‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 221 sur 532 · DRE TS · texte numérisé non relu

DRE TS

Psaumes (commencée dans sa jeunesse, achevée en 1654), et un petit re-

cueil de Poésies diverses (odes, stances, sonnets, épigrammes, chansons,

épitaphes). Si dans sa pastorale il s'inspire des Italiens et d'Honoré

: d’Urfé, c’est Malherbe qu’il imite dans ses odes et ses psaumes.

La Fontaine et Boileau tenaient Racan en grande estime et dans leur admiration ne le séparaient pas de son maitre: -

Autrefois à Racan Malherbe l’a conté.

Ces deux rivaux d'Horace, héritiers de sa lyre, Disciples d’Apollon, nos maîtres, pour mieux dire.

(La Fontaine, Fables, IT, 1.)

Malherbe avec Racan, parmi les chœurs des anges, Là-haut de l'Éternel cAéhrant les louanges,

Ont emporté leur lyre ; et j'espère de un jour J’entendrai leur concert au céleste séjour.

(La Fontaine, Épitre à Huet.)

Sur un ton si hardi, sans être téméraire, Racan pourrait chanter au défaut d’un Homère,

Tous les jours à la cour un sot de qualité

Peut juger de travers avec impunité ;

À Malherbe, à Racan préférer Théophile

Et le clinquant du Tasse à tout l’or de Virgile.

(Boileau, Satire IX.) LE BONHEUR DE LA VIE CHAMPÊTRE

(vers 1618)

Tircis, il faut penser à faire la retraite ! : La course de nos jours est plus qu’à demi faite ; \

bouillet et fut l’un des premiers académiciens. Retiré dans ses terres, il mena l’existence d’un gentilhomme campagnard. Il mourut en 1670.

Éditions. — OEuvres complètes de Racan, par Tenant de Latour (Bibliothèque elzévirienne, Paris, Jannet, 1857, 2 vol.); éd. critique, par Louis Arnould (Soc des textes franc. modernes, t. I, 1928). -— Poésies lyriques profanes de Han par Valéry Larbaud (Maëéstricht, Stols, 2 vol., 1929).

. À consulter. — Louis Arnould : Racan. Histoire anecdotique et critique de sa vie et de ses œuvres (1896); Un gentilhomme de lettres au XVIIe siècle : Honorat de Bueil, seigneur de Racan (Golin, 1901).

[4. À faire la retraite : aujourd’hui on dirait plutôt « à faire retraite ».]

L'âge insensiblement nous conduit à la mort.

Nous avons assez vu sur la mer de ce monde Errer au gré des flots notre nef vagabonde ; Il est temps de songer aux délices du port.

Le bien de la fortune est un bien périssable ; Quand on bâtit sur elle, on bâtit sur le sable. Plus on est élevé, plus on court de dangers ;

Les grands pins sont en butte aux coups de la tempête ;

Et la rage des vents brise plutôt le faîte Des maisons de nos rois que les toits des bergers.

Oh! bienheureux celui qui peut de sa mémoire Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire, Dont l'inutile soin ! traverse nos plaisirs,

Et qui, loin? retiré de la foule importune, Vivant dans sa maison, content de sa fortune, À selon son pouvoir modéré ses désirs !

Il laboure le champ que labourait son père ; Il ne s’informe point de ce qu’on délibère

: Dans ces graves conseils d’affaires accablés ;

Il voit sans intérêt la mer grosse d’orages, Et n'observe des vents les sinistres présages Que pour le soin qu'il a du salut de ses blés…

Il ne va point fouiller aux? terres inconnues, À la merci des vents et des ondes chenues#,

Ce que natureÿ avare a caché de trésors,

Et ne recherche point, pour honorer sa vie,

De plus illustre mort ni plus digne d’envie

Que de mourir au lit où ses pères sont morts.

Agréables déserts, séjour de l'innocence, Où, loin des vanités de la magnificence,

[4: Soin : voir p. 342, note 7. — 2. Loin retiré : inversions — 3. Aux

Page 1