de force qu'aujourd'hui. — 5. Se haïr : se traiter comme si l’on était son propre ennemi. — 6. De moi — quant à moi. — 7. Deux fois :

des trois enfants qu'il avait eus, Malherbe en avait déjà perdu deux, Henri, mort à deux ans en 1587, et Jourdaine, morte à huit ans en 1599. Quand le troisième, Marc-Antoine, fut tué en duel en 1626, Malherbe, alors très âgé, ne supporta pas son deuil avec le stoïcisme dont il se vante ici. — 8, Perelus, incapable de se mouvoir, paralysé. — 9. Résoudre, prendre son parti, se résigner. — 10. Malherbe affecte une froideur de sentiments, qui nous le rend peu sympathique. — 414, Grief, douloureux, pénible (le mot était autrefois monosyllabe). — 42. Chercher : V'r final, du moins dans le discours soutenu et la déclamation, est encore sonore au xvrre

siècle, comme il l'était au xvie (voir p. 147, 262, 301) ; d’où la rime avec cher.]

PEN RER ARR, ss LV URSS MP ERE TEARAS- 7" + De NN sh L ; , i Des or ES D Fit =, 5 :

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre N'’en défend point nos rois!. |

De murmurer contre elle et perdre ? patience [13 est mal à propos ;

Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos#. ;

(Malherbe.)

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