INVITATION A BOIRE
..Buvons, Maynard”, à pleine tasse :
L'âge insensiblement se passe Et nous mène à nos derniers jours ; L'on a beau faire des prières, Les ans, non plus que les rivières, Jamais ne rebroussent leur cours. s
Le printemps vêtu de verdure Chassera bientôt la froidure ; La mer a son flux et reflux :
Mais depuis ‘ que notre jeunesse Quitte5 la place à la vieillesse, Le temps ne la ramène plus.
Les lois de la mort sont fatales
Aussi bien aux maisons royales
Qu’aux taudis couverts de roseaux f.
Tous nos jours sont sujets aux Parques ! :
Ceux des bergers et des monarques
Sont coupés des mêmes ciseaux.
fi. Plaisante, agréable (le mot n'est plus usité aujourd’hui dans ce sens). — 2. Si les strophes précédentes sont le développement, d’ailleurs facile et harmonieux, d’un lieu commun souvent traité par les poètes de l’antiquité, notamment par Lucrèce, Virgile et Horace, la dernière — qu'on peut rapprocher des vers de Théophile de Viau (La solitude), de Saint-Amant (Ode à la solitude), de La Fontaine (Le songe d'un habitant du Mogo), — est d’une inspiration plus déjà presque lamartinienne.] N
[3. Sur Maynard voir p. 341, note 1.— 4, Depuis que, dès que.— 5. Quitte, cède. — 6. Vers qui rappellent ceux de Malherbe, Consolation à du Périer (avant-dernière strophe). — 7. Les Parques étaient trois divinités infernales, qui présidaient à la destinée des hommes (voir p. 281, note 10).
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er 7 LA RÉFORME DE MALHERBE 347
Leurs rigueurs, par qui tout s’efface, , Ravissent en bien peu d’espace
Ce qu’on a de mieux établi,
Et bientôt nous mèneront boire
Au delà de la rive noire!
Dans les eaux du fleuve d’oubli?.
(Racan, Odes.)